‹ Les arts graphiques a l'exposition de VienneChapitre 13 sur 23 · GRAVURE · texte numérisé non relu

GRAVURE

La gravure en taille-douce a trouvé, au point de vue industriel, dans la lithographie et dans la photographie, avec loutes les applications qui en dérivent, une concurrence redoulal)le qui a pu faire craindre un moment pour son avenir. Au point de vue commercial, en effet, la lutte n'est pas possible entre les ^irocédés rapides de reproduction qui viennent d'être énumérés, et la taille-douce hérissée de difficultés, et dans laquelle tout reste encore * subordonné h l'habileté de l'artiste et de l'ouvrier. Mais heureusement la gravure n'est pas seulement un métie4\ Ne pouvant et d'ailleurs ne voulant pas lutter avec ses rivales partout où elle se rencontre avec elles, elle tend de plus en plus à remonter vers les sommets de l'art où elle règne sans partage.

L'appréciation des travaux do gravure, considérés au point de vue artistique, appartient hien plus au groupe XXV qu'au groupe XII. Nous ne saurions toutefois, en constatant le succès obtenu encore ici par la France, séparer complètement de l'imprimeur que nous avons à juger, l'artiste qui lui a confié son travail.

La France occupe dans l'histoire de la gravure une place distinguée; elle est aujourd'hui un des pays où cet art est le plus prospère, de l'aveu de tous les étrangers qui ont visité l'Exposition de Vienne. Aux encouragements du gouvernement est venue se joindre depuis quelques années, l'action puissante de la Société française de gravure qui, disposant, grâce à des souscriptions individuelles, de sommes d'une certaine importance a pu, depuis sept ans qu'elle existe, faire graver plusieurs planches remarquables ^

Pendant ce temps, la gravure à l'eau-forte a pris un essor plus considérable encore. L'eau-forte, en, effet, se prête mieux aux exigences de rapidité de notre époque; 'elle permet à l'artiste qui manie la pointe, de déployer toute l'originalité de son talent, et' convient d'une façon remarquable à. un grand

' La Société française de gravure a été fondée par M. Emile Galichon, alors directeur de la Gazette des Beaux-Arts. Elle a déjà commandé 2i planches; 18 sont aujourd'iiui puldiées, toutes dues aux artistes les plus distingués et choisis dans toutes les écoles.

nombre des travaux modernes. Elle a (railleurs par la librairie des débouchés à peu près fermés à la gravure en taille-douce, et son rôle dans l'illustration des livres augmente chaque jour. Nous Tavons vue employée pour l'œuvre de M. Bida, et pour orner les volumes de M. Mame. La Gazelle des Beaux-Arls lui l'ait de fréquents appels, et MM. Jouaustet Lemerre viennent, l'un et l'autre, emprunter son concours pour compléter quelques-uns de leurs plus jolis volumes.

Ce réveil de l'art de Jiembrandt, qui, sans être limité à la France, y a cependant un éclat plus grand que partout ailleurs, est puissamment encouragé par une société dite des Aquafœtistes, qui comprend dans son sein des hommes aussi dévoués que distingués. Elle doit enfin beaucoup à l'activité persévérante d'un éditeur de mérite, M. Cadart, qui a su grouper et faire aboutir tous ces efforts, et que nous avons regretté de ne pas trouver à Vienne.

En ce qui nous touclie particulièrement, c'est-àdire au point de vue du tirage des gravures, l'exposition française l'emportait d'une façon incontestable sur celle des autres pays. Aucune autre nation n*a fourni un ensemble comparable à celui qu'offrait l'exposition de M. Chardon, imprimeur en tailledouce h Paris, et chargé des tirages de la Société française de gravure. Tous les genres, burin, eauforte, manière noire, sont traités chez lui d'une

façon qui défie toute concurrence. Aussi le jury n'at-il pas hésité à décerner à M. Chardon la médajlle de progrès. M. Chardon avait joint aux épreuves imprimées sur ses presses, non-seulement pour les éditeurs français, mais aussi pour les plus grandes maisons de l'Angleterre et de l'Allemagne, quekpiesunes des belles planches de la chalcographie du Louvre, dont il dirige les impressions.

M. Salmon ne figurait pas au catalogue : nous ne saurions toutefois passer sous silence la part qu'il a prise à l'œuvre la plus considérable de l'exposition. C'est lui, nous l'avons dit déjà, qui a été chargé, par la maison Hachette, du tirage des eaux-fortes de M. Bida pour les Evangilea^ ainsi que de celui des ornements en taille-douce qui accompagnent le texte typographique de ce splendide ouvrage.

M. Goupil, dont l'exposition en 1867 avait été si remarquée, n'avait pas envoyé, du moins dans cette section, de produits à l'exposition. Mais M. Dusacq, éditeur d'estampes à Paris, dont le catalogue est riche en œuvres d'une réelle valeur artistique, représentait dignement la France au point de vue de l'édition.

En Allemagne, il faut citer parmi les principaux imprimeurs ou éditeurs de gravures : M. Sciiulgen, à Dusseldorf; M. Seeman, à Leipzig; M. Luderitz,

à Berlin; — en xVulriclie, M. Kuigl et M. Koeser, tous deux à Vienne, el enfin I'Impuimerie impériale. En Suisse, on ne saurait passer sous silence la production de MM. Benzigkr, de Einsiedeln, pour les images de piété; nous avons eu déjà l'occasion, à propos de la typographie, de faire l'éloge de cette importante maison.

