‹ Les arts en Toscane sous NapoléonChapitre 8 sur 54 · PIU BEL FIOB NE cm, LIE · texte numérisé non relu

PIU BEL FIOB NE cm, LIE

Inscription obscure sans le secours du présidenl de Brosses qui, dans son très spirituel Voyage en Italie pain seulement en l'an \ III (1800), la traduisait en rappelant que le but de l'institution était de « blutter et de ressasser la langue italienne pour retirer ce qu'il y a de plus fine fleur de langage ».

D'autres médailles composées à la même époque pour perpétuer des événements honorant la contrée, reflètent dans la synthétique et savante sobriété de leurs allégories, un profond cachel <l<- grandeur. Le baron Denon, leur dessinateur émérite, possédait une érudition des plus étendues de l'antiquité ; plusieurs de ses modèles sont dignes d'être rapprochés, sans .pie la comparaison leur fasse tort,

des plus beaux spécimens de la Grèce et de Home. Vne de ces médailles rappelle la Construction de la route de Nice à Rome en 1807, dont une partie, de Massa à Carrare et Viareggio, traversait les États d'LIisa.

Une seconde vise la Réunion de F Etrurie à lu France, en 1808, mais elles sont à l'effigie de l'Empereur (1).

Mentionnons encore à l'empreinte d'Elisa trois autres admirables médailles également composées par Denon, deux datant de 1808, la dernière de 1811. Le profil de la Princesse relevé par des ornements de parure d'une légèreté presque hiératique, si j'ose dire, est entouré, dans les premières, de son nom tracé en lettres helléniques. Les revers ont des légendes en français; savoir : « Roule de Lucques à Pise; Visite de la Princesse Elisa à la Monnaie des médailles. » Jusque dans leur module petit, elles semblent une parfaite reconstitution des pièces contemporaines de Périclès.

Celle de 1811 immortalise la fondation, en 1810, du bourg devenu vite prospère de Monlione (Principauté de Piombino) qu'Élisa construisit sur les plans de Oienaimé, pour les ouvriers de ses mines d'alun et les colons. Selon Massagli et Repetti (2), ces mines d'alun étaient connues depuis le xiv° siècle. D'un côté de la médaille due au talent du célèbre Galle, lauréat d'un des grands prix décennaux de 1810, le visage de la Princesse, coiffure à la grecque, sorte de camée pour la netteté des traits et du détail, est entouré de cette concise inscription : » Elisa impr. soror Lara1 et Populon D. » De l'autre une repro-

(1) Andrieu, le célèbre graveur, recherche alors les suffrages de la Princesse Voyez Pièce justificative, n° XXI).

(2 Le premier. Dominique Massagli, est l'auteur d'un savant travail sur les monnaies el médailles de Lucques (qui nous a servi . pain dans le Recueil de mémoires el documents de l'Académie lucquoise en 187(1 (Lucques, Giusti, in i°, tome XI, -2" partie). Le second a composé un « Dictionnaire physique el géographique de la Toscane ».

duction de la colonne élevée par le bourg de Montioni reconnaissant,

avec cet exergue

Al Gl STflE CONDITRII I

INCOUE PAGIS MONTIOSI ELISARI

A. MDCCCXI

Il existe une autre médaille, dont le coin conservé comme ceux des précédentes au musée de la Monnaie de Paris, retrace sur l'un de ses côtés le chef très étudié du prince de Lucqucs et de Piombino Félix . et sur son revers le profd de la princesse Grande durliessi' de Toscane, le front ceint du diadème grec, le cou dégagé entouré d'un collier à pendants, la coiffure arrangée à la manière antique. La vue de ce visage aux lignes régulières, orné d'une parure archaïque et de grâce délicate, semble une réplique inspirée des anciennes pièces du Péloponnèse ou de l'Hellespont. Sa composition est due au Toscan Santarelli, et, sans l'inscription, on serait tenté de prendre ici d'Elise pour une des ancienne- souveraines du monde romain.

Cette médaille par la différence d'inscription marque bien qu'Elisa seule était Grande-Duchesse et doit dater de 1810, peu d'années après l'annexion de l'ancien royaume d'Etrurie à l'Empire.

De Santarelli également, on conserve sous médaillon, de délicieux profils de la Princesse en cire, comme il a fait du reste en cette matière la plupart de ses contemporains connus. Ces cires sont à bon droit très estimées. Celle (pie j'ai vue de lui, d'Elisa, rappelle le buste

de Chinard. C'est la même figure de jeune femme aux traits aristocratiques, à l'expression naturelle et la même chevelure aux artistiques arrangements. Il n'est pas jusqu'à l'aspect de maigreur des traits et leur apparence un peu maladive qui n'aient été saisis habilement par cet incomparable graveur en camées.

Santarelli avait aussi créé le type de toutes les monnaies de la Principauté de Lucques.

La Princesse, on le sait, commandait en outre à la Monnaie de Florence des médailles à son effigie dont elle aimait à faire des distributions aux hommes instruits, spécialement aux artistes, comme par exemple, lorqu'elle alla, en septembre 1808 visiter Florence pour la première fois, n'étant encore que Grande-Duchesse en perspective.

C'est ainsi que le 2o août 1811, l'intendant Rielle reçut l'ordre d'acquitter le montant de 18 médailles, soit 2.208 IV. 60, sur le crédit des cadeaux (1).

