‹ Les arts en Toscane sous NapoléonChapitre 3 sur 54 · VENUS SORTANT DU BAI M · texte numérisé non relu

VENUS SORTANT DU BAI M

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inaugurée à Florence en 1812.

Cependant, outre ceux de l'Empereur exécutés à plusieurs centaines d'exemplaires qui partaient dans toutes les directions (1), d'autres bustes des Bonaparte étaient commandés à Carrare. Le 13 août 18(17, de Lucques, Élise demandait à Lucien les plâtres des figures de sa famille, atin de les l'aire exécuter en marbre (2).

Le II février 1808, après les avoir reçus, Élise communiquait ses

impressions à ce frère « J'ai trouvé 1res ressemblante maman

quoiqu'un peu vieillie Quant à celui de mon père, j'ignore s'il lui

ressemble, car j'ai tout à fait oublié ses traits. J'ai trouvé qu'il avait dans le buste un peu des traits de l'Empereur (3) ». Le 12 avril 1808, dans une lettre intime qu'elle taisait remettre à Lucien par son grand écuyer Cénami, de passage à Rome pour se rendre auprès de la reine Julie à Naples, alin de la féliciter, elle disait encore : « Ma petite (Napoléone) est charmante, bientôt je t'enverrai son buste et le mien (4) ». Cependant celui de Lucien d'après Çanova s'exécutait parmi les premiers et était confié au ciseau de Pierre Marcbelli. Il fut si bien reproduit que, le 20 juin 18nS. la Princesse fait complimenter l'auteur » pour le buste de Monseigneur Lucien » dans une

(1) Un opuscule fort incomplet, paru dernièrement sur Élisa, élève leur nombre à 1.'. Win. C'est 1.200 qu'il faut lire, chiffre vu par nous dans 1rs archives italiennes. — D'autre part, d'autres documents portenl : 120. Je crois plutôt nue ce dernier chiffre s'applique au seul transport d'une fournée de luisies, grandeur nature. Elisa envoya personnelle menl de ces Imsies à Lavallette, à Soult, à Estèvc, a l'Empereur Alexandre I"' et à Lacépède

Lettres de ces pers lages à Élise. Arch. de Lucques). S. .n chef de caDinet Froussard en

expédia aussi, par S Ici el par Henraux, gratis, à tous les ministres 'le L808, puis à Duroc

cLà M. Collin, directeur de la Douane. Note d'Élisa à Sonolet, 13 mai 1808. Arch. Massa, dos sier Banca Elisiana 1807-1810. Voyez aussi pièce justificative, n« IX. — Plus rares étaient les dons a de simples particuliers. Poupard île Neuflize, maire 'le Sedan, en reçoit un. par ordre .le la Princesse, eu décembre 1809 el par l'entremise de Regnaull de Saint-Jean-d'Angely. Élisa le remerciait ainsi de l'envoi qu'il lui avail l'ail, sur sa demande, des dessins de ses machines à (lier la laine, avec l'explication el d ivrier au courant, industrie que la Princesse introduisait dans le Grand Mm lie Arch. Lue. p. registre I9ô. Froussard a Poupard de Neuflize, 1'-'' décembre 1809 .

Le gouvernement tira aussi de Carrare i lue de statues, les vases des Tuileries, des

tables pour le ministère des finances, etc., etc.

(2) Calai. E. Charavay. Vente >\u 2i mai 1894, n° 55.

3 Exlrail d un catal. d'aulogr. (la Piùncesse parle ensuite des nouvelles de Rome . i Calai. K. Charavay. Vente du 1\ mai 1894, il" 56.

lettre où il est qualifié « le meilleur des sculpteurs carrarais (1) ». Le 8 août 1808, Élise annonçait au même Lucien que les bustes de sa mère et de son père, qu'un venait de terminer, étaient parfaitement réussis. Et elle lui écrivait un an plus tard de Lucques, le 10 juillet 1809 : « Quant au tableau du Frate (2), je te dirai avec regret qu'il est impossible que jamais je le cède à personne. Le pays a une vénération pour ce tableau. C'est la chose la plus rare à Lucques. L'Empereur à Venise me dit qu'on lui en avait parlé et qu'il fallait l'envoyer à Paris et en faire un change. Je me suis opposée par les mêmes motifs. J'ai même balancé longtemps à le faire transporter au palais. Je ne le regarde pas comme ma propriété, mais comme celie de la ville (3) ». C'était un Frà Bartolomeo (4) de premier ordre, représentant la Vierge protectrice de la nation lucquoise. Toffanelli le copia pour être gravé par Morghen, qui devait en faire le pendant de la Transfiguration, et ce pendant devait être dédié à Elisa. Les événements de 181 5 empêchèrent la réalisation de ce projet. En tous cas, le tableau ne quitta pas Lucques, malgré les convoitises de Napoléon et de Lucien.

