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X. — CATULLE MENDÈS

L'un des deux gendres de Théophile Gautier — l'autre étant Bergerat — de par cette splendide Judith, qui, dans Y Usurpateur , a su révéler le chatoyant orgueil de la femme-lettre ; ensuite, le protagoniste de cette école poétique qui choisit Montmartre pour Hymette, cisela des vers impeccables, lança sur l'océan littéraire les multiples esquifs « parnassiens » — ce que l'auteur de Zo^har nous a conté tout au long à la salle des Capucines il y a cinq ans, — et eut le suprême honneur d'être « blaguée » spirituellement dans le Parnassiculet (1) et plus tard dans Les Déliquescences (2) ; ensuite, le conteur exquis d'amours brûlantes ; ensuite, l'artiste à barbe flavescente, christ moderne, caressant comme une brise, si beau que les femmes se retournent à son passage ; ensuite, l'ami serviable qui ouvre les portes et sollicite

(1) Petit volume rarissime, anonyme, où on devine Arène, Glatigny, Mendès, etc.

(2) Par Adoré Floupette, soit Gabriel Vicaire et Henri Beauclair.

pour autrui avec un inépuisable bon vouloir ; que faut-il de plus ?

Catulle Mendès marche dans la vie suivi d'une escorte de jeunes gens, je n'ose dire de disciples, car le secret de Mendès ne peut se surprendre. C'est sa nature même, sa rêverie charnelle, c'est un romantisme ardent, fougueux, aux sonores périodes, plein de mépris pour les sentiments mesquins, qui transparaissent dans son œuvre. Mais un désir de caresses quasi-féminin revient toujours se mêler à son verbe, en adoucir les arêtes, le jeter en de délicieux récits, où tombent les femmes auxquelles il a fait des vers, — car il a fait des vers à ses maîtresses ! O Mademoiselle Mésange ! vous deviendrez immortelle, croyez-le, chantée par votre ami à la barbe d'or. Vous ne vous doutez pas, quand vous déambulez le soir à son bras, ou vous pelotonnez en quelque avant-scène près de lui, toujours en sa chère compagnie, vous ne vous doutez pas, que beaucoup de regards, tous les regards, même les miens, sont fixés sur vous, et qu'on vous admire, parce que vous rappelez de beaux vers. Ne craignez pas de montrer vos yeux, vos cheveux, vos lèvres, et, tout entier, votre trésor de jeunesse, et soyez en fière. Plus d'une vous enviera.

L'auteur des Monstres Parisiens cultive ce qui est beau, ce qui est jeune. C est pourquoi il

vous aime, et en aimera d'autres, c'est pourquoi sa maisonnée est une ruche où se démène un jeune peuple, où les filles aux cheveux d'or fauve s'amusent, où règne la musique, non parce que Augusta Holmes y vécut, mais parce que c'est un art toujours jeune. L'existence y est jolie, gracieuse, tandis que, lui, rivé à son esclavage de tendresse littéraire, passe, va, vient, s'agite. Car il a créé sa maison, mais il n'en jouit pas autant que le profane. C'est un de ceux qu'on rencontre le plus au café, au théâtre, à la rédaction, sur le boulevard. Autrefois en compagnie de l'élève préféré, — jadis De Guaita, longtemps ce gracieux et romantique Rodolphe Darzens, puis Ephraïm Mikhaël, puis Jules Bois, — maintenant au bras de celle qu'il évoque sans cesse, qui le fait chanter, pleurer ou sourire.

Son élégance est sobre, bonne enfant. Je me rappelle avoir connu un Mendès, vers 1880 ou 1881, auquel la cravate blanche seyait, et qui ne la quittait guère. Il n'avait pas encore émigré dans la plaine du bois de Boulogne, gardait sa place sur les hauteurs montmartroises parmi les intransigeants d'art, ne dédaignait pas de mettre les pieds au Chat Noir, que venait de créer Salis, où Emile Goudeau élucubrait un journal du même titre. Sa réputation de conteur s'établissait alors dans les colonnes du Gil-Blas, d'erotique mémoire. Elle ne tarda pas à être con-

sacrée. Il avait l'ardeur des créateurs, prêt à affronter les batailles prochaines ; il a tenu ce qu'il promettait. Le luxe le guette. Son désir de richesses, d'émaux, d'ivoires, de miroirs, de joyaux, est connu. Chez lui, ce ne sont que meubles, tentures de prix, bijoux précieux. Il ne craint pas de recevoir le visiteur au lit, qu'une peau d'ours blanche souligne. P.t s'il ne porte pas de bagues ou d'autres colifichets d'or, c'est qu'il ne saurait avoir mauvais goût, et que les anneaux d'esclavage ne vont pas aux poètes.

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