Il y a enfin d'Élise des miniatures sur émail et sur parchemin par J.-B. Isabcy, Aubry cl autres grands spécialistes, cl un médaillon peint sur porcelaine, dans le service de Sèvres, dit des princesses de la famille, aujourd'hui appartenant . à la princesse île Campello, descendante de la branche de Lucien.

Une autre tasse de Sèvres, à fond bleu doublé d'or, est décorée du portrait médaillon de la Grande-Duchesse. Elle fui donnée au nom de l'Empereur, comme cadeau de jour de l'an, à la reine de Westphalie, le .'il décembre 1810 (2). Le premier graveur en pierres unes de l'ancienne France, sous l'Empire — le chevalier Santarelli tenant la palme dans les nouveaux départements — Jeoffroy, lauréat des prix décennaux de 1810, aurait aussi, dit-on, avec --on (''mule d'au delà de- Alpes, fixé les traits d'Elisa sur d'élégants camées. Dans son testamenl dale du 21 septembre 1841, l'ex-roi d'Espagne, Joseph Bonaparte, léguait à son heau-IVèrc Félix Baciocchi, un «le ce- camées représentant Elisa, eu une bague. Deux autres sonl signalés dans la lettre de M de Laplace à Élisa, du 18 lévrier 1807.

Je ne parle vniin ici que pour mémoire de la figuration en biscuit de Sèvres ou de porcelaine dile « vieux Paris >• de la figure d'Elise formant les parois extérieures, irrégulières mais non pourtant défectueuses, d'une tasse à café. Celte tasse, dont j'ai vu de rare- spécimens, l'ut exécutée vers 1810. Elle est devenue par excellence, un objet de collectionneur.

Rappelions encore la médaille composée et dessinée par Etienne-

(1) Arch. Lucques, registre 193. Frouasard ;'i Rielle, 23 aoùl 1811. 2 Les Fournisseurs de Wapoléon [", p, 2:'<\. d'après les Archives nationales.

Egidio Petroni dans son poème : la Napoléon/de en l'honneur de l'érection en principauté du pays de Lucques. « L'Empereur et Roi occupe le milieu de cette médaille, de la main droite il fait un signe de commandement; de la gauche, il tient une femme superbement vêtue et parée du diadème, près d'elle un homme en habit sénatorial tient un rouleau de papyrus. Devant l'Empereur, une femme portant la couronne murale, rend hommage au héros. A ses pieds ou voit un fleuve appuyé sur une urne : le Serchio (1). »

Par cette énumération suffisamment riche, on peut induire que l'Art, fils de la Renommée, n'aura pas été ingrat envers la princesse de Lucques. Mais cet ensemble de faits nombreux, — tous corroborés par des documents — comme de précieux témoignages, dus au mérite, à la puissance et à la bonté, appelle une conclusion : c'est que celte sœur du César-Auguste de notre âge, se présente aux yeux comme un esprit politique, doué de sagacité, et pour tout dire, comme une conductrice de peuples, à la hauteur du rôle.

Res ilalas armis tuteris, moribus ornes

Legibus emendes

(Horace, ad Augusium.)

Aussi après avoir appelé à elle les hommes les plus marquants dans toutes les branches, après avoir assaini et embelli les villes soumises à son autorité, avoir ébloui ses contemporains non seulement par ses vues élevées, mais par un luxe de cour comme l'eût aimé une reine d'Orient, l'Histoire peut conserver à cette Princes-r le surnom tout platonique que son admirateur Fontanes lui donna le premier de Sémiramis de Lucques (2), mais avec ce correctif équi-

11) la Napoléonide, édit. Didot, Paris, 1813, p. 295. — La 1" édition, in-'.', fut publiée à Naples en 1809.

(2) D'après une lettre du 1" septembre 1805. — Ce surnom, inspiré aussi aux Florentins par un portrait où Bcnvenuti avait vêtu Élisa à la Sapho, rut répété par Talleyrand à l'Empereur qui en rit beaucoup.

table qu'Elis,i n'a de Sémiramis que les beaux côtés et non les instincts féroces, les mœurs déréglées qui ont fait de cette souveraine un modèle de contrastes inouïs.

Nous préférerions, en tout cas pour notre part et pour le temps présent, un peu moins d'insouciance sinon d'ingratitude à Lucques, a Carrare et à Florence, aujourd'hui surtout où l'apaisement des passions politiques a succédé à la belle époque du risorgimmlo italien, accompli avec l'aide de la France.

Les actes du régime français dans l'Italie centrale avaient été jusqu'ici dénaturés par la réaction provoquée en 1814 et 1815. Un mot d'ordre avait élé imposé, partout suivi, d'effacer les souvenirs matériels des Napoléon-, et peu à peu l'oubli était venu. Les bustes de la Princesse, par exemple, furent enlevés de- établissements publics avec les aigles décoratifs, les couronnes de lauriers et tant d'autres attributs. La lecture de cette étude changera, sans doute, les idées; ne semble-t-il pas de lente équité que l'image de la Princesse rappelle dans les musées son grand nom comme ses bienfaits m?

• (1) C'est désirable, car il n'en existe actuellemenl aucun dans les <l«"-|.«*. t— publics de

Toscane.

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