Quelques années auparavant, les commissaires de nos armées, conformément à une tradition inaugurée par la République française dans les provinces belges en l'an III. avaient bien choisi à Florence des tableaux et plusieurs statues — dont la Vénus Je Médian — considérés comme des chefs-d'œuvre, mais il convient d'ajouter que sous l'Empire, surtout après la visite à peine remarquée de Denon

1 Arch. Lucq. Froussard à Marchetti, registre 194, n° 293.

- Il s'agit ici d'un Fra Bartolomméo de toute beauté, jadis aux Dominicains, qu'on voit encore au musée pinacolèque de Lucques, où il fut placé en 1836; il en existe une bonne gravure faite en !!<::;. par Saunders. Il représente la Madone de la Miséricorde, est signé <■! daté de 1515. Il a aussi un pendant, mais moins parfait. Ces deux tableaux ornèrent la Galerie jusqu'au 31 juillet lsli. jour auquel le gouvernement provisoire autrichien les lit porter à l'église Saint-Romain.

Communiqué par M. F. Masson.

i Barthélémy de Saint-Marc, ihl il Fraie 1469-1511 . peintre des plus estimés. On voit de lui à l'hôpital de Sainte-Marie-Neuve, à Florence, une fresque représentant Le jugement dernier el un lié- beau tableau à Besançon, La Vierge, don de l'archevêque Carondelct.

à Florence, en 1811 (I), visite qui termina le choix des œuvres à envoyer à Paris, leur place dans la Galerie fut, suivant un ordre exprès, occupée par des copies d'après les originaux.

Bonaparte ne reniait pas pour sa part la doctrine révolutionnaire, qui regardait l'acquisition des richesses littéraires et artistiques des pays soumis comme un des plus beaux fruits de la victoire. Le 10 mars 1801, le ministre de l'Intérieur Chaptal avait sur ses ordres écrit à Talleyrand, ministre des affaires étrangères, une lettre que nous avons publiée (2), dans laquelle il réclamait de son collègue des statues, bustes, bas-reliefs et autres antiquités de la Galerie de Florence, plus les caractères orientaux existant dans le cabinet particulier du Grand-Duc. Talleyrand devait faire insérer dans les traités alors imminents, la cession de ces objets de prix qui manquaient aux collections de notre Muséum, et il en avait lui-même écrit à notre résident à Florence, le général Clarke, le 1 \ novembre 1801.

Bonaparte avait la prétention de faire de Paris la capitale des Arts, et il y parvint par ses conquêtes d'abord, puis par ses achats de la galerie Borghèse, qui enrichirent le musée du Louvre d'une façon inouïe. A Lucques, on avait négligé d'opérer des prises en tableaux. mais les dépouilles du Vatican, de Naples et de Venise étaient si abondantes, qu'on ne pouvait penser aux villes secondaires; on se contenta d'enlever à la bibliothèque des d'Esté, au palais ducal de Massa, différents manuscrits.

Les bustes du tsar Alexandre Pr de Bussie par et d'après Thorvaldsen, et ceux du roi deWestphalie d'après Bosio, exécutés en assez grand nombre, sortirent également à cette époque des ateliers de ( larrare.

I Le directeur du Musée Napoléon fui présenté à la Grande-Duchesse le 18 octobre L811, el il assista ce jour-là à son cercle du palais Pitti. l Carnet hiilorique du 15 février 1900.

Tous ces bustes de famille étaient composés d'après des modèles venus de Paris, que Regnault de Saint-Jean-d'Angely d'abord, en septembre 1808, puis Rolier, intendant de Mme Mère cbargé des intérêts de S. A. I. la princesse Elisa (1) à Paris, depuis la nomination de Duchambon à Cassel, avaient été chargés d'envoyer à Carrare en novembre 1808, par l'entremise d'Henraux, alors à Paris, ayant à faire de fortes expéditions de Paris à Lucques.

