livre à la main. De Franque également et au nié palais, un portrait
moitié plus petit de M"'c Napoléon, velue de mousseline blanche, la ceinture formée par un ruban rouge, bille est en train dans un jardin, d'étendre la main droite pour prendre un papillon sur une fleur. A terre son chapeau blanc de paille sur lequel sont posés Irois papillons.
Les traits d'Élise ont enfin tenté le crayon île Bosio ■> . mais ils sont d'une ressemblance approximative, -i l'on en juge par la belle estampe au pointillé de F. Ambrosi de Venise, datée de 1811. Voici la légende de celle pièce in-folio : « Marie-Anne Elisa, sœur de Napoléonle-Grand, Grande-Duchesse ayant le gouvernement des déparlements de le Toscane, dessiné par .1.-1!. Bosio, ancien professeur de l'école polytechnique de Paris, déposée la bibliothèque royale de .Milan », avec
li // testamenlo >li Paolina Bonaparte cxlrail de In Mi» Vaj fl de Lumbroso,
série V, page 123, note.
• Joseph Franque, élève de David, — né en n7î. qui exposa aux Salons, sous l'Empire,
notanimenl Marie-Louise regardant son fils le Roi de R e, jolie toile du musée de Versailles,
quitta la France vers 1812, s'arrêta :\ Florence où Élisa le retint. Nommé en 1811 professeur de peinture à l'académie de Carrare, <•" rcmplacemenl de Desmarais, décédé, il lui empêché par la révolution amenée par la guerre, de s'installer à Carrare. Il allaà Naples où il devint professeur de l'acadé
::; Bosio J. 11. 1764 1821 . dessinateur forl original de scènes de mœurs, parfois mais
I il 11- rarement peintre, qu'il ne faut pas confondre avec le sculpteur très célèbre du mè
nom. ilonl il serait le frère. Il étail hnii.---.nir à Milan,
armes de la Toscane en bas, dans lesquelles sont introduits l'aigle et le collier de la Légion d'honneur. La princesse debout, en robe blanche lamée d'ornements en or, la tête parée d'un diadème en grosses perles, appuie ses bras gantés sur un trépied rempli de fleurs. Ce dessin appartient à une suite du même artiste, gravée plus habituellement à Milan, par Louis Rados (de Parme'), comprenant, entre autres personnages contemporains, tous les membres de la famille impériale.
Depuis son avènement a l'Empire, Napoléon, qui était non seulement un grand général, mais aussi un sensilif, à l'esprit prévoyant, déjà soucieux du jugement de la postérité sur son règne et les siens, avait eu plusieurs fois l'idée de commander à des peintres comme à des sculpteurs les portraits des membres de sa Famille. Celle-ci offrait alors un assemblage de femmes et d'hommes, tous à physionomies belles et distinguées pour le moins. Les costumes du temps, très seyants comme les parures, ne pouvaient qu'inciter l'Empereur à donner suite à son désir. Par décret pris le 1er mars 1806, au palais des Tuileries, l'Empereur commandait sept poitrails en pied de toutes les princesses de la Famille, y compris ceux des Princesses Auguste et Stéphanie! 1). Ce sont les grands portraits que fit Gérard, connus pour la plupart aujourd'hui par les gravures. Celui d'Elisa, ne s'exécuta toutefois qu'en 1810, à Paris, lorsqu'elle, vint assister aux fêtes du mariage impérial, nous l'avons décrit plus haut.
Très peu de temps après, le 23 avril 1806, par une lettre de Duroc à l'Intendant général de la Maison impériale, Napoléon commande à Sèvres une table, où figureront tous les portraits de la Famille « telle qu'elle existe actuellement. » C'est Gérard qui fournira les originaux à l'artiste désigné pour cette table : Louis Boilly (2).
(1) Voyez la teneur de ce décret découvert par nous aux Archives nationales, cl qui ne lui jamais imprimé : Pièce justificative n" XIX. — Le porlrail de la princesse Stéphanie est conservé au palais île Carlsruhe.
(2) Arch. de la manufacture 'le Sèvres,
Élisa est donc à sa place sur cet objet d'art conservé aujourd'hui chez les descendants des Bonaparte.
Il faut citer ici, au moins pour mémoire, un autre portrait en pied de la Princesse de Lucques, peint à la fin de 1807 à Taris, par Regnault l'émule de David. Je veux parler du portrait placé dans le grand tableau de famille encore commandé par S. M. représentant le mariage du roi Jérôme avec la princesse de Wurtemberg, tableau ornant aujourd'hui une des salles de l'Empire, au palais de Versailles. Le dit mariage avait eu lieu le 23 août 1807. Celle cérémonie, qui avait élé très belle, avait plu à l'Empereur. Mais il voulait laisser un documcnl à la postérité, en y fixant les traits de tous ses proches. Comme Élisa n'y avait pas assisté, ni Baciocchi, tous deux retenus à Lucques par les devoirs de leurs charges, on imagina un subterfuge. Regnault lit le tableau, laissa les places libres pour Élisa el son mari, et, quand le nu. ment -le les peindre lut arrivé, Denon s'adressa ainsi à la Princesse :
Madame,
Si, Majesté a ordonné l'exécution d'un tableau où se trouvenl réunis tous les princes ri princesses de son auguste ternillc. Comme il n'existe à Paris aucun portrait ressemblanl >h- Votre Mtesseel du Prince -un époux, l'artiste M.Regnaull, membre de l'institul national, m invile à avoir l'honneur de vous écrire peur vous prier de m'adresser des portraits peints on dessins eoloriés dans la (.use indiquée au croquis joint, à celle Ici Ire.
Veuillez, je prie, Madame, avoir la bonté de me le- adresser le plus promplcment qu'il sera possible, l'artiste altendànl pour terminer son tableau, .le les recevrai avec d'autant plus d'empressemenl que S' "■ l'Empereur me les a demandés elqueje n'ai pu satisfaire jusqu'à ce jour son désir.
Je suis, ele.
Denon i .
Paris, le i3 avril 1808.
I) Archivio di Lucca. Lellere private ai principi Baciocchi Scgrclaiio nctto), vol. e.c.ii.
