LA LITHOGRAPHIE DANS LES PAYS ÉTRANGERS
L'Allemagne paraît avoir pour les reproductions de tableaux par la chromo-lithographie des débouchés considérables : la ville de Berlin seule renferme trente ateliers où s'exécute ce genre de travaux destinés spécialement au marché américain.
Plusieurs de ces maisons étaient représentées à Vienne ; mais il faut le dire, le choix des sujets et le fini de l'exécution laissaient souvent à désirer.
Deux exposants seuls ont fait vraiment exception au milieu de ces médiocrités : ce sont MM. Seitz, de Wandsbeck près Hambourg, dont les reproductions d'après V^erner (vues d'Egypte), sont tout à fait remarquables; M. Wagner, de Berlin, qui expose un bel album, d'après les études d'IIildebrand, exécuté chez M. Leoillot. Après eux, on peut encore citer, à Berlin, MM. Gerold et Troitzsch; à Dusseklorfï, M. Weu.andt, et à Hanovre, MM. Brandes et Wolff.
L'Autriche l'empoiMe de beaucoup sur l'Allemagne par le sentiment ai'listicjue (jiii a guidé ses choix. Les
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imprimeurs paraissent n'avoir pas seulement en vue un commerce d'exportation l)anale, et avoir visé plus haut.
MM. Reifenstein et Roescii, IIolzel, Pateiino, Haltt, HAr.TiNGER et Czeiger, ont tous exposé des sujets nombreux et bien exécutés. Cette partie de l'exposition autrichienne a été l'une des plus remarquables, et montre que l'exemple donné, dès 1855, par l'Imprimerie impériale de Vienne, n'a pas été sans porter ses fruits.
Presque tous les travaux faits ;i Vienne sont exécutés à la presse à bras. C'est ainsi que MM. Reifenslein et Roesch, qui occupent 150 ouvriers, n'avaient pas encore de presse mécanique, à l'époque de l'exposition.
Un artiste de Vienne, M. Conrad Grefe, qui paraît avoir eu sur le développement de cette branche d'industrie, en Autriche, une grande influence, et qui depuis s'est associé à M. Sommer, a fait pour le tirage à la machine quelques essais assez heureux pour avoir des imitateurs.
L'Amérique, qui consomme une grande partie des oléographies qui se font en Europe, devait nécessairement chercher à introduire cette industrie chez elle. Une maison, celle de MM. Prang et 0% à Roslon, semble donner à ce genre de productions tout le développement dont il est susceptible.
Le catalogue distribué par M. Prang donne sui*
l'importance de l'établissement et sur la richesse de son fonds des détails intéressants, et qui prouvent qu'il a, sous ce rapport, peu de rivaux en Europe. Les produits sont bons ; plusieurs indiqués comme tirés à la machine ne laissent rien à désirer. Les prix sont toutefois plus élevés que ceux auxquels nous sommes habitués en France. C'est ainsi que la scène de famille à Ponipéi, une des épreuves les plus soignées de toute l'exposition, il est vrai, est cotée 20 dollars, c'est-àdire plus de 100 francs.
L'Angleterre n'était représentée que par quelques aquarelles de M. Day.
L'Italie, à ne considérer que l'importance commerciale, vient pour la chromolithographie bien après les pays dont nous venons de parler. Mais elle doit à un de ses exposants, M. Borzino, de Milan, de pouvoir au contraire revendiquer l'une des premières places, au point de vue du mérite de l'exécution. Les œuvres qui sortent de l'atelier de M. Borzino sont peu nombreuses, mais elles ne le cèdent guère à une bonne peinture. Le groupe d'enfants est d'un modelé remarquable, d'un ton riche et d'un effet général heureux. On peut encore citer en Italie la Société oléogra- PHiQUE, de Bologne, qui s'applique surtout à reproduire, et cela non sans succès, les œuvres des grands maîtres.
Des efforts du même genre sont tentés en Hollande, notamment à Amsterdam, par M. Tresling, et par MM. Amans et Boos. Les résultats, sans être absolument dénués de valeur, sont au-dessous de la moyenne que nous avons constatée jusqu'ici.
A côté de l'oléographie, les pays qui viennent d'être énumérés cultivent également, et tous avec succès, la lithographie en noir et la chromolithographie appli({uée soit à l'illustration des ouvrages de science et d'histoire naturelle, soit à la reproduction des anciennes miniatures.
Nous pouvons citer entre autres exposants : à Munich, MM. Mey et WiDMAYER, et M. Max Ravizza, qui exécutent de bons travaux d'architecture ; à Leipzig, M. Bach ; à Vienne, M. Fahnbauer dont les planches gravées sur pierre ont fixé l'attention du jury ; M. Weigel qui exposait une très-belle et très-grande autographie du palais même de l'exposition.