Ainsi des figures de l'empereur Alexandre, de S. M. Joseph Napoléon, de S. M. Julie, reine d'Espagne, de S. M. le roi de Hollande, de S. M. la reine de Westphalie et de S. Em. le cardinal Fesch. — Les autres bustes des princes et princesses de la famille impériale étaient déjà à Carrare. « Quant aux gravures, mande Foussard à Hollier les 1 1 septembre et 4 novembre 1808, vous pouvez envoyer les six portraits gravés, les autres le seront au fur et à mesure qu'ils paraîtront ». Suit une demande de cartes de l'Espagne et du Portugal (2). Ceux de l'empereur Napoléon étaient copiés d'après les modèles de Canova et de Chaudet.

A propos de ce dernier, il intervint même un décret par lequel Sa Majesté réservait à ce célèbre artiste la vente exclusive des reproductions de sa statue — qu'on plaça au Corps législatif (3) — et des bustes faits d'après celte statue. Le modèle de la tête fut adopté pour les bustes officiels, de préférence à celui de Canova. Il est vrai que dans le monde des critiques d'art on s'accordait pour trouver que

1 Entre ces trois correspondants ;'i Paris, la Princesse partageait ainsi ses desiderata Kolier, les menues commissions; Mmc de Laplace, les articles de toilette; Regnault de Saint-Jean-d'Angely, les questions de plus haut intérêt.

2 Arch. Lucq., registre 194. lettres 661 et 757. Les envois de Rollier étaient continuels. — Chaque caisse était numérotée. J'ai vu des lettres lui accusant réception des caisses n"* CLXXXV etCLXXXVI par exemple. Ces envois se faisaient presque toujours par mer de Marseille à Livourne et en franchise, par ordre de M. Colin, directeur en chef des douanes de la Toscane.

:i Au Corps législatif on voyait aussi du même auteur le premier fronton de la façade construite en 1807, représentant ['Empereur distribuant </« c députés 1rs drapeaux cTAuslerlitz. Ce sujet, si flatteur pour l'amour-propre national, fut détruit par le gouvernement de la Restau ration.

Chaudel avait fait « plus portrait », que l'autre (celui de Canova) proclamé « plus savant », et que c'était le génie du grand homme et non sa figure

Ce décret atteignit dans leurs intérêts les artistes de Carrare, occupés dès 1807 à reproduire les traits de l'Empereur d'après Chaudel. Aussi le 13 novembre 1807, ces arlisles, au nombre de dixsept, — parmi lesquels Bartolomé Franzoni, Paul Triscornia, Pierre Bienaimé, Pierre Marchetti, Grégoire Bertolucci — tous sujets déjà très distingués, — s'adressèrent au directeur de l'Académie Eugénienne pour obtenir de Sa Majesté l'autorisation pour les bustes déjà copiés ou en train, d'échapper aux droits exclusivement réservés à l'auteur de l'original. Quarante de ces bustes se trouvaienl dans ce cas. La pétition visée par Sonolel fut transmise aux autorités (1). Nous ignorons le sort qui lui fui réservé.

De plusieurs états que j'ai découverts aux archives de Massa, où reposent les papiers de la Banque Élisienne, il ressort que presque tous les bustes de l'Empereur étaient commandés au nom et pour le compte de cette Banque, qui les expédiait la plupart à Paris par le port ou la plage voisine d'Avenza. Chaque buste payait un droit à la douane française. Son prix de transport jusqu'à Paris était, pour ceux d'après Chaudet forte grandeur, de 'ri francs, et pour ceux de Canova, dits de grandeur colossale, de 87 francs. Ce dernier payait 20 fr. 50 à la douane et coûtait 340 fr. 60 (sculpteur, caisse et transport à la plage). Rendu à Paris, en y ajoutant le droit et les autres frais, il revenait à 448 fr. 60.

Le transport, comme pour toutes les caisses et ballots expédiés de Paris à L. L. A. A., s'en faisait par Marseille, où M. Cachard, consul-résidant de Lucques, le surveillait [(2). De Marseille, les

(1) Arch. di Slatn a Massa, dossier Banca Elisiana, 1801-1810. — Voyez aii>--i provenant <lu même fonds, mais non paginé, notre pièce justificative n° VIII, a et b.

