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apprécié par la Princesse pour un projet qu'il lui avait dédié et dont nous parlons plus loin et par des services rendus à la Banque, lui fut présente.
Élisa l'accueillil avec plaisir, posa devant lui et le recommanda en termes chaleureux à Sonolet, qui reçut l'ordre de lui fournir gracieusement un atelier I i. Le buste de la Princesse par Comolli ne fut pas repété à d'assez nombreux exemplaires, comme celui de Barlolini, qui était l'image officielle. Nous croyons l'avoir retrouvé à Villa Vicentina. Est-ce l'original? En tous cas il porte dans son aspect — bien que s'inspirant pour la gorge et la poitrine de celui de Bartolini — une plus robuste facture, comparé à ce dernier. Le front est orné d'un diadème à la grecque. C'e>l bien là le genre «le Comolli, si l'on veut étudier ses procédés dans les bustes du vice-roi Eugène, dont nous avons vu plusieurs spécimens, et dans celui de Napoléon au musée de Plaisance. Canova, Bartolini, Chinard et Comolli, voilà les sculpteurs indiscutés de l'effigie d'Élisa. J'allais oublier le statuaire parisien Dumont, qui la portraitura en 1810, comme on sait. Ajoutons qu'il y a un cinquième buste original d'Elisa, d'auteur inconnu, de l'époque aussi, très curieux, peu Halte, à la figure maigre el presque chétive. La Princesse a la poitrine décolletée et parée, l'auteur est entré dans quelques détails de bijouterie : son Iront porte une couronne. A qui attribuer celle œuvre un peu étriquée, «pu ne fut sans doute pas trouvée assez agréable, et qu'on ne reproduisit pas pour ce motif?
Précédemment à la marquise Mansi, qui le tenait d'Elise, ce buste appartient aujourd'hui is'.is au comte Cénami, petit-fils du grand écuyer de Son Altesse. Celle œuvre d'art porte à cinq la représentation des portraits originaux en marbre de la Princesse, si l'on tient celui de Dumont comme tel. Quant à celui qui passa en vente
1 Areh. Lucq, Lettres du Cabinet, registre 194. Froussard à Sonolet, li févrierl809.
à l'hôtel Drouot le 1\ février 1900, avec plusieurs bustes de la famille impériale provenant du musée de Cassel, il nous paraît une variante de celui de Bartolini, exécutée par un élève, mais il présente dans la coiffure des détails nouveaux. La ressemblance de la Princesse, maigre, l'air peu flatté et voire un tantinet fatigué dans ce morceau, est assez littérale.
En septembre-novembre 1808, c'est Comolli qui, partant de Carrare avec le professeur d'architecture Bargigli, chargé par S. A. L, sur la proposition de Sonolet (1), d'aller chercher des commandes d'art dans le royaume d'Italie, l'avait guidé à Milan et lui avait, comme il l'avoue du reste (2), singulièrement facilité cette mission, car déjà Comolli y était très goûté pour son talent.
Sitôt l'Apennin passé, les deux compagnons trouvent un excellent accueil auprès du préfet du Crostolo, qui leur confie quelques menues commandes. Présenté à S. Exe. le duc de Lodi par Comolli, son sculpteur préféré, Bargigli, à Milan, voit de suite approuvé par ce grand dignitaire (le troisième personnage de l'Etat) un dessin qu'il lui soumet pour le piédestal du groupe de Dante et de Béatrice de Comolli, qu'il vient d'acquérir. C'est cette même œuvre remarquable travaillée à Carrare, qu'il exposera en 1810 à Milan, dans les galeries du nouveau musée de Brera, constitué par le gouvernement d'Eugène et inauguré par lui en personne. S. Exe. le duc de Lodi ne s'en tient pas à ces premières libéralités. Il promet même à la Banque Élisienne l'exécution de tous les travaux en marbre dont il pourra avoir besoin.
Encouragé par ces bonnes paroles, Bargigli offre au duc un can-
1 Voyez Pièce jus t if., n° XIII d.
2 Arch. di Stato in Massa, f ts Banca Elisiana; de même pour les développements
suivants. Rapport île Paul Bargigli au directeur de l'académie, daté de Carrare, 13 nov.
délabre de sa composition, un dessin pour un temple à placer au centre de son jardin de Milan, et sous lequel s'élèvera le groupe ci-dessus mentionné de Comolli, conjointement avec les bustes des plus illustres littérateurs, restant à l'aire. Bargigli a le bonheur d'entendre approuver toutes ses idées, y compris l'engagement que tous les travaux de marbre actuels pour le temple cl aussi pour le palais, que le duc construit alors précisément à Bellagio sur le lac de Côme, seraient entrepris à Carrare sous l'œil de Comolli (1).