.h Stat H Gabi<
Ce qui fut demandé fut fait. La Princesse envoya les portraits, Regnault les copia. Ils figurent dans ce beau tableau et Baciocchi est le personnage placé le premier au fond, à droite. Le cartouche placé au bas du tableau indique par erreur, à cet endroit, le prince Borghèse. Il faudra rectifier ce cartouche à Versailles, car le personnage que nous désignons ici est bien Félix Baciocchi, prince de Lucques. — Enfin, également à Versailles, je signalerai le magnifique vase de Sèvres coté à l'inventaire dudit musée V. 1025, et placé aujourd'hui au rez-de-chaussée du palais, dans une embrasure de fenêtre, au bout des galeries de l'Empire. 11 est bleu lapis et est décoré de bronzes dorés d'une facture puissante et riche qui sont signés : « Thomire, fabricant de Leurs Majestés ». Il fut composé en 1812, à Sèvres, sous la direction de Brongniard, pour rappeler le souvenir du mariage de l'Empereur. Toute la famille impériale, à laquelle se sont joints Cambacérès et Lebrun, défile en frise de bronze autour de ce bel objet d'art. Seuls, Napoléon et une de ses sœurs manquent à l'appel, enlevés qu'ils ont été de leur place par une main vandale dans les années troublées 1870-1871. Je cite ce vase pour le portrait d'EIisa, qui y figure ou y figurait, si on admet que le personnage femelle disparu soit celui de la Grande-Duchesse.
J'ai à signaler non moins l'existence d'un autre portrait d'Élisa, d'avant INI I, que la Grande-Duchesse envoya à Cassel, à sa nièce du côté de Félix, M"'c la princesse de Salni-Salm, née Flaminia Hossi, mariée à Paris, en 1810, à un des plus brillants aides de camp de son frère, le roi Jérôme-Napoléon. Il y a lieu de présumer qu'il s'agit ici d'une peinture plutôt que d'une gravure, étant donnés les liens d'intimité qui existaient entre cette pupille élevée à Lucques, sous ses yeux, et la Princesse. Le paquet fut envoyé de Florence à M. Rolier à Paris, en janvier 181 I, pour être remis à M. de Cénami, Grand Écuyer de Lucques, alors en mission à Paris, à charge, par lui. de le confier n de la part de S. A. I. au premier courrier de S. M.
le roi de Westphalie qui viendra à Paris, pour qu'il le porte au prince à son retour à Cassel 1).
Quant à sa tille Napoléon, — qui ne quitte pas la Princesse et que celle-ci s'évertue à former à son image, en l'entretenant d'idées élevées et de la gloire de son nom, — sa belle carnation, ses traits remarquablement réguliers (sans parler ici du naturel pétulant et de son intelligence précoce) incitent sa mère, sur les conseils de tous ceux qui l'admirent c'est-à-dire qui l'approchent, de la faire peindre dès son jeune âge, et nombre de fois. Nous avons cité quelques portraits d'elle, soit à côté de sa mère, soit détachés. Mentionnons maintenant les principaux de ces derniers. — D'abord d'avant 181 n, celui de Benvenuti, dont Flisa parle ainsi dans une lettre du 5 janvier 1810, écrite de Pise par M. Froussard, probablement à M. Hardi, directeur des musées de Florence, alors à Paris : « S. A. I. Mmc la Grande-Duchesse désire que vous disiez au peintre Benvenuti, de sa part, d'apporter une copie du portrait de Mmc Napoléon et de vouloir bien charger Aubri de l'aire une copie de ce portrait en miniature (2). » Ainsi, au Salon de 1810, celui en pied par M",c Benoist, collaboratrice, dès celle époque, du grand peintre François Gérard. Mme Benoist est connue des Baciocchi. « Née Laville-Leroux. rendue déjà célèbre sous un de ses prénoms par Dumoustier, qui lui dédia ses Lettres à Emilie sur la mythologie, si lues alors si oubliées aujourd'hui » (3), Mmc Benoist avait donné sa main à l'ancien
1 Arch. Lucq. \'ol. 193, corresp. du Cabinet, Froussard à la princesse de Salm-Salin el u M. Rolier. Lettres du 23 janvier 1811 n°s 122 el 123 .
2 Arch. Lucq., registre 193. — Aubry, élève de J.-B. Isabey, un des bons miniaturistes de l'époque impériale.
3 lu Chronique des Ails el île Iv Cu du 1" mars 1900, article de M. Roger Peyrei
secrétaire gênerai du Ministère de l'intérieur sous Chaptal, demeuré depuis à ce poste élevé, qu'il remplissait si bien qu'Elisa voulait l'enlever à son frère pour en faire son secrétaire à elle, en Toscane. Mmc Benoist, élève de David, eût été du voyage : le plan était beau, mais l'Empereur consulté ne donna pas son adhésion; Benoist demeura à Paris et sans avancement.
Dans cette peinture de M" Benoist, la jeune princesse Napoléon est montrée la ligure entière face au spectateur. Elle tient une tourterelle dans les mains. Sa robe de toile (?) blanche avec frange brodée à jour, descend à mi-jambe. Les pantalons sont de môme étoffe et les souliers en satin blanc. Au fond, la campagne; à l'entrée d'un bosquet de roses et de lauriers, une petite voiture d'agrément, remplie de fleurs (hauteur : 54 pouces 8 lignes; largeur, 42 pouces 7 lignes.)
Au même Salon de 1810, figurait un autre portrait très curieux oe Dabos (Laurent), signé et daté de cette année-là et qu'il nous a été donné de voir en 1898, à Yilla-Vicentina (Istrie) où il était conservé. La lilletle y est représentée jouant dans un jardin près du buste de Napoléon. Près d'elle gisent une brouette et un arrosoir (hauteur 37 pouces; largeur, 30). Montalvo signale les deux portraits précédents et les suivants, comme ornant encore le Casino Eélix, à Florence, en 1813.
Vers la même époque, ou au plus tard au début de 1812, à en juger par l'âge que paraît avoir l'enfant sur le portrait, Etienne Toffanelli peignit et dessina pour la gravure qu'en fit André Toffanelli, la princesse Napoléon. L'estampe à l'eau-forte, tirée à petit nombre, en est très rare et porte au centre de la marge inférieure l'écusson de Piombino entremêlé de celui des Bonaparte. Napoléone est vue en pied, assise sur une voituretle d'enfant dans le style du temps. La tête et les jambes nues, vêtue d'une chemisette, elle lient de sa main droite une épaulette et appuie son bras droit sur les coussins
du véhicule. Une petite levrette est couchée a ses pieds. Le paysage du fond est quelconque. Ce tableau mesure 36 pouces de hauteur sur 2.'» et 5 lignes de largeur.
Le même auteur a représenté encore M"' Napoléon, nue, couchée sur un lapis dans un bosquet de myrtes et entourée d'une guirlande de Heurs (largeur : 2iî pouces i lignes; hauteur : 18 pouces 8 lignes). Ces portraits, certainement pris d'après nature, ont une sincérité documentaire. Non moins précieuse est la double miniature faite à Paris, en ISIO, de la Princesse (I) et de sa tille, qui orne les côtés d'un charmant carnet de bal, monté en or avec de fines ciselures de Biennais, carnet composé d'une double pierre dure de Florence, inscrusté de perles fines et de mosaïques aux quatre coins, représentant des coquillages, surmonté aussi de la lettre E, mise de chaque côté du fermoir. L'auteur anonyme des deux miniatures encastrées dans ce bijou — aujourd'hui en possession de M. Firmin Rainbeaux, ancien écuyer de Napoléon III, qui le lui donna — est, d'après la facture, d'un bon spécialiste français de l'époque; l'âge qu'accusent les traits de la princesse Napoléon, la finesse du travail des ciselures, tout indique l'ail et l'année 1810, époque du déplacement de la Princesse et de sa fille
à Palis.