(2) Arch. Lucq., registre 194. Froussard à Rollier, 8 mars 1808.

bustes montaient sur Paris par les canaux. En septembre 1808 par exemple, cinq cents bustes de l'Empereur, expédiés de Carrare en France, se trouvaient à l'entrée du canal de Briare (1). En 1808, je relève qu'un de ces bustes colossaux de Canova fut envoyé au préfet d'Angers, un autre à Milan, un autre à Florence à l'adresse de M. Eynard. S. A. I. et R. ne s'oublie pas; elle se fait adresser à Lucqucs, en septembre 1808, un buste de l'Empereur d'après Canova, copié par Beyrens, et de proportion naturelle; il lui revient à 284 fr. 55. Un buste de S. A. I. la princesse Pauline Borghèsc, d'après Canova, sculpté par B. Franzoni, expédié à Lucques, revient à 210 francs; un de la grande-duebesse de Berg, copié d'après Canova par P. Marcbetti, ressort à 440 fr. 30; un autre du sénateur Lucien par les mêmes, 339 fr. 85 ; mêmes prix environ pour les bustes de Charles Bonaparte et de Madame Mère, copiés par B. Franzoni et Triscornia (2).

En tous cas, la collection h l'état complet des bustes de la famille impériale ne fut pas achevée avant juin 1809.

En mars de ladite année, il manquait encore aux praticiens de Carrare le buste du cardinal Fesch, que, le 23 dudit mois, le secrétaire du Cabinet réclame à M. Rolier. « Je vous prie à l'occasion de rappeler à Son Éminence, écrit Froussarl, qu'il a promis de l'envoyer à L. L. A. A. (3). Ce buste n'était autre, d'après l'historien de l'illustre maître, M"" Isabelle Albrizzi, que celui par Canova, exécuté en 1807 (!■). Trop modeste sans doute comme tout bon ecclésiastique, Fesch ne se souciait pas d'être reproduit à nouveau en marbre. Et pourtant c'était de la fausse modestie, car un

I Ibidem. Froussard à Me? le comte Regnaull. 6 septembre 1S08.

' Paul Triscornia lii aussi le buste de In reine deWestphalie; un d'eux, signé, esi conservé .-m musée de Versailles, dans l'attique Chimay, nu second étage [salle des Bonaparte). — Les prix portés ici, «m ne doit pas l'oublier, représentée environ le double aujourd'hui, d'après la valeur actuelle île l'argent.

Ci) Arch. Lucq., fonds Sécrétai rerie d'Etat de la Principauté.— Registre-copie, n° 195.

i Opère ili scullura di Antonio Canova, IV. l±:: et si. Ouvrage édile de 1821 à 1824.

autre artiste de génie, le peintre Appiani, l'avait déjà peint de trois quarts, dans une toile qui a été conservée (1). Mais bornons-nous au relevé des bustes de famille 2

En juillet 1809, un des agents de Henraux, nommément M. Rubold, embarqua à Avenza la collection des bustes de la Famille, à bord d'un petit bâtiment, et l'accompagna jusqu'à Toulon. L'administrateur Eugène Bazin sollicite pour lui au Cabinet de la Princesse une lettre pour le préfet de la Spezzia (3). Mais comme il s'était présenté quelques passe-droits pour ces bustes, Sonolet en demeurait indisposé. Il rédigea une note pour le Cabinet ainsi conçue :

Sorlle des Bustes.

« La difficulté doit disparaître en accordant le privilège ;'i la Banque. Que l'on décide : << Qu'aucun buste, statue, etc., ifi'/i souverain régnant ne pourra être fait à Carrare, qu'avec l'autorisation du directeur du musée (qui ne la donnera pas). — Il y a tant de motifs pour légitimer ce privilège! Voici le principe, c'est à vous de l'arranger.

« En France, on ne permet l'exportation des draps pour le Levant (pie lorsque la commission l'autorise; ceci est un exemple entre mille. — Il faut — « tout concentrer en ouvrages de cette espèce à la Banque, par privilège». Nous avons déjà dit «pie la Princesse s'était l'ail envoyer des bustes de famille en marbre à Lucqucs, d'autres en plâtre au palais de Massa. N'ayant pas la patience d'attendre les copies en marbre, elle en demanda également en plâtre pour Florence, à savoir ceux du roi et de la reine de Westphalie, de la

1 Aujourd'hui à l'archevêché de Lyon, où s avons découvert la signature cl la date ;

1805 Ce portrait lui certi menl peint a Milan, au moment du sacre

i Pièce justificative MX, n° i.