Il est enfin une application du tirage en couleur dont le développement est en quelque sorte sans limite : c'est celle qui est faite aux étiquettes, prospectus, couvertures de livres, affiches et en général à tout ce qui concerne la publicité.
Cette spécialité est largement représentée en Allemagne, et on y obtient de forts bons résultats dignes de fixer particulièrement l'attention.
Nous devons égalemcnl mentionner laBelgi([ue qui fait bien les travaux crareliiteeture et d'histoire naturelle et qui a ravnniage d'une main-d'œuvre beaucoup plus économique qu'en France ; la Russie possède, à Varsovie, un établissement tout h lait de premier ordre, celui de M. Fajans, qui est l'analogue de celui de M. Lemercier, à Paris, et aborde comme lui tous les genres; le Portugal, le Brésil ont des ateliers où l'on constate de sérieux efforts.
En Angleterre, une maison très-considérable et bien connue en France, celle de M. Grant, donne aux travaux commerciaux une immense extension. C'est elle qui fait, pour les compagnies d'assurances, ces prospectus à plusieurs teintes, si répandus depuis plusieurs années, les étiquettes des brasseries anglaises, et enfin une partie de ces afliclies en couleur dont les dimensions étonnent tout d'abord, et qui nécessitent des pierres du plus grand format. Nous avons vu toutefois, en parlant de la France, que nous avons îi mettre en parallèle des établissements tout aussi bien organisés, et nous pouvons espérer que nous ne sommes pas destinés à devenir tributaires, [tour ce uenre de travaux, d'aucun de nos voisins.
CARTOGR.Vl'IIIE
Parmi les applications de la lithographie, l'une des plus dignes d'attenlion est, sans contredit, la gravure et le tirage des caries et plans.
Longtemps les cartes ont été gravées sur cuivre ou sur acier; on sait quelle somme de temps et de dépenses exige ce travail, .aujourd'hui, l'héliogravure vient apporter à cette industrie un précieux concours. L'Autriche, l'Allemagne, la Hollande, la Russie, la France, emploient ce procédé avec succès ; il en sera parlé avec détail dans les rapports spéciaux sur la cartographie et la photographie.
Ces rapports diront comment le dessin même peut être, dans un temps relativement court, transformé en une planche destinée, au moyen de l'aciérage, à fournir autant d'exemplaires qu'il est nécessaire; comment on ohtient , en quelques instants, à l'aide de la photographie, des réductions ou des agrandissements de cartes déjà existantes; comment enfin, en ayant soin de tirer avec une couleur réfractaire à la photographie la carte ou le plan qu'on ne veut reproduire qu'en partie, et de repasser ensuite à l'encre noire les parties que l'on veut conserver, on peut en faire la reproduction aussi simplifiée qu'on le désire. Mais il est de notre rôle de constater que la gravure siu' pierre, même après l'application de ces
noLiveaiix procédés, conserve toute son utilité pour la fabrication des cartes.
Se prêtant mieux qu'aucune autre aux tirages en plusieurs couleurs, la gravure sur pierre permc de donner aux cartes toute leur clarté et toute leur précision. L'artiste peut même, par de simples variations dans l'intensité de la taille, produire avec une seule couleur, et par conséquent par un tirage uni(jue, des tons assez différents pour réaliser les effets les plus utiles. C'est ainsi que I'Lxtstitut géographique de Vienne, magnifique établissement qui est au moins l'égal de toutes les institutions analogues les plus célèbres, a exposé des cartes routières de plusieurs provinces de l'empire autrichien, qui ne le cèdent en rien aux cartes les plus renommées gravées sur cuivre.
11 ne saurait entrer dans le plan de ce travail, d'étudier en détail les nombreuses applications de la lithographie à la fabrication des cartes. L'Allemagne, la Suisse, la Belgique, ont exposé des œuvres remarquables. En France, sans parler de ce qui sera apprécié dans les groupes XIV, XVII et XXVI, il est impossible de passer sous silence un exposant du groupe XII, M. WuimER, successeur de MM. Avril frères, et auteur de plans de la ville de Paris justement appréciés. Ces plans, qui sont tirés en couleur, sont obtenus en grisant les pierres, soil au tire-lignes, soit par ime machine spéciale. La teinte est produite en entaillantles pieires par des sillons parallèles Irès-rapprochés et en
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creusant deux séries de sillons qui se coupent de manière à former des losanges extrêmement petits, dont les dimensions sont déterminées par la teinte que Ton a besoin d'obtenir*.