Fabre, enfin, en ISI2 signa deux portraits de la petite princesse; nous les décrirons plus loin.
Chinard, de Lyon, a aussi laissé de la princesse Napoléon un joli buste d'enfant exécuté en terre cuite.
En 1810, de Paris, Klisa, à l'exemple de son fastueux frère Jérôme, qui protégeait à sa cour des miniaturistes et des peintres genevois sur émail, tels les Soiron, Klisa emmène en Toscane
i Voyez une héliogravure d'après ce médaill le la Grande-Duchesse, dans notre
volume Élisa Bonaparte. Paris 189S, in-12, Champion,
Salomon-Guillaume Gounis (1 .artiste peintre, né à Genève en 1783, élève de Girodet. Il se spécialisa dans le portrait et resta à Florence jusqu'en 181 i.
Froussard lui expédia son brevet de « peintre en émail de S. A. 1 » (sic) exactement le 1" janvier 1811. C'était un témoignage très flatteur de la souveraine pour son talent (2). On lui doit une jolie miniature ovale d'Elisa, vue de face, aux traits bien nature, qui a été gravée par Morgben, petite pièce large de 10 centimètres et large de 22, rare à rencontrer.
En 1811, Counis peignit le portrait d'Elisa sur une boîte démontre émaillée; la plaque d'émail fut exécutée chez le sieur Coteau, orfèvre demeurant à Paris rue de la Calandre 33, pour le compte de Mgr le prince Félix. Cet objet d'art renfermait aussi des cheveux de h Princesse (3 . J'ai vu de lui, chez des particuliers en Toscane, un très joli bracelet du temps avec quatorze médaillons d'émail sur lesquels l'artiste avait représenté quatorze jeunes filles en bust< ■>, avec les costumes des quatorze différentes provinces de Suisse.
Quant à l'image d'Flisa, gravée dans le volume de M. Peyre : Napoléon et son temps, page il, paru en ces dernières années chez Firmin-Didol, elle nous déconcerte assez comme ressemblance. Il est vrai qu'il s'agit ici d'un portrait de jeunesse, exemplaire presque unique, si l'œuvre a se< papiers.
i Entré d'abord comme apprenti à Genève chez un peintre faisant' de l'émail pour les bijoutiers il y avait alors dans le chef-lieu '1'- notre département du Léman une école florissante 'lf peintres miniaturistes sur ('■mail . il partit on 1806 pour Paris, sur le conseil d'Adam Toppfer. — Il y demeura jusqu'en 1 S 1 0 — do 1814 à 1816 il revint à Genève, puis retourna à Paris, puis enfin à Florence on 1830 et y mourut en 1859. On lui doit parmi d'autres œuvres, un portrait du roi Jérôme exécuté à Florence et un dessin au lavis : Vue de la villa de Ptérjiiy. appartenant à la reine Hortense au bord du lac de Genève, 1813). Le portrait de Counis peint par lui-même est conservé à la galerie dos l'i'lizi. où l'on voit aussi celui de sa fille nommée Élise; née en 1812 à Florence, Kli-a fut sa marraine. Cette fille décéda on 1818. Les portraits on question portent les numéros 643 cl 698, du catalogue du musée, édition de 1893.
2 An li. Lucq., registre particulier des lettres du Cabinel années 1809-1811, côté n° 193.— I ctlre 383
(:t Ibidem. Froussard à Rolier. n° 501,
LA PRINCESSE GLISA [89
Jean-François Robert, déjà cité, paysagiste en vogue de la manufacture de Sèvres, attira aussi l'attention d'Elise, ou plutôt celle de l'Empereur, à la suite du Salon de 1812. 11 semble que la Princesse se le soit attaché en qualité de peintre (I). En tout cas, il vint à Florence et composa d'après nature, pour Napoléon et pour Elise, des vues de villas appartenant à la Couronne, telles que celle de son palaisd'été Poggio a Cajano, prise des bonis de l'Ombrone. On sait que l'Empereur, suivant une idée fort suggestive, et en tout cas fort honorable pour l'amour-propre national, commanda un grand service d'assiettes à Sèvres, qui existe encore, et où les meilleurs paysagistes peignirent toutes les résidences de la Couronne dans les anciens el nouveaux départements, comme celles des pays soumis par ses armes et où il avait passé. Les œuvres de Robert, qui était d'ailleurs le beau-frère de Demarne — parenté oblige — , se recommandent par la suavité de la touche et l'extrême finesse du dessin (2 .
A cette même époque, Joseph Collignon, dont nous avons déjà mentionné le nom lors d'une visite de la < rrandc-Duchesse à l'académie des beaux-arts de Florence en 1809, vivait et professait à cette académie. Il traitait de préférence les sujets d'histoire el avait longtemps séjourné à Rome. En INI 2, à peine avait-il achevé pour l'église primatiale de Pise la grande toile représentant, en dimension plus grande que nature, le débarquement de Bernard Baldi au port d'Aborée (7i Sardaigne, qu'il fut nommé membre de l'académie de S;iinl-Luc de Rome. Ses belles compositions se voient encore à Pise et inspirent l'estime. Le palais Pitti a de lui un plafond dans le salon de Prométhée peint sous la domination française et un autre dans le salon de Psyché. Après le retour du grand-duc de Toscane dans ses
il) Gabet. Dictionnaire des artistes français au XlX'siècle, 1831
î Le schah de Perse, venu a Paris en 1878, emporta comme cadeau du maréchal-Présidenl de la République un service pcinl par cel artiste.
Élats en 1814, Collignon devint directeur de l'académie de Sienne (1816). Son portrait esl conservé au musée des Offices.
Fabrc (Xavier-François-Pascal), né en 1766 à Montpellier, formé aux premiers principes de l'art par Vien, alla à Rome dès sa jeunesse et obtint le grand prix de peinture en 1787, après deux ans d'études sous la direction de Louis David à Rome même, à côté de Girodet, de Gauflier et de Drouais (1), ces deux derniers morts très jeunes. David n'avait alors que trente-sept ans, mais ses productions étaient étonnantes. Les Irois élèves, que je viens de citer, étaient si forts qu'ils aspiraient déjà à devenir ses rivaux et ce sont eux dont David s'est toujours réclamé plus tard, avec Gérard et J.-R. Isabey (2).