Bargigli, dans ses démarches, trouve en ec même voyage d'autres clients à Milan, d'abord le gouvernement qui, pour ses palais, a jusque-là en grande partie acheté des ouvrages de marbre du négociant livournais Michali. 11 espère quelque chose pour les travaux de l'are de triomphe du Simplon, qu'on va élever à Milan devant le Cbamp-de-Mars. Eniin, parmi ses clients privés, il cite encore un certain signor Scotli, et le docteur Sacco, le célèbre propagateur de la vaccine dans le royaume. Sacco lui demande, entre autres choses, des cheminées et Comolli s'est chargé «lu placement du buste « du héros ».
Sonolet, qui déjà a rendu compte à la Princesse, le •> novembre 1808, de cette mission, dit à ce propos : « Notre professeur de sculpture étant occupé à des compositions déjà très importantes, mon intention est, si Votre Altesse Impériale el Royale daigne l'approuver, de donner ces compositions à exécuter aux deux élèves de l'académie qui se sont déjà distingués à Home; l'un est le sieur Pierre Fontana, qui a mérité une médaille d'or de Son Altesse à l'avant-dernière exposition à Lucques, l'autre est le sieur Edouard Tonelti.
" Ces deux jeunes gens cherchent, hors de Carrare, à utiliser
I Ceci fui suivi à la lettre : tous les visiteurs de la célèbre villa Melzi, au lac de Côme, peuvenb aujourd'hui encore y admirer les ouvrages de marbre datant 'le l'ère impériale, notamment de liés beaux bustes do Napoléonides, placés dans le parc.
leurs talents; eu leur donnant ces travaux, je les y rappelle, et par eux, j'excite l'émulation de ceux qui aspirent à marcher sur leurs traces. Si leurs compositions exposées dans la première ville de l'Italie obtiennent quelques succès, on commandera des monuments à Carrare, comme à Rome. Le but de Son Altesse sera rempli; les élèves qu'elle aura formés resteront fixés dans ses Étals, et Carrare fournira dans peu un nombre d'artistes dont la renommée dédommagera S. A. I. des sacrifices qu'elle fait pour les former (1). »
Ce calcul n'avait rien d'exagéré. L'atelier de Carrare commençait même déjà à être en rapports avec le dehors. Je ne rappellerai pas les commandes pour les Rois frères, dont j'ai déjà parlé. Mais en février 1809 par exemple, outre certains ouvrages pour l'Angleterre et l'Amérique, les ateliers faisaient exécuter pour Tunis une mosquée où il u'enlrait pas moins de cent colonnes de 18 pieds (2). Parmi les riches particuliers clients de Carrare, il faut citer Talleyrand, qui en recevait une très bonne copie de la Vénus de Médias et nombre de bustes d'après les effigies des grands hommes de l'antiquité. Il allait jusqu'à acheter des œuvres de Canova lui-même, tel ce célèbre Paris, que l'on vil en 1899 passer en vente à Paris, provenant du château de Valcnç.ay, morceau d'une grâce el d'une pureté exquises, dont le Louvre, vu la rareté des Canova, n'aurait pas dû se désintéresser; lel encore ce buste de Napoléon entrevu à la même exposition (3).
Un autre amateur aussi éclairé que le précédent, plus fastueux même, l'Italien francisé M. de Sommariva, s'offrit aussi des Canova, sans compler tous ceux qui, frappés de la vogue qu'obtenaient alors les ouvrages en marbre, devaient, sans les guerres presque continuelles de l'Empire, devenir pour Carrare des clients excel-
I Arch. Massa. Ibidem,
■i Ibidem. Mémoire de Sonolet ;i Regnault de Saint-Jean-d'Angely, ministre il EtaU
3 Salle Georges Petit,
lents, je veux dire, ces rois, ces maréchaux, ces princes de nouvelle souche, pourvus tous de dotations considérables. L'Empire promettait donc à Carrare une prospérité sans pareille si l'Empereur avait su allier à ses mérites une qualité sans laquelle les autres sont souvent caduques, la prudence.