3 Bazin à Froussard à Florence). — Lucques 28 juillet 1809. Arch. Massa, fonds Banca Llisiana et pièce justificative n" XIX, lettre s.

princesse Pauline d'après Bosio et ceux des rois Joseph et Louis (1). Du modèle de Bosio également, elle demande une des copies du buste de S. M. l'impératrice, s'il y en a une de bien exécutée à Carrare.

Les décrets que signa Élisa en faveur des Lettres et des Arts, entretinrent l'émulation parmi les hommes de talent, jusque dans les pays de l'extérieur. La Princesse protégeait à l'académie de Carrare, Desmarais, père adoptif de M"e Gaufller, lille d'un peintre français trop peu connu, marié à Rome en 1790, fixé à Florence ensuite et décédé à Livourne au début d'octobre 1802 (brumaire an X), âgé de trente-sept ans (2). La Princesse prit même l'orpheline à son service en qualité de demoiselle de compagnie, tant le père avait laissé un bon renom. Amoureux de l'Italie, cet artiste fixé à Florence avait rendu des services à nos troupes d'occupation et à ses collègues visitant la ville. Il a peint plusieurs vues de Vallombreuse, où il se rendait souvent en excursion avec son ami et collègue Fabre.

J.-B. Desmarais (Frédéric, suivant Auvray était né à Paris.

1 Arch. Lucq., registre 195. Froussard à Cibéo, à Carrare, 27 janvier 1811, lettre n° 427 bis, cl celles 'lu - février et du 9 mars, même année n ■- 436 el 503 .

■ Voyez Journal des Arts, des Sciences el de la Littérature, 25° livraison, an X. Ajoutons qu Élisa prit à son Institut de Lueques, gratuitement, la fille adoptive de Desmarais [Arch. Lucq., vol. 194, lettre 604, Froussard à Desmarais .

De Louis Gauffier il existe des tableaux au musée de Montpellier, paysages animés par des personnages qui sont des portraits, légués par Xavier labre. Au musée de Versailles, il y a de lui de très fines el aussi très petites esquisses de portraits en pied, notamment celle du portrait de Louis Ier. roi d'Élrurie, et celles îles portraits présumés de Reinhard et de i acault. J'avance, d'après ma .■"iiii.h--.umc de l'histoire et de gravures rares représentant ces personnages, cette attribution, qu'on pourra par la suite identifier. Il y avait encore de lui au Ministère de l'Intérieur sous le Consulat un tableau d'histoire intitulé. Laban el Racket, coté comme un de ses meilleurs. Cet artiste regretté était 1 ami de Chaudet. Le musée de Montpellier possède encore de Gauffier onze très petites esquisses à l'huile, de portraits en pied

dans un mê cadre, qui ont été exposées à Paris en 1900 à l'exposition centennalc de l'Art

français sous le n° 3H du catalogue, et avec l'attribution à Gros. Ces esquisses qui ressemblent en luus points, en tant que facture, à celle- du musée de Versailles, signalées cidessus, représentent quelques personnages historiques. Il est fâcheux qu'on ne sache

pas -i Gauffier les a exécutés plus en grand. — Le catalog lu musée de Montpellier les

désigne ainsi : « Portraits historiés :<^-c fond d'intérieur ou de paysage, parmi lesquels quatre portraits de généraux de la République. Au milieu un sujet antique. Hauteur 11, sur largeur 15, donl quatre ont pour largeur 0,4 n 53 i i atalogue de Montpellier).

Ayant des dispositions pour l'art il avait fait le voyage d'Italie et devint grand prix de Home en 1785. Il habitait encore cette ville en 1793 avec son jeune camarade Gauffier, à l'époque de l'assassinat du général français Duphot.

Nommé par décret du 15 juillet 1807 professeur de peinture et maître de dessin à l'Académie, aux appointements de 3.000 francs, et par un autre décret du 27 mai 1808, vice-président et sous-directeur de l'académie de Carrare, Desmarais, après avoir occupé le poste de secrétaire à la légation française en Suède avant la Révolution (dit Bongi), déjà amateur éclairé de beaux-arts, se lit praticien ; en outre, il devint, grâce à son intelligence, on peut le dire, le plus actif collaborateur de Sonolet, son pair même pour une institution dont Élisa était l'âme.