A Rome, Labre, remarqué de Bernis en 1789, qui acbeta en mars de cette année-là son Jacob demandant Eachel, justifia la recommandation qui lui avait été donnée pour ce prélat (3). Les notes de son directeur continuent d'être excellentes sur lui en mars et septembre 1791. Ménagcot se plaît à citer ses succès à d'Angiviller. Il visita Xaples eu 1793 lorsque les pensionnaires du Roi comme lui, tels Realtu, Chinard, Girodet el tant d'autres, chassés par l'émeute romaine, accomplirent leur exode vers l'Italie méridionale.
A la Révolution, sa famille, d'opinions royalistes, ayant élé persécutée, s'était retirée de Montpellier à Florence. Un des premiers ouvrages de Fabre en cette ville fut le portrait en pied de Marie- Thérèse d'Autriche, fait probablement pour le grand-duc, et possédé aujourd'hui par M. le comte de Limburg Stirum, à Gand (4).
(1) Drouais s'éteignit à vingt-quatre .-ni-!
[2) Lepeintre f.ouis David, par son petit-fils Jules, 1 vol. in-folio, isso notes de David surses élèves . voyez p. 504.
; Lettre 'le Ménageot nu le surintendanl des Beaux-Arts à Paris. Rome, 1* mars 1*89.
i Messager des Sciences historiques. Bruxelles, année 1891, p. :;". il aurail été fait, d'après fauteur 'I'- l'article, pour In chàtellenie d'Audcnarde.
LA PRINCESSE ELIS A l'.ti
Fabre, dès lors, ne quitta plus guère l'Italie devenue sou pays de prédilection, et comme Paris l'architecte bizonlin également fixé à Rome, il persista dans d'anciennes idées personnelles au point de refuser, en 17U2, le serment civique à l'académie de France, et de se retirer de Rome à Florence où il vécut en particulier. 11 ne se déparlit de son exil volontaire qu'un peu plus tard, sous l'Empire I I, quand il exposa aux Salons et vint à Paris en octobre 1806, puis, en 1810, accompagner S. A. la comtesse Louise d'Albany 2. Non moins aussi comme \\ icar et Denis, — il est vrai très protégés par le roi Joseph, — comme le paysagiste Chauvin qui eut pour principal client Talleyrand, comme Boguel, l'auteur d'un passage du Pô par l'armée française sou- Plaisance en 1796 (aujourd'hui à Chantillj . page excellente qui suffirait à conserver son nom, Fabre s'amouracha-l-il de l'Italie, de ses aspects variés el poétiques, de ses vastes palais où, à peu de frais, il pouvait se livrer aux joies du collectionneur.
Puis quand l'âge survint, goutteux et le caractère aigri par les souffrances autant que par les événements auxquels il avail a-sislé, il était devenu casanier et, en 1 82o, il ne revint dans sa ville natale que pour y passer ses derniers jours el pouvoir faire profiter son pays du don magnifique de sa collection.
Dans les premières années du siècle à Florence, il mérita à ce point l'amitié d'Alfieri, que ce grand poète lui légua sa riche bibliothèque (.'?). Ce qui ne l'empêcha pas de continuer les achats de livres et de la tenir au courant des principaux ouvrages qui paraissaienl i . 11 avait beaucoup voyagé dans la Péninsule cl possédait un vaste
(l)//,/'»/.'//). 'Jules-David David à Isabcy, M octobre 1806.— p, ; 13
(-) l ne lettre de Girodel à l abre sans désignal l'a Se, qui e9l aux archives de Mont
pellier porte l'adresse de Fabre à Paris i3, rue de Provence ■<
(3) Aujourd'hui ;i la \ i I !<• de Montpellier, légataire de Fabre.
(l) Bulletin d'autographes, Etienne Charavay, n» 279, juillet i ' n il ii7i Fabre au libraire
Fantin, Florence, 21 mars 1809 el mentions des ouvrages du f I> italien dil d Mfleri, à la
Bibliothèque de Montpellier.
savoir. Sous la domination française en 1810, il accepta une place de
professeur à l'Académie de Florence. Il était aussi secrétaire de la section de/ Disegno, puis membre correspondant de l'Institut impérial pour la ic classe, toutes distinctions qu'il n'avait pas recherchées, étant de sa nature modeste à l'excès. Selon Bonstetten, cité par Charvet (1), Fabre occupait à Florence un palais (2) où il avait installé une réunion exquise d'objets d'art, et où il recevait déjà quotidiennement, en 1807, la visite de la veuve du dernier des Stuarts.
Fût-il uni à elle parmi malrimonio secrelo, comme on l'a insinué, voire même comme il est reçu de nos jours, de l'affirmer? — Je ne le crois pas, car Fabre s'en est toujours défendu. En tout cas, un rapprochement de leurs âmes s'opéra surtout après la mort d'Alfieri. Il est tout à l'honneur de Fabre : sa carrière en profila, car aimée et estimée de tous pour ses agréments, M"1" d'Albany avait les plus belles relations en Italie.
A Florence, dans son palais du quai de l'Arno, cette souveraine déchue continuait de tenir une espèce de cour : elle se composait aussi bien des nobles étrangers de passage que des membres de l'aristocratie locale » de la pauvre noblesse florentine, » comme l'appelle Stendhal, qui y fut admis et de jeunes Anglaises, dont Fabre se plut parfois à reproduire les traits. Aussi bien Fabre régnait dans le cénacle choisi de la comtesse. 11 s'établit entre eux un commerce intellectuel, artistique surtout, de chaque jour, sans l'ombre d'un dissentiment. De là toute une existence nouvelle faite de charme et d'idées, une amitié solide de tendances comme de raison, c'est-àdire de philosophie.
Ami particulier du directeur du Journal de /'E//i/)ire, Berlin aîné, dont il avait fait le portrait ainsi que celui de sa femme à Florence
1 Correspondance de la comtesse d'Albany: — Kimes 1889, p. 21'.
2 En 1 soo. il habitait près de la porte Romaine d'après les lettres de Montpellier et son adresse de 1813, que je copie sur une lettre de l'époque à lui adressée et conservée à Montpellier, élail : via deiMori. \" 2320.
même quelques années avant (1) lors d'un voyage du couple en Toscane, sinon un peu plus tard, lors d'un de ses voyages ;'i Paris, l'aine a laissé dans ses papiers aujourd'hui conservés à Montpellier, les lettres qu'il recevait de ce bon amateur qui lui reprochait dès INOS, d'habiter une ville de province ± . Armand Bertin qui le tenait en haute estime, ne cessait d'aimer à correspondre avec lui, l'entretenant de ses amis très chers : David, Gérard, Girodet, des Salons et de toutes les nouvelles pouvant l'intéresser. Quand Fabre viendra à Paris, il le recevra, le fera dîner chez son père avec Gérard, etc. Gérard prend un peu plus tard rendez-vous avec lui pour aller visiter l'atelier de Bosio (3). Fabre visite aussi les ateliers de ses confrères et toutes les merveilles d'art alors accumulées dans la capitale du inonde.