Mais en ce qui concerne les commandes à attendre du gouvernement français, Sonolet avait ses vues faites qu'il expose dans son rapport du ->•> lévrier 1809 à S. Exe. Mgr Regnault de Saint-Jeand'Angély, ministre d'État. Sonolet, prenant texte de la grande différence du prix de revient des marbres sur place, ainsi que de la main-d'œuvre des artistes résidents, comparée à celle de Paris, préconise, en termes très probants, un changement de méthode. Tout d'abord, il faut donner pour les monuments destinés « à transmettre à la postérité la gloire et le degré de splendeur de la France sous le plus puissant et le plus grand des souverains », la préférence à l'emploi du marbre sur le bronze, jusque-là trop usité. Le marbre joint la richesse à la solidité. <• Lui seul brave les outrages du temps, l'intempérie îles saisons; lui seul échappe ;'t la rage des partis, au vandalisme, aux fureurs des novateurs qui, pour la plupart, ne détruisent que pour satisfaire un sordide intérêt. Les magnifiques bronzes qui décoraient le Panthéon d' Agrippa, le temple de Minerve, sont détruits, les marbres existent encore. Les profondeurs du Tibre ont à peine sauvé de la fureur des Barbares la statue de bronze de Marc-Aurèle, qu'on admire au Capitole, et le tombeau de Néron, abandonné sur la via Appia, existe encore. Les monuments, les statues de marbre sont éternels, ceux de bronze disparaissent. »
En même temps qu'il exprimait une idée juste, en artiste instruit et documenté, idée dont l'application pourrait être encore de mise aujourd'hui, Sonolet, comme directeur de Carrare, prêchait pour ses ateliers. Suivant lui, on ne sait rien à Paris de la manière
d'employer le marbre ; quelques hommes intéressés, tant artistes que spéculateurs, s'entendent pour faire subsister l'ignorance dans les hautes sphères. Là, on affecte le plus grand mépris pour les praticiens carrarais, sur les rapports de quelques sculpteurs qui ont avantage à les déprécier, pour ne pas perdre leurs commandes.
Si les choses étaient remises au point, le gouvernement s'apercevrait qu'il peut établir des monuments avec pas plus de 25 p. 100 en marbre qu'en pierre ; ça ne vaut donc pas la peine de s'en passer. Ilenraux travaille pour lui-même et, par son titre seul d'agent officiel, fait hausser les prix; Ilenraux choisit des blocs de trop grande dimension et mauvais de qualité. Les défauts dans ces gros blocs de 3 à 500 palmes (1 ) échappent à l'examen de l'œil le plus exercé. Avec la même somme, on pourrait avoir le triple en quantité et en qualité supérieure; erreur ruineuse, aggravée encore par les prix que demande personnellement Henraux au gouvernement, qui ne le contrôle pas. Ce préposé aux fournitures et au transport a intérêt à n'acheter que de gros blocs, parce qu'il trouve en plus un bénéfice au palme. Plus ce dernier est cher, plus il y a de marge. « J'ai vu, dit Sonolet, jusqu'à 35 palmes exigés de bonne mesure ou volés sur un bloc passant cinq cents. »
Enfin, tous ces blocs étant acquis au hasard, le gouvernement perd beaucoup, soit parce qu'on extrait presque exclusivement du statuaire qui ne vaut pas le marbre blanc dit clair ordinaire, bien meilleur marché et supérieur pour l'architecture, le seul qu'employaient les Romains et qui résiste h l'air libre ; soit que les sculpteurs prennent, pour exécuter une figure, des blocs de 250 à 300 palmes, par exemple, alors que leur ouvrage n'exige que 200 palmes « Chaque palme de trop est autant de 80 francs au
(1) Mesure italienne de longueur, toujours usitée pour les marbres. Winkelmann, Visconti, Millin et Quatremèrc la citent, l.e palme de Gênes portait neuf pouces neuf lignes : celui de Rome valait huil pouces trois lignes cl demie.
moins de perdus. » Le déchet est encore bien plus considérable pour le marbre des travaux d'architecture, qui exigent des pièces longues et étroites pour la plupart. Sonolet [trouve par des chiffres que la proportion de la perte est comme \i sols sont à 2 napoléons. Les Anglais n'agissent pas ainsi et envoient aux caveurs, avec, le relevé exact des dimensions dont ils ont besoin, souvent aussi l'ordre d'ébaucher leurs statues à Carrare.