Mais son mérite d'administrateur dépassait encore ses talents de peintre. 11 ramena la sculpture par son enseignement du dessin et de la composition aux principes classiques. Ses élèves l'aimaient, el l'un d'eux, Pierre Ténérani, lauréat de 1813 (année du décès <!<• son maître à l'académie carraraisc (I , légua de lui un buste à celle académie. qu'on y voit depuis 18(i.'i, à une place d'honneur. Sa figure offre une expression douce, conforme à son caractère.

Desmarais mourut en effet le 2!i avril 1813, à Carrare ± . L'académie de Carrare lui donna pour successeur le 10 septembre suivant à la chaire de dessin le sieur Joseph Franck, ou Franque, peintre

(1) Après la mort de Desmarais, Tenerani entra en 1814 dans l'atelier de Thorvaldsen el devint son meilleur élève (Voyez E. Pion, Thoivaldsen, opus citât., page 50). Né en 1789 à Torano, près de Carrare, ires protégé de Desmarais, Tenerani alla à Rome el fil avec l'illustre maitre danois Thorvaldsen, le monumenl d'Eugène Beauharnais, pour Munich église Sainl Michel). On lui < 1 • >■ l particulièrement dans < ette œuvre la statue de I Histoire el les génies de la Vie et de la Mort, grandeur naturelle. Il modela beaucoup de bustes el eul parmi ses clients des personnalités, comme le prince de Metternich l'Anglais Labouchère, Bertin de Vaux, Sommariva, l'Empereur de Russie, etc. Neveu d'un autre artisti carrarais dont nous parlons, Pierre Marchelti, Tenerani fut aussi professeur de. sculpture à l'académie de Carrare et directeur de 1833 à 1846, i Se de sa mort.

(2) Une fille de Desmarais épousa Vincent de Nobili, <le Lucques; le ménage laissa un fils, qui vit encore et est peintre.

français connu de la Princesse, qui arriva à Carrare le 23 janvier ISI i I i. Les événements politiques de cette période, mêlés au déclin de l'académie, empêchèrent ce professeur de remplir ses fonctions.

Très reconnaissant à la Princesse de toutes ses bontés pour l'académie et pour lui-même, Desmarais lui présenta un jour, en 1808, un projet de monument pour Carrare, dont le dessin au crayon il mèlre de haut sur 60 centimètres de large) a seul conservé la mémoire. Nous l'avons retrouvé bien empoussiéré et privé du verre de son cadre, dans la bibliothèque de Villa Vicentina (2) en 1898. Hâtons-nous de le décrire ici, car c'est une épave historique qui sera peut-être perdue demain. Dans cette œuvre, le directeur de l'académie avait imaginé la Princesse assise sur un trône, le sceptre à la main, le visage joli et paré, avec le regard puissant. De la main droite elle tenait une couronne, de la gauche un jeune enfant, à côté d'une statue de Minerve sur le socle de laquelle on lisait ceci :

L'Accademia di Carrara riconoscente.

Sous les traits de jeunes femmes, trois Muses : l'Architecture, la Peinture et la Sculpture, apportent des guirlandes de fleurs sur un autel antique, devant la Princesse. Le dessin comprend encore d'autres personnages allégoriques, l'Amour par exemple, qui écrit, et son fond est formé par les arbres d'une promenade. Ce projet, plus flatteur que réellement pratique, ne reçut pas d'exécution, mais l'auteur, qui fut aidé par un de ses élèves, Finelli, s'était surpassé dans la tête d'Elisa, vraiment très belle et gracieuse ; le tout devait être en marbre.

I Le professeur Bargigli, secrétaire de l'académie, au sous-préfel de Massa. Carrare. -i janvier 1814. II. Vrchivio di Stato in Massa. Principato lucchese. Subdelegaàone di Massa, Scritlure del 1814, n" 122.

ï i irande villa située non loin de Trieste, mais plus près de Monfalconc (Frioul . C'est là où mourut la Princesse Ëlisa en 1S-20.

Dans le mémo sanctuaire de l'exil est consent' également, en pareilles conditions de décrépitude, un autre dessin, au lavis celuilà, entouré d'une moulure fragile, dû à l'architecte d'Klisa, le professeur carrarais Paul Bargigli. C'esl un nouveau projel de monument pour S. A. I., dont la légende ci-contre expliquai! la signification :

Applauda il Serchio al fortunato istante Cui Oegia il Nome dell' augusta Élisa

E ilclla sanita segga indivisa

Quale al fido garzon Donzella amante.