11 est certain «pie si Fabre avait habité Paris, il aurait (Hé membre titulaire de l'Institut et qu'il eût été l'émule reconnu par tous, au lieu de l'être seulement par quelques initiés, des Gérard, des Girodet et des Riesener. Son portrait de Ganova peint en I s 1 2 , qui fut gravé par Toschi (4), est un des chefs-d'œuvre du musée de Montpellier. Il léserait du Louvre, si le Louvre avait eu la bonne fortune d'en hériter. Je dis à dessein : « d'en hériter », car les productions de Fabre en tant que peintures, ne sont pas classées commercialement et ne seraient pas, bien à tort, de celles qu'une administration songe à acheter. Quoi qu'il en soit, le portrait de Canova dont
I II- appartenaicnl à feu \l. Léon Say, . hez lequel nous les avons vus.
.' Florence n'étail qu'une préfecture française en 180S. — Voyez lettre de Berlin à Fabre, Paris, i septembre 1808, publiée par la Nouvelle revue i <■/: ospeclice, n° I s. janvier 1896, |>. 1 a i.
:; D'après des lettres de Berlin ri de Géraid, mentionnées par Pelissicr sans désignation d'année . '■'< mai <-i "i août.
\ Il a été aussi gravé par l'Anglais Worlhington, pour la traduction parue ;'i Londres en I82i chez Prowetl de l'ouvrage de Cicognara. Les oeuvres de Canova, Venise, isj:: . Dans le
premier volu In livre original <\<- Cicognara, la gravure sur acier esl remarquable, s.-ms
vouloir enlever son mérite réel au portrait de Canova par Gérard, peinl à Paris en 1802, lors du premier voyage 'In grand artiste auprès de Bonaparte, on peut préférer, comme c'csl noire avis, le porlrail de Fabre à celui de Gérard.
I9i LES ARTS EX TOSCANE
nous parlons, offre dans sa facture des analogies de style et de lignes tout ensemble avec celle de Louis David et de Raphaël.
Mais Labre, peu soucieux de la renommée, aimait à la folie l'Italie, comme il a été dit, puis il se sentait retenu par l'appât des charmes d'une femme d'élite. Son goût de connaisseur trouvait dans ce milieu des jouissances élevées; en outre, une galerie toujours en formation et dont les achats étaient aidés par les ressources importantes de Mmc d'Albany — royalement pensionnée, paraît-il, par la cour de France — constituait pour Fabre une nouvelle fortune. Bertin susnommé l'estimait déjà à plus d'un million sous l'Empire, ce qui en ferait facilement deux aujourd'hui et Stendhal qui était aussi à sa manière un grand artiste, la visitant en 1817, de dire : « M. Fabre m'a montré en objets d'art, les choses les plus curieuses » (1). Pour toutes ces raisons, Fabre se laissait donc vivre avec bonheur sous ce beau ciel. Il envoyait pourtant aux Salons de la capitale et ses œuvres y étaient très remarquées par ses excellents rivaux : David. Girodet Riesener et tous les connaisseurs.
Il excellait dans le portrait, témoins celui du peintre Terreni en buste) en costume du temps de la Révolution qui est aux Offices comme celui d'Altieri, ovale terminé à Florence six mois avant la mort du grand tragique et très habilement gravé sur acier par Morghen en I TU.'! (un autre fut gravé par Saunders.) Fabre a donné à son héros la distinction native et la beauté que celui-ci avait réellement. Sa physionomie où éclate le génie, si j'ose dire, dépasse le terre à terre où se seraient complu en pareil cas des talents ordinaires. C'est un chef-d'œuvre. Détail bien couleur locale : Alfieri porte au doigt une bague avec camée très reconnaissable de son compatriote Santarelli. Témoins encore ceux de la comtesse d'Albany (aujourd'hui un aux Offices de Florence, l'autre, plus petit, au musée de Montpellier), du
l Rome, Naples el Florence, II. 122 édit. de 1826
célèbre graveur Jacques-Joseph Coiny, en buste Versailles); du roi d'Étrurie Louis 1er, en pied (Offices); de son fils Charles-Louis, en buste; (au musée de Montpellier) I . ceux réunis dans un même cadre et en pied de Louis I r roi d'Étrurie, de Marie-Louise de Parme, sa femme et de son jeune fils en costume de chasseur à cheval (Musée royal de Madrid, salle des portraits de la Camille des Bourbons, par Goya) — très joli spécimen de son talent — de M. de Scitivaux, trésorier général français en Toscane, celui en pied du comte d'Arjuzon, pair de France et tant d'autres (2).
Il imitait les étoffes et les accessoires dans la perfection. Je citerai encore son magnifique portrait en pied de Mgr le dur de Feltre, en costume de ministre. Napoléon le lui avait commandé pour la galerie de Compiègne <>ù il voulait, à l'instar de ce qu'il avait fait pour ses maréchaux aux Tuileries, réunir les images de tous ses ministres ou grands dignitaires, el Favre le peignit vraisemblablement en lsio, année où il suivit ;'i Paris la comtesse d'Albany. Une réplique semble en avoir élé faite qui est au musée de Nantes; les descendants de Fabre onl prêté leur exemplaire en ces dernières années à l'exposition de la Révolution el de l'Empire, organisée aux Champs-Elysées à Paris, par la Société de la Charité maternelle. Ledit portrait a été gravée par Massard, au début de ce siècle.
Clarke, qui se piquait de quelque goût artistique, connaissait
I Vu par mais dans les réserves du musée de Montpellier en 1899, avec l'annotation suivante de la main de Fabre : peint en 1803 d'après nature. Vu égalemenl de Fabre dans les
mêmes locaux, plusieurs petits portraits anonj mesdejei s fen s qui paraissent Anglaises
probablemenl de l'enl 'âge de la comtesse d'Albany) de type el deux portraits de bourgeois de l'Empire à ligures distinguées, peut-être de Français appelés par leurs fonctions à Florence.
(2) La lisic qu'en donnent jusqu'ici ses insuffisants biographes ne signale même pas tous ceux-ci. Ne m'occupanl que de sa production s,, us l'Empire, je ne citerai pas ceux qu'il peignil encore à Montpellier, lors de sa retraite en celte ville sous la Restauration. Le Camet delà Sabretache de mai 1900 a publié la gravure d'un portrail du général Charles de Frégeville, de notre collccli que mais lui attribuons. Charles de Frégeville était retraité à Montpellier quand Fabre j arriva en 1825.
très bien Fabre depuis sa mission diplomatique à Florence (septembre 1801 à juin 1804). Il l'estimait beaucoup, comme en témoignent ses lettres à Fabre.