« On leur répondait du marbre, sans tache et sans défaut, continue notre auteur. Le prix de l'ébauche, s'il eût coûté 10 guinées en Angleterre, ne coûtait pas 10 francs à Carrare. La pièce plus légère coûtait moins de transport, de droit de sortie et d'entrée Enfin, ils ne payaient pas 40 ou 50 palmes de marbre de plus que ce qu'ils avaient besoin.
« Pourquoi ne ferait-on pas de même en France? Nos artistes, après avoir exécuté leurs esquisses, restent quelquefois des années à faire leur modèle. 11 n'en faut pas l;ml pour avoir du marbre de Carrara. La méthode de quelques Italiens de faire mettre leurouvrages ce qu'on appelle au point, à Carrara, e>t encore plus sûre et plus économique. Si un bloc se trouve taché, on l'abandonne, on ne perd que la valeur du marbre, qui est peu à Carrara. Supposez le bloc nécessaire pour un Laocoon, pour le groupe d'Ajax, pour un cheval, il sera énorme et pèsera en proportion. Si on le met au point, si on l'ébauche môme très grossièrement à Carrara, on gagnera sur son seul transport un tiers de sa valeur; il ne faut, pour s'en convaincre, que calculer combien de quintaux de matière tomberont sous le scarpel il à Carrara et combien le quintal coûte de transport jusqu'à Paris. On doit ajouter à cela l'économie de la main-d'œuvre de ce travail. J'ai oui dire que Çhaudet avait payé 6.000 franc- pour faire mettre sa statue du Corps législatif au point et que l'ouvrier
i Scarpel, terme de l'époque pour désigner le ciseau. Scarpellino, en italien, veul dire tailleur de pierres.
y avait employé plus d'un an. On exécute en ce moment des copies exactes de cette même statue dans les ateliers de l'académie. Je paie 15 louis pour le travail que Chaudet a payé G. 000 francs, et l'ouvrier fait cette besogne en quarante-cinq ou cinquante jours. Comme c'est le meilleur du pays, c'est aussi le plus cher.
« Je ne vois pas l'inconvénient qu'il y aurait pour les sculpteurs, auxquels le gouvernement fournit le marbre, à le faire ébaucher à Carrare et à leur retenir sur le prix exorbitant de leurs ouvrages ce qu'on épargnerait par cette manière de faire.
« Si des considérations pour l'ait et les artistes empêchent de prendre tout ou partie de ces mesures économiques pour les ouvrages de sculpture, les mêmes raisons ne peuvent exister pour tous les ouvrages d'architecture et d'ornement.
« Pourquoi, au lieu de tirer des marbres bruts pour cet emploi, ne tire-t-on pas les ouvrages tout faits de Carrara ? Est-ce pour favoriser l'art à Paris? Non, l'art de l'architecte et de l'ornatiste (sic) n'est point dans l'exécution en marbre ou autre matière, il est dans la composition des dessins ; l'ouvrier le plus grossier, dirigé par un maître, exécute ces dessins à Paris comme à Carrara, avec cette différence qu'il n'en coûte que le quart à Carrara de ce qu'il en coûte à Paris.
« L'ouvrier de Paris travaillant aux parties d'ornement de l'architecture, gagne au moins six francs par jour ; le meilleur, à Carrara, gagne 36 sols, et, par la grande pratique et l'habitude du travail, il fait au moins un tiers d'ouvrage de plus. On dit proverbialement : les Carrarais mangent le marbre ; la trivialité de cet adage n'en atténue pas la justesse. On peut, pour de grands travaux, mettre à Carrara 2.000 ouvriers à l'œuvre ; peut-être n'en trouverait-on pas la moitié à Paris pour ce genre d'ouvrage.
« C'est sur ces travaux d'architecture et d'ornement que l'on trouverait un avantage incalculable dans l'exécution à Carrara, et
je ne mets pas en doute que, si les transports étaient à un prix plus modéré, le marbre coûterait moins travaillé à Çarrara que la pierre froide travaillée à Paris.
« Quelle différence de prendre à la cave le morceau de marbre propre à telle ou telle pièce, de le faire extraire et façonner exprès, de le payer en cet état où il ne perdra pas 3 palmes sur '>0 pour être acbevé et où il ne coûtera pas plus de 12 à 30 sols le palme, ou de le prendre dans un dépôt à Paris, de le débiter à une pièce qui aura coûté 70 ou 80 francs ! Ici, il n'y a point de perle de matière; à Paris, toute la matière étant payée et la pièce ne pouvant être adaptée à diverses formes, tout ce qui tombe sous le scarpel est perte, et ce n'esL pas l'exagérer sur le commun des ouvrages de ce genre, que de la porter à 3o pour 100.