La gravure en taille-douce ne se borne pas à reproduire les chefs-d'œuvre de la peinture et du dessin; l'architecture et l'histoire naturelle en font un fréquent usage. L'exposition de M. Morel nous a montré, dans ce genre, de très-bons spécimens, tirés avec un grand talent dans l'imprimerie de M. Lemercier. C'est aussi aux applications industrielles de la taille-douce qu'il faut rattacher une industrie aussi ingénieuse qu'intéressante, celle des modèles d'écriture fabriqués en nombre si considérable par MM. GoDciiAUx et C'^ Ces modèles sont gravés en taille-douce sur des rouleaux semblables à ceux qui servent à l'impression des papiers peints, et tirés sur une presse dont nous aurons à parler à propos du matériel d'imprimerie. L'exposition de MM. Godchaux a été l'une des plus remarquées de la section française dans le groupe XIL

La fabrication des billets de banque et des titres de toutes sortes a toujours préoccupé les imprimeurs et les graveurs. Pendant longtemps la gravure sur

cuivre a servi exclusivemenl à la pn';paralioii des fonds de ces papiers : aujourd'hui on obtient à bien meilleur compte des fonds dits lithographiques, en faisant mordre une pierre lithographique par un acide. Les inégalités de la morsure forment des dessins de hasard et par conséquent fort diiïiciles à imiter, et fournissent un fond d'un prix très-réduit et pouvant ensuite, par un clichage galvanoplastique, être tirés à la presse typographique. Mais la gravure des billets de banque continue à être faite principalement en taille-douce. L'Amérique obtient sous ce rapport des résultats remanjuables. Deux établissements, l'un à New-York (National Bank-note Company) et l'autre à Washington (Bureau of Engraving AND Printing), ont exposé de très-beaux spécimens dus à l'alliance de la taille-douce et du guilloché. Nous avons déjà parlé des beaux travaux dans ce genre exécutés par I'Imprimerie d'Etat de Berlin , et de ceux plus remarquables encore de I'Expédition de papiers d'Etat de Saint-Pétersbourg. Les billets autrichiens, que l'imprimerie impériale nous a fait connaître depuis longtemps, paraissent ne s'être pas beaucoup modifiés. Ils sont tirés sur des planches galvanoplastiques obtenues au moyen d'un type unicpie, et avec une machine bien primitive qui ne nous semble j)as avoir sur la presse à hras de sérieux avantages.

La cartographie ne s'est servie pendant longtemps que de la gravure sur cuivre ou sur acier; nous avons vu plus haut qu'elle fait aujourd'hui un usage considérable de la lithographie. Mais elle compte encore d'habiles artistes en taille-douce. Le magnifique atlas que MM. Hachette font graver en ce moment sous la direction de M. Vivien de Saint-Martin, en a donné à Vienne une preuve irrécusable. Il convient aussi de citer comme un procédé ingénieux et tout français, celui employé en ce moment pour les corrections à faire aux cartes de l'Etat-Major. Ce procédé , qui sera décrit avec plus de détails dans le rapport sur la cartographie, consiste à enlever les parties de cuivre à l'endroit qui doit être corrigé. Le vide est ensuite comblé avec un dépôt chimique de cuivre, et sur ce dépôt dont l'adhérence doit être complète, on grave à nouveau comme on le ferait sur une planche neuve.

C'est par un procédé analogue que M. Mouciiox, graveur sur cuivre en relief, et récompensé parle jury pour ses travaux, obtient dans des plaques de métal, par un dépôt galvanoplastique, des mélanges de tons d'un heureux effet.

Nous ne suivrons pas le jury dans l'examen qu'il a dû faire de la gravure en médailles, de la gravure pour l'orfèvrerie, de la gravure des camées, que le règlement plaçait dans la 5^section du groupe XIL La liste officielle des récompenses indiquera ceux qu'il a

regardés comme les plus méritants et l'appréciation

de cette nature de travaux est plutôt du domaine de

Tart que de celui que nous avons entrepris ici de

parcourir.

Pour reconnaître comme elle le mérite la part qui reviendrait à la France, il faudrait sortir de notre groupe et aller admirer, dans le groupe IX notamment, dans l'exposition splendide de M. Christofle et de M. Barbedicnne, les pièces d'orfèvrerie, les meubles à incrustations, et enfin les magnifiques émaux qui ont fait l'admiration de tous.

L'Autriche était représentée, grâce aux facilités que lui donnait sa situation spéciale, d'une façon particulièrement riche. L'exposition collective des graveurs de Vienne qui comprenait tous les genres de gravure, a offert un vaste champ d'étude aux visiteurs compétents. La vitrine de M. Klein, de Vienne, bien connu des Parisiens, fournissait de son côté un ensemble aussi complet qu'intéressant des produits d'une industrie toute viennoise, et où la gravure a souvent à intervenir.

L'Italie a été très-remarquée pour son exposition de camées.

Parmi les exposants français de notre section, un graveur de médailles-, M. Feret, a reçu un dijdôme de mérite; un graveur sur verre, M. Mitteklin, a obterni la même récompense. Enfin, le jury a remarqué et signalé, bien qu'il n'eût })as à le juger,

Page 1