Le 31 août 1806, notamment, de Paris (où il habite alors rue du Marché-d'Aguesscau, n° 7), Clarke commande par son entremise à Santarelli, — un intime de Fabre, puisque celui-ci choisit son fils Emile, pour héritier universel, — des camées sur agates onyx (1). Un peu plus tard, il l'entretient de commandes de statues qu'il a faites à Dupaty ^2) et à Corneille (3), puis du portrait de son fils Edouard; enfin, il lui confia le tableau-portrait de toute sa famille œuvre admirée de tous ceux qui, comme Clarke l'écrivait à son ami (4) en 1813, venaient le voir à sa propriété de Puteaux.
A Florence, Fabre fit aussi le portrait de M. Edouard Lefèvre, le spirituel secrétaire de la légation française auprès du roi d'Etrurie, passé à la fin de l'Empire premier secrétaire à Cassel auprès de Reinhard, son ancien chef à Florence.
Sous l'influence de ses études toujours poursuivies dans les musées, les collections et les livres d'une bibliothèque superbe, Fabre était devenu un érudit. Sous l'Empire, Reinhard, l'ancien envoyé français en Toscane auprès du dernier grand-duc, le consultait sur l'achat de tableaux (5). Plus tard, ce sera l'Institut de France, quand il s'agira d'expertiser des dessins de Raphaël, et
(1) Ariii. île la Biblioth. de Montpellier, fonds Fabre, pièce manuscrite n° 2.
(2) Le Fonds Fabre-Al/jam/, par L.-G. Pélissier, extrait «lu Centralblatt, paru en 1900 à Leipsick >< fur bibliothekwesen ». D'après une lettre de Dupaty à Fabre du 29 décembre 1899, c'est à Fabre que Dupaty devait celle commande.
(3j Le sculpteur Barthélémy Corneille, de Marseille, qui décéda en 1812. Praticien eslimable. Ancien élève de l'école de Rome à l'époque de la Révolution.
(4) Ibidem fonds Fabre. — Lellres diverses adressées à Fabre. Ce fonds est 1res intéressant. II sérail plus riche encore si le comte de Malles, exécuteur testamentaire de labre, n'avait détruit personnellement presque toutes les lellres de Fabre. Ce nom et ces renseignements nous sont donnés par M. Gaudin, bibliothécaire en chef de Montpellier; mais un autre confrère d'autorité reconnue. M. le professeur Pélissier, attribue à un certain M. Gâche exécuteur testamentaire, ami de Fabre, un véritable » auto-da-fé » de lettres précieuses provenanl du célèbre artiste.
(5) Arch. bibl. Montpellier, fonds Fabre carions 9 et 19, liasse XXIV .
sous la Restauration, le ministre de la Maison du Roi le chargera d'acheter pour son compte le musée numismatique des princes Strozzi H). En 18I2, Clarke lui soumet en longs termes tout un projet de décoration murale (probablement pour sa maison de Puteaux ± . représentant l'histoire d'Annibal; il le consulte aussi sur ses achats.
Canova (et ce n'est pas peu dire) libellait ainsi toutes ses adresses de lettres à son ami : A Monsieur Fabre, peintre très célèbre, Florence.
Il est vrai que Canova savait toute la valeur de notre artiste. Fabre avait fait de lui, à Florence même, ce portrait de parfaite exécution dont nous avons déjà parlé. Il n'est pas assez connu. Il a été, dit-on, gravé par Saunders, mais je n'en ai pas vu l'estampe qui, dans tous les cas, n'est pas commune. On reconnaît, en examinant de près cette jolie toile, toutes les qualités de son maître David, unies à la pureté de lignes et de facture des meilleurs Girodet. Ce portrait mériterait d'être reproduit avec soin en tête de la prochaine publication des lettres de Canova à Fabre. Ces dernières toutes de l'Empire — sont nombreuses dans le fonds Fabre, aux archives de Montpellier; elles sont écrites en langue italienne. Canova ne rendit pas le même service à Fabre ni surtout à la postérité en nous laissant taillés dans le marbre, comme il savait le faire, les traits de l'illustre peintre français son ami. Le musée de Montpellier tient de lui l'original d'une de ses Muses (3), celle que Canova sculpta en 18li pour la comtesse d'Albany. Deux bustes de la plus admirable exécution et aussi peu connus actuellement qu'ils seraient dignes de l'être, y figurent encore, mais ont été
i te fonds Fabre-Âlbany, par Pélissier. Opus citai., pages i et 16.
(2J Foi. .ls Fabre, de Montpellier, pièce n° l. —Clarke à Fabre. —Cette maison .le Puteaux, Clarke l'avail acquise à la lin de 1812; H possédait à Neuviller Usace une autre propriété de famille. A Paris, grâce aux libéralités de l'Empereur, il acheta l'hôtel de Guerchj sedes » Deo data, .-. a.- .1 >,• plaisait à l'écrire - situé rue Sainl Dominique-Saint-Germain.
il! N° 742 .lu catalogue Michel — buste grandeur nature, donné par Fabre en 182a,
offerts plus tard à ce musée privilégié. Je veux parler des deux bustes du comte et de la comtesse Martial Daru que Canova, alors à l'apogée du talent, modela en 1812 à Rome, où résidait l'intendant général de Napoléon. Le Louvre n'en pourrait pas exposer autant (1).
En 1813, à Flore ice, Fabre fit le portrait de Foscolo (2).
Comme tous les peintres doués, il traitait aussi parfois le paysage et il le traitait « à la Poussin » (3). C'était chez lui d'ailleurs affaire de conviction. Le Poussin avait son estime entière et il eut l'occasion de s'en expliquer un jour à Naples, le 2 mars 1812, en présence de Courier qui nous a rapporté la conversation, et de la comtesse d'AIbany. « Véritablement, il parle bien de tout », dit Courier, de Fabre et la comtesse comme Courier lui-même s'amusaient à le pousser sur le sujet pour l'entendre défendre ses idées, malgré leur tournure parfois paradoxale (4).
Les sites d'Italie ne pouvaient pas laisser son pinceau froid. Et parmi les paysages dus à Fabre, je remarque comme intéressant mon sujet, celui représentant à l'aqua-tinte les Bains-de-Lucques, signé et daté de 1812. Fabre avait, comme nous l'apprend sa correspondance, été aux Bains-de-Lucques en 1811, puis il était parti pour Rome et Naples accompagnant Mmc d'Albany. Ce paysage (H : 26 — L : 34) appartient aujourd'hui, avec d'autres du plus grand style et de remarquable facture, au musée de Montpellier.