« Quelle différence ensuite du prix de transport d'un ouvrage fait, on peut l'estimer, tout calcul fait, à plus de il) p. 100; celle donnée est certaine.
« En dernière analyse, je soutiens et prouverai que tous les travaux et ornements d'architecture en marbre, nécessaires à un arc-de-triompbe, à un temple, par exemple, ne coûteraient pas si cher, faits à Carrara et rendus à Paris prêts à mettre en place, que le marbre seul que l'on emploierait pour les faire a Paris, et je prendrais volontiers rengagement de fournir le pied cube de marbre travaillé pour l'architecture et l'ornement, rendu à Paris, à raison de 80 francs, sauf les dépenses d'encaissement ou moyennant 0 pour 100 pour cette dépense.
« On n'a pas d'idée du bas prix et de la célérité avec laquelle on travaille les marbres à Çarrara, et de la précision avec laquelle s'exécutent les travaux d'architecture et d'ornement. »
Par ces conclusions, Sonolet visait clairement la commande pour Carrare des marbres à fournir pour le Temple de la Gloire et pour l'arc-de-triomphe de l'Etoile. A l'entendre, et le fait paraît certain,
il eût ménagé bien des économies au gouvernement français et il eût eu in petto la satisfaction d'enlever à Henraux les bénéfices énormes, et selon lui illicites, qu'il réalisait.
Par les développements que nous venons de donner à l'histoire artistique de Carrare sous les Français, on peut dire que cette ville traversa alors une période vraiment brillante. Aussi, en 1810, peu de temps après la naissance, à Paris, d'un (ils de la princesse Elisa, le 4 août 1810, la municipalité faisait-elle graver ceci, par reconnaissance, au-dessus de la porte d'entrée de sa modeste maison commune :
Hieronimo Carolo Princ.
Elisae, Augustœ cl Felici
Luccn. et Populon. principûm filio
Augusto Napoleonis. Imp. incremento
Omnia unusque
Felicia, fausta, fortunata
Oniinalur cl dcprecatui'
Civitas Carrarensium
Quarto kal. augusti m. d. c. c. c. x.
Cette inscription, aujourd'hui disparue, fut vue en 1811, par un voyageur français qui nous l'a conservée et qui, dans [sa relation, ajoute : « En effet, Carrare doit à ces Altesses une activité qui a, en quelque sorte, revivifié la ville (I). »
Un livre imprimé à Panne en 1808, chez Bodoni (2), célèbre typographe, — qui surpassa même pour la fabrication des caractères
] Petit Radel, Voyage en Italie en 1811 et 1812, III, 416 et 417.
(2) Le texte est double : italien et français, 14 pages avec une table. Bodoni était très protégé par le vice-roi Eugène et parle roi Joachim Mural. I ne gravure de ce projeta été leproduite par A. Comandini en 1900, dans sou fascicule 6 de Vltalia nei cento Anyii (Milan . in-U.
et le goût général, les Crapelet, les Ditlot et les Renouard, — nous rappelle par son lilrc : « Projet d'une fontaine publique, par J.-IJ. Comolli, professeur de sculpture à l'Université impériale de Turin », qu'Elisa devait à eettc époque ériger une fontaine monumentale ù la gloire de son frère. L'édition est dédiée à S. A. I. la princesse de Lucques et de Piombino. Au premier feuillet on voit le portrait de Comolli; ensuite viennent douze dessins de bas-reliefs d'Antoine Pasini, professeur à l'académie de Parme, gravés par le Piémonlais Bûcheron. Voici leurs titres : Le Génie napoléonien; l'Histoire; Mars; les quatre fleuves : le Niémen, le Danube, le Rhin et le Pô; et les quatres victoires : Friedland, léna, Austerlitz et Marengo', aux angles, au-dessous des bas-reliefs, sont placé- des sphinx, et sur la face principale : l' Histoire et le (imie.
On sait que le •> août 1806, le prince Félix avait décidé par décret signé aux Bains-de-Lucques d'élever un monument à Napoléon (1). La première pierre en avait été posée solennellement le 15 août suivant (2).
On s'arrêta à un projet assez simple. L'Empereur, grandeur naturelle, était debout en toge romaine, suivant la conception de Chaudet. Le piédestal, également en marbre blanc, contenait quatre bas-reliefs destinés à orner les soubassements.
Un instant il avait été question d'un projet beaucoup plus grandiose dont voici le programme :