L'artiste, devant deux temples se faisanl face, dédiés, l'un à la Vertu, l'autre à la Gloire, plaçail au centre de la place les séparant, un piédestal large et riclie avec le médaillon de Napoléon, entouré de ceux des grands hommes de l'antiquité. A côté un groupe de Muses couronnant la Prince— e parée d'un diadème et, de chaque côté de ce groupe, deux autres groupes moins importants, sur des piédestaux plus simples, représentaient, l'un, V Histoire minuit et la Musique tenant une ly re , l'autre, l'Agriculture el l'Industrie, avec ces inscriptions :

Istituto stabilito Arti rislaurate.

Je ne ferai qu'une critique à ce dessin, c'est que la conception est dans l'ensemble d'un classicisme outré. Seules les ligures ont de la grâce naturelle et de la noblesse. Le reste esl froid, et ce reproche, je l'ai déjà appliqué à un autre Carrarais, à Bartolini, pour la sculpture. De même pour Desmarais, dessinateur, et de même aussi, pourrait-on dire, pour tous les monuments sortis du cerveau des architectes ou des sculpteurs d'alors, en Italie surtout. Il suffit de rappeler l'Arc de triomphe de la Paix à .Milan, par exemple, et tous

ceux qu'on éleva à Napoléon dans la Péninsule. L'art sculptural de l'Empire, en Italie plus qu'ailleurs encore, — influence sans doule du tempérament latin, — plagie un peu trop Rome et Athènes et sacrifie souvent sans mesure au souci de l'antique.

Le temps certainement manqua à la Princesse pour ordonner l'édification de tels monuments, car elle ne demeura que peu d'années en Toscane et les circonstances politiques graves de 1813 et de 1 S 1 4 ne furent pas de nature à favoriser tous ses projets.

Néanmoins elle commanda souvent des œuvres sur le vu des plâtres, mais elle tenait à ce que les artistes natifs de Carrare en fussent chargés. Celte préoccupation apparaît clairement, d'abord dans ce fait que Sonolet proposa plusieurs fois des jeunes fds de sculpteurs pauvres ou éprouvés par les revers, comme boursiers au lycée Félix, de Lucques, lesquels devaient plus tard, dans sa pensée, exercer le métier de sculpteurs artistes résidant à Carrare ; puis dans le décret de Félix, du 13 février 1810, établissant l'envoi à Rome d'un élève natif de Carrare, fixant sa pension à 1.800 francs, et à 1.350 francs pour l'élève architecte. Sonolet faisait exécuter parfois en marbre le prix de sculpture décerné à l'élève le plus méritant, témoin celui, qu'en 1809, la direction fit placer sur un meuble du palais, le jour de la fête anniversaire de Son Allesse (1). Mais la Princesse agissait personnellement. En 1811 par exemple, elle commande un monument pour son jeune fils décédé en bas âge, et un autre, dont la trace a disparu, destiné à rappeler l'avènement du prince Félix au trône de Lucques.

En ce qui concerne le premier, il serait plus exact de dire « monument funéraire pour ses fils décodés » que pour le seul dernier, mort à Saint-Pancrace près de Lucques en 1810. Élisa avait en effet perdu

i Arcli. Massa, note de Sonolet du 2 janvier 180».

en messidor an VI (juillet 1798), à Marseille, un premier né, et c'est bien à lui qu'elle pensait comme au second, lorsqu'elle décidait de leur consacrer un mausolée. A cet effet elle fait demander au préfet des Bouches-du-Rhone, le 30 décembre 1811, de lui procurer l'extrait mortuaire de « Napoléon ». On en a besoin pour composer l'inscription : le document est rechercbé, retrouvé et envoyé à Lucques le 11 janvier 1812 (1). Ce monument doit présenter de l'ampleur, car on rédige pour les élèves de Carrare, appelés à concourir à son exécution, un programme dont la (irande-Duchesse fait envoyer des exemplaires à M. degli Alessandri, président de l'Académie des Beaux-Arts de Florence (2).

Il y avait une correspondance très active entre le Cabinet de la Princesse, c'est-à-dire elle-même, et la Banque Elisienne, autrement dit la direction de l'académie de Carrare.

Élise s'y intéressait extrêmement et voyait toutes les dépêches.

L'imagination des artistes n'était donc pas laissée en repos à cette époque prodigieusement active, et c'est pourquoi nous avons pris soin de relever tous ces détails dans de très nombreux documents.