Sa production fut représentée cette année-là (1812) au Salon de
(1) Le comte Daru, natif de Montpellier, habitait à Rome le palais impérial, c'est-à-dire le Quirinal. Il avait pour collègues dans la conservation île-; palais, le chevalier Canova el l'architecte Sterni. N08 "ii:ï et 744 du catalogue Michel, don de MM. Daru el des Mousseaux de Givré, en 186C.
(2) Renseignement extrait d'une lettre de Foscolo lui-même. Le célèbre poêle el patriote italien était alors reçu chez Mme d'Albany, qui l'appréciait beaucoup.
(3) Dans une lettre de Lucques, du 26 février I.xu, Jérôme Lucchesini, le grand chambellan d'Élisa, dit, en parlant de Fabre à la comtesse d'Albany : «... mille choses à l'ex-gouttcux Poussin de nos jours » (Arch. de Montpellier).
(4) Mémoires de Paul-Louis Courier, tome IL
Paris par une Sainte Famille traitée dans le style académique. Landon l'a t'ait graver au trait dans ses Annales du Musée. C'est une page honorable et d'écriture soignée comme tout ce que signait Fabre, mais qui n'est pas capitale dans son bagage. Ses sujets d'histoire, ses portraits assureront toujours de la réputation au nom de Fabre; ils ne sont pas déplacés à côté des plus belles productions des divers siècles (1). .Malheureusement le Louvre ne possède rien de lui et ce qu'on a exhibé à l'exposition centennale en 1900 — le petit portrait de Mm d'Albany, tiré du musée de Montpellier — n'est pas une œuvre assez marquante pour donner l'idée suffisante de son talent comme portraitiste. Un de ses paysages eût mérité aus^i de figurer à ce grand concours rétrospectif, ne fût-ce que pour montrer comment et par quels procédés on interprétait la nature au début du xix" siècle. II est vrai qu'il est moins original en paysage «pie pour le portrait, puisqu'il cherchai! dans la nature le style noble et ne sortait pas du genre de Poussin, allant pour mieux se faire la main à sa manière, jusqu'à graver lui-même avec amour en 1808 el 1809, car ces pièces [sont datées de ces années-là, les deux originaux de Poussin qu'il possédait dans sa galerie.
Les Napoléonides employèrent Fabre. Il peignit à Florence en ISllT ou en ISii!) plutôt, le portrait en buste du sénateur Lucien Bonaparte, alors que ce frère disgracié de l'Empereur résidait par ordre, en Toscane. Lucien fit en effet deux séjours à Florence el le dernier aux Bains-de-Lucques, ces deux années-là, el nous savons par M" d'Albany comme par le Chargé d'affaires italien Tassoni dont les lettres nous boni appris, que ce Mécène par nature rachetait l'origine, assez discutable bien (pie diplomatique de son immense fortune, en s'entourant d'artistes cl en leur distribuant des
i è i> les deux qui ornent la Tribune de I lorenec ;i l'iui et qui y représentent l'école
française.
(2) On pi-iii les \ "ir ,i I nu rc de Fabre, au i labincl des estampes de Paris;
commandes. 11 avait ainsi commencé à Paris sous le Consulat après son retour de Madrid; il continuait de même en Italie, bien qu'il ne participât point aux faveurs officielles, c'est-à-dire aux dotations ou traitements. Canova lui sculptait en 1805 une réplique de sa Vénus que Lucien transporta en Angleterre quelques années plus tard et, en 1808, il avait composé à Canino, le buste de sa femme, la très belle Mra0 Jouberlliou (I).
Pour l'instant, Lucien avait expressément demandé son propre portrait, avec d'autres, à Fabre (2) et il l'avait même charge un peu plus tard de surveiller avec toute la sévérité voulue, une commande de vingt-cinq dessins à l'artiste Volpini, de Florence (3).
Le portrait par Fabre, dont il vient d'être parlé, appartenait à Elisa et était conservé, sous l'Empire, au palais de la Crocelta, résidence à Florence du prince Félix. Il fit aussi le portrait en buste de ce dernier; c'est une très bonne peinture cl par surcroît très ressemblante. Il y a preuve écrite qu'il peignit Flisa pour Lucien, tout au moins. Mais il a dû la peindre d'autres fois. J'ai du reste plus haut risqué une attribution à Fabre du beau portrait en pied qu'on conserve d'elle au musée de Lucques.
Au reste, il connaissait très bien la princesse, dont il fut parfois le commensal. Est-il besoin de rappeler, par exemple, ce repas politique donné par Son Excellence d'Aubusson, lors d'un passage d'Elisa à Florence le 20 novembre 1807? Aux quelques privilégiés de première aristocratie qu'invite ce jour-là à sa table le ministre français pour honorer la sœur de Napoléon, Fabre est adjoint. C'est dire l'estime où on le tient, estime due à son talent et à son carac-
(1) Outre la gravure au Irail qui esislc de ce buste dans I "ii\ rage classique sur l'œuvre de Canova, par Isabclla Albrizzi (III, m;. Pisc, i vol. in-8°, 1821, chez Capurro . on en trouve une
autre liés belle sur acier au début du poème intitulé Balilde, rci les Francs, en douze
chants, par Alexandrine Lucien Bonaparte, princesse de Canino. I vol. in-8°. Paris, 1846.
(2) Pièce justificative n° XX. (Toute la correspondance échangée à ce sujet.)
(3) Ibidem, pièces 'J et i.
1ère. On sait qu'il était également très bien en cour sous Marie- Louise d'Étrurie. Si les lettres écrites par Fabre (les brouillons s'entend) avaient été conservées par son exécuteur testamentaire, nous connaîtrions mieux encore les rapports que Fabre eut avec la Grande-Duehesse, avec la Reine d'Étrurie, et nombre de détails sur ses voyages à Paris, qui eussent été si intéressants à étudier à cause des nombreuses belles relations qu'il y avait dans le monde des arts, et de l'audience que Napoléon accorda à la comtesse d'Albany. 11 faut déplorer cette perte de documents, à laquelle il est impossible de remédier.
Son atelier de Florence — son studio — était non seulement visité par Santarelli, qui lit son buste grandeur nature en marbre (I), par Cariova, d'Alessandri, le général Menou, président de la Junte française de Toscane en 1808, MM. de Gérando, Chaban et Balbe membres de ladite, le chevalier Tassoni, le sénateur Lucien Bonaparte et Mm° Lucien, la grande-duchesse Élisa, le chevalier Morghen, •M. Denon, etc., etc., mais il était aussi le rendez-vous des Français allant à Rome ou à Naples, tel Clarac en 1813, des membres de l'Institut par exemple et notamment des pensionnaires de Sa Majesté Impériale à la villa Médicis. Granet et Michallon, le paysagiste, le visitèrent ainsi : je les cite parce que j'en ai vu les preuves, mais combien d'autres y passèrent 1 '.