La lithographie donne enfin, au moyen des reports, la possibilité de tirer économiquement et rapidement lès cartes gravées sur cuivre. C'est ainsi que, pendant la dernière guerre, les feuilles de la carte de l'étatmajor, reportées sur pierre et tirées à la machine lithographique, ont pu être mises en vente, avec une grande rapidité, à des prix extrêmement minimes.
l'Â.MCONOGRAPHIE
Les services rendus par la lithographie ne se bornent pas encore à ce qui vient d'être exposé. Par l'intervention de la paniconographie, la pierre gravée se transforme, ainsi que nous l'avons dit sommairement déjà, en clichés en relief , qui peuvent être tirés à la presse typographique. Ce procédé, dit souvent procédé Gillot, du nom de son inventeur, est d'une simplicité extrême. Le dessin exécuté en lithographie,
' Depuis l'Exposition de Vienne, un des plus habiles graveurs sur pierre, M. Erliard, de Paris, a achevé une carte de France en chromolithographie qui a obtenu auprès du public connue auprès des gens compétents un succès aussi rapide que considérable. Il est regrettable que cette carte, commencée depuis longues années, n'ait pas, non plus que les autres travaux de M. Erhard, figuré dans l'Exposition française.
en auto<j^raphie, oucii laille douce, est reporté sur zinc et mordu dans un bain d'acide. Cette opération doit être répétée plusieurs fois au moyen d'encrages et de morsures successifs d'après les teintes du dessin et la largeur des lignes; elle exige une grande habileté, et son succès dépend d'une série de tours de main. Néanmoins la gravure se fait rapidement, et dix heures suffisent pour les planches des plus grandes dimensions. C'est de celte façon que se font aujourd'hui les dessins d'un grand nombre de journaux illustrés; la musique, les fac-similé, les étiquettes se gravent aussi de cette manière avec la plus grande économie. M. Gillot a eu pour successeurs sa veuve et son fils, qui ont exposé à Vienne des produits que le jury a récompensés d'une médaille de mérite. La paniconographie ne donne pas la pureté de lignes et les effets heureux de la gravure sur bois, mais elle rachète cette infériorité par une grande économie de temps et d'argent; d'ailleurs quand il s'agit de facsimile et de reproductions de dessins à la plume, ses défauts deviennent des qualités.
L'héliogravure est venue récemment ouvrii' un champ encore plus vaste à la paniconographie, en rendant parfois même inutile l'intervention de l'artiste lithographe, et en permettant d'oi)tenir, dans tous les cas, avec autant de rapidité que d'exactitude, des reproductions de dessins existants déjà ; ces dessins peuvent être reproduits soit dans leurs dimen-
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sions mêmes, soit agrandis on réduils'. En effet, le procédé imaginé par Poitevin et perfectionné depuis par Albert, de Munich, et qui repose sur la propriété que possède la gélatine bicliromatée ensolée, de prendre l'encre grasse, permet de tirer à l'encre lithographique des clichés photographiques. Il devient, dès lors, facile de transformer à son tour cette épreuve en un cliché Gillot pouvant être tiré en typographie.
Lorsque les photographes cliargés de ces reproductions auront compris qu'elles exigent une installation et un matériel convenables pour éviter la déformation et assurer un éclairage égal, les éditeurs trouveront dans ce procédé une ressource précieuse, à laquelle ils recourront plus souvent encore qu'ils ne le font aujourd'hui. Il convient toutefois de mentionner parmi ceux qui réalisent déjà sur une
* La pliotograpliie et l'iiéliogravure donnent pour reproduire les dessins qui accompagnent la plupart des ouvrages des facilités tellement grandes, qu'il sera du devoir des gouvernements, lors du renouvellement des conventions .internationales de se préoccuper plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici de cette forme spéciale de la propriété littéraire. Les illustrations qui figurent dans un livTe forment souvent une part importante de sa valeur commerciale ; à défaut de la loi cfui ne les protège que d'une façon assez indirecte, l'éditeur se trouvait garanti par le peu d'avantage qu'avait un libraire étranger à les contrefaire au lieu d'en acquérir un cliché auprès du propriétaire légitime. Mais les procédés nouveaux que la science met à la disposition de quiconque veut s'en procurer le fac-similé h. peu de frais, constituent pour le spéculateur peu scrupuleux une tentation contre laquelle il est bon que le prémunisse le texte même des traités.
large ëclielle et il' une façon tout à fait industrielle, l'application de la photographie à la production des clichés en relief, deux exposants français : MM. Lef- MANN et LouRDEL, dont l'album contient des productions très-parfaites, surtout pour les fac-similé d'anciennes gravures et d'anciens manuscrits, et MM. Yves et Baruet qui, comme madame veuve Gillot et fils, exécutent pour le commerce parisien des nombres considérables de travaux obtenus soit par la simple paniconographie, soit par la paniconographie alliée à la])hotographie.