D'autres artistes non toscans nouaient encore des rapports avec Élisa. Dabos, par exemple, peintre à Paris, qui se dit attaché à S. Km. le cardinal de Belloy, dont il a laissé un joli portrait (aujourd'hui au musée de Marseille), lui adressait comme hommage, en 1807, le portrait de l'Empereur « sous l'allégorie de l'astre bienfaisant du jour ».

Cette même année, un sculpteur de grand mérite, que ses

m Froussard, secrétaire .lu cabinel <!<• Son Altesse Impériale au préfet, à .vite date. Lettres du Cabinet, registre particulier n° 195, Arch. de Lucques doc, 928. Froussard en accuse réception au préfel de Marseille, le 23 janvier 1812. Registre .les copies de lettres, n° 196. Arch. Lucq.,

lettre 32.

■i Même registre, lettre n° 93. Froussard à d'Alessandri, il mars 1812.

flatteurs comparaient à Praxitèle, Comolli (1), lui était recommandé par le maréchal Jourdan, gouverneur de Naples (2). Comolli était venu à Carrare dans l'été de isnT. et Sonolet l'avait même tàté afin qu'il devînt professeur; mais il ne s'en soucia pas (3). Comolli, qui demeura pourtant à Carrare, pour son compte, termina plusieurs ouvrages en cette ville, notamment le buste de S. A. I. le prince Eugène, lequel, d'après les ordres d'Élisa à Sonolet, fut joint à la collection de la famille impériale. Cet artiste donna les dessins et suivit l'exécution du piédestal de ce buste, dans les ateliers de la Banque (4). En 1809, Comolli modela un nouveau buste du prince Eugène pour la Princesse Élisa, et également un buste de cette dernière. Quant à son buste colossal de l'Empereur et Roi, il est expédié de Carrare à Milan, où il prend place de suite dans les salles du Sénat du royaume.

En effet, au début de celte anné-Ià (1809), Comolli, déjà très

1 Comolli Jean-Baptiste . né à Valenza sur le Pô en 1773, étudia à Rome, visita la France et l'Angleterre, revint en 1S00 en Italie et fut directeur de l'école de sculpture et d'art, à l'Université de Turin, de 1801 à 1814. Il habita ensuite Milan. Sa manière le rapproche de l'école de Canova. Après avoir l'ail hommage à la Consulte extraordinaire de Lyon, en 1S02. d'un buste en plâtre de Bonaparte Voyez les Mémoires du député Valdrighi, édités à Modène en 1872, letlre du 8 janvier), Comolli, émule de Spalla, autre sculpteur torinais du même temps, fit le buste de Monti, la statue de Bonaparte pour Campo-Formio, etc. On voit aujourd'hui de lui au musée de Plaisance un très beau buste de Napoléon, plus grand que nature, et au musée de Versailles, un idem de dimensions ordinaires du vice-roi Eugène, pareil à ceux conservés au palais de Milan, également du même auteur. Tue lettre de lui du 27 avril 1809. citée par Campori, annonce qu'il reçut 2.000 francs de la Grande-Duchesse Élisa, pour son buste du prince Eugène. Comolli eut aussi, comme nous le dirons bientôt, parmi ses principaux clients Melzi d'Eril, duc de Lodi, dont il fil plusieurs bustes. Il exécuta pour lui le groupe de Dante retrouvant Béatrice dans la planete.Iupiter.il mourut à Milan, le 26 déc. 1830. laissant inachevé son groupe de la Clémence. île Titus-, composé de trois figures plus grandes que nature et qui n'avait pas demandé un Mue moindre de 800 palmes.

Le nom de Comolli, on le voit, est étroitement lié au mouvement d'art de la période française en Italie.

(2) Arch. Lucq. Lettres privées adressées aux princes Baciocchi. fin du registre 20S. Lettres de Desmarais et de Comolli à la Princesse. 1811. et il/idem, vol, 201. Dabos à la Princesse, Paris, 24 nov. 1807, et registre 194, Froussard à Dabos, 21 janv. 1808. Jourdan à la même, Naples, 26 oct. 1807, vol. 201. Nous avons retrouvé la figure du Napoléon de Dabos au palais de Poggio Impériale, en 1894. C'est une œuvre plus originale comme conception que précieuse par l'art. Dabos en lit au moins deux reproductions. ;i Voyez Pièce justif.. n° XIII a.

i Pour tout ceci. Arch. Massa, note de Sonolet à la Princesse. Carrare, 26 juin 1809.

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