Fabre exécuta entin deux portraits de M Napoléon, que l'inventaire de Montalvo, révélé par Sforza, mentionne (3). Ce sont deux figures prises en buste et de face, les étoffes et les pierreries seules
(I) Musée de Montpellier.
(j on p rail presque affirmer que tous les artistes français connus nyanl vécu en Italie
s'\ arrêtèrent, tels Guillaume Descamps, Mue, Dunouy, Jean-Victor Berlin, Joscpli Bidault,
Percier, Turpin de Crissé, Le Thière, Géricault, Botfchot, de Bay, Dumonl fils, Ra j fils,
Sclinel/.. etc.
[3 Miscellanea Sapoleonica de A. Lumbroso série \ |, page S23.
diffèrent, corail clans l'un, turquoises dans l'autre; l'un d'eux est signé et daté : X. F. Fabre, 1812. Le plus grand des deux a 18 pouces 4 lignes de hauteur et 15 pouces 4 lignes de largeur. L'autre est presque de pareille dimension; son fond est verdâlre.
Fabre peignit en 1808 le portrait de Mme Lucien, née de Bleschamp et ce dernier grandeur nature. Nous ignorons où il est passé, mais celui que conserve le musée d'Ajaccio (salle Baciocchi), fort bien modelé et charmant, ne serait pas indigne d'être attribué à Fabre. Il est vrai qu'il n'est qu'en buste, mais ce n'est pas une raison (1).
L'Académie de Carrare comptait parmi ses professeurs de dessin, rappelons-le, Frédéric Desmarais, camarade d'école de Fabre à Rome cl demeuré son ami. Fabre légua plus tard de ses œuvres au musée de Montpellier, notamment l'esquisse du sujet de son grand prix. Desmarais habitait la Toscane avant la conquête française et, sous le précédent gouvernement, il avait reçu la promesse de faire un tableau pour compléter la décoration du dôme de Fisc, promesse qui ne fut pas observée, car la commande alla au jeune Collignon, cité ci-dessus et encore pensionnaire à Rome à cette date. Desmarais se piquait, comme on sait déjà par d'autres projets que nous avons signalés plus haut, de quelque tendance à l'hyperbole sinon à la courtisanerie.
N'avail-il pas, par exemple encore, pour la fêle de S. A. I. et R. en 1809, à l'instigation de Sonolet il est vrai, composé une esquisse allégorique représentant « les grands hommes de la Toscane appelant Son Altesse à les gouverner. » Voici comment en était conçue l'ordonnance. Élisa quitte le trône de Lucques et, guidée par Minerve, se rend aux vojux des Florentins. Dans un coin,
li Fabre mourul à Montpellier en 1837, âgé de soixante e( onze ans. La |ilnv belle période tic sa carrière, sans conteste, fui celle qu'il passa à Florence.
la cour de Lucques pleure son départ près du Serchio enchaîné I . Vers cette menu- époque, Fabre avertit Desmarais de la venue de M. Denon à Florence, et lui apprend que M. Denon a parlé avantageusement des ouvrages de M. Desmarais à S. A. I. Desmarais espère obtenir une séance de la Grande-Duchesse i .
C'est par l'entremise de Desmarais et d'Henraux que Fabre envoyait ses tableaux aux Salons de Pari-.
En 1811, Desmarais, mal avec Bartolini, et pour ce motif assez dégoûté de Carrare, voulait s'en aller (3). Deux ans plus tard, il décédait.
11 résulte de tous ces développements que la Toscane, terre bénie des Arts, continua de voir fleurir ceux-ci sous la domination française : elle leur fut favorable, c'est même ce qui inspirait ces paroles en ISIi, à Napoléon parlant à Pons, envoyé par lui de l'île d'Elbe à Florence : « Il y a à Florence plusieurs artistes .l'une haute distinction, seules sommités sociales que la tempête politique n'ait pu atteindre et je serais bien aise que vous trouvassiez l'occasion de vous entretenir avec eux » i .
Sous le nom « d'Académie Napoléon », Élisa avait réorganisé à Lucques une compagnie d'hommes cultivés, instruits, destinés à étudier l'histoire du pays et à former des jurys pour récompenser dans des expositions annuelles les meilleurs ouvrages de science et d'art. Les prix étaient fournis par la cassette particulière de la
1 Àrcta. Massa, dossier : Banca Elisiana. \..i<> sans date de Desmarais pour Mm" la Grande
Duchesse, >-\ note de s let. Carrare, 2 janvier 1809. - Le Serchio esl une grande rivière
qui traverse la Principauté de Lucques.
(2) Papiers de Fabre. Arch. Bibliot. de Montpellier el Desmarais .i Fabre, Carrarei 23 octobre 1811 .
:.i Voyezsa lettre ;'i Fabre, .lu 26 octobre 1811. Vrch. Bibl. de Montpellier.
il Souvenirs de l'île d'Elbe. 1 vol., 1891. Pion, page 178,
Princesse; des médailles, à l'effigie des Baciocchi, furent distribuées alors aux auteurs de ces travaux et au revers desdites on lisait : Académie de Lucques.
DIGMORIBUS MUXERANDIS
Même libéralité à Florence vis-à-vis les artistes de l'Académie, notamment en septembre 1809, lors de la distribution solennelle des récompenses aux lauréats primés. On sait de quelle façon peu banale Elisa présida la cérémonie.
Ajoutons qu'il y eut encore une médaille d'argent pour l'Académie Napoléon frappée en 1813. (Tétait à la vérité plutôt un jeton que portaient les quatre membres du bureau en fonction. Ce jeton, dil des i viri, sans effigie, avait pour tout ornement une couronne de laurier au centre de laquelle se lisaient ces mots :
MUMFICEXTIA.
OPT. PRINC, A. 1813
Une autre médaille en argent du même genre à la double effigie des princes de Lacques portant le millésime 1805, date de la fondation de l'Académie, fut aussi gravée par Santarelli. On frappait encore à Florence en 1811, une autre pièce commémorative d'un événement heureux dans le même ordre d'idées. Le directeur de la fabrique impériale de mosaïques. M. Siriès, en donna le dessin.
11 s'agissait de rappeler la date du rétablissement de l'Académie délia Crusca, qui, malgré l'ancienneté de sa fondation 1582 et l'importance des services qu'elle avait rendus à la langue italienne, en rédigeant un dictionnaire excellent, avait interrompu ses travaux depuis la Révolution. Sur l'uu«' des lares de la médaille, on remarque la tète laurée du César français; sur l'autre, l'inscription en italien est ainsi conçue : « Aceademia délia Crusca ristabilila ••, de l'autre, un moulin à farine à main, figuré avec cette légende :