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PÉROU, MEXIQUE ET GUATÉMALA

TEL OUTIL, TEL DIEU, L’UN FORMANT L’AUTRE. Maxime du Camp.

Histoire et Critique, 1877, page 3oo.

n 1492 une nouvelle merveilleuse vint surprendre l'Europe. Par delà les mers, un nouveau monde venait d’être trouvé. Un Italien au service de l’Espagne, Colomb plantait la croix dans ces contrées où elle était inconnue, contrées Ausom™uet ^une pyramide féeriques, aux populations considérables, possédant d’immenses trésors en or, en argent, en pierres précieuses de toutes sortes. Bientôt tous les aventuriers d’Espagne y vont chercher fortune : Pizarre au Pérou, Cortez au Mexique; grâce à la terreur qu’inspirent ces hommes inconnus à peau blanche dont les armes lancent la foudre, ils conquièrent ces pays, ils volent,

ils brûlent, et, par la sainte Inquisition, au nom de Sa Majesté Catholique, ils exterminent en masse ou asservissent la population. C'est au moyen de ces richesses que l’Espagne peut étendre sa lourde main sur la moitié de l’Europe, jusqu’au jour où, ayant épuisé toutes ses colonies en môme temps que perdu toute son énergie, elle se voit obligée de lâcher les deux mondes.

En Amérique, cette délivrance ne fut pour les indigènes qu’un changement d’esclavage. La conquête avait été trop rude. Leur civilisation, que l'on n’avait pas même eu le temps d’étudier, que l’on avait à peine entrevue, avait disparu. Chose stupide, mais pourtant trop réelle, et qu’on retrouve continuellement dans l'histoire, le dédain pour la race vaincue fut si grand qu’il persiste encore, et que les œuvres d’art de ces nations que la civilisation européenne commença par mutiler, sont encore aujourd'hui niées ou ridiculisées.

Quelques exemplaires apportés en Europe, petits monuments, idoles ou fétiches d’un art inférieur comme celui de nos campagnes, semblaient donner raison à ce dédain. Les grands monuments étaient détruits ou étaient difficiles à retrouver. Quand ils furent remis au jour, les dessinateurs qui les reproduisaient furent accusés de les avoir embellis et même à peu près inventés.

Depuis, cette civilisation a été l’objetde nombreuses recherches de la part des ethnographes et des philologues; mais les œuvres d'art qu’elle avait produites ont été mentionnées comme appoint dans les discussions dogmatiques plutôt qu’elles n’ont été l’objet d’une étude particulière. Cette étude nous semble pourtant, si elle était suivie avec plus de soin par les savants améri-

l’art américain

canistes, devoir conduire à des inductions importantes sur l’origine et le développement des arts si curieux, si bizarres de l’Amérique. Un peu de lumière projeté sur certaines parties encore mystérieuses de ces arts pourrait démontrer que bon a commis à leur égard bien des erreurs et que nous ne connaissons pas mieux leur technique que leur esthétique, au moins en ce qui concerne le Mexique, le Yucatan et même le Pérou’.

la suite de la mission que M. Wiener a accomplie en

1875-76-77, au Pérou et en Bolivie, pour le ministère de

l’Instruction publique, près de quatre mille pièces de tous genres ont été réunies, et un ensemble aussi parfait permet, pour la première fois en France, d’apprécier et d’étudier la civilisation des Incas et même celle qui lui fut antérieure.

Pour le Mexique, la science et le dévouement de M. Alphonse Pinart nous ont valu une collection d’œuvres d’art produites par les anciennes tribus qui se partageaient le Mexique avant la conquête et les premiers éléments d’études archéologiques pour la Colombie et l'Equateur, c’est-à-dire les premiers spécimens de la sculpture toute particulière des anciens Indiens andaquiés , spécimens provenant de la belle exploration de M. Édouard André. Ce sont des œuvres curieuses que nous étudierons avec soin dans le prochain volume.

Grâce aux collections de ces voyageurs, comprenant depuis

1. Parmi les livres nouveaux qui pourront le plus contribuer à rectifier les jugements sur l’Amérique, il faut citer en première ligne le magnifique volume orné de douze cents gravures intitulé : Pérou et ‘Bolivie , par M. Charles Wiener, le meilleur sur ce sujet publié jusqu’à ce jour. Hachette, édit. 1879.

la terre cuite la plus primitive jusqu'au vase splendide, depuis l'arme de bois à peine dégrossie jusqu'au tissu le plus

vulgaire ou le plus brillant, depuis l’objet dont on ne saurait préciser la date à dix siècles près jusqu’à l'objet préhistorique contemporain, cet ensemble tel qu'il est, recueilli sur l’immense route par les savants français, représente tout le Pérou et tout le Mexique. C’est avec ces collections que l’histoire complète de ces curieux pays entre dans nos musées.

En les mariant aux collections qu'elle possède déjà, la France n’a plus à craindre aucune compétition.

Presque aussi riche que l’Angleterre et l’Allemagne, plus riche que tous les musées sud-américains réunis, le musée français peut être considéré comme un des plus complets entre tous ceux qui existent.

Buste d'Émile-Soldi exécuté d'après les documents donnés par M. Wiener au musée du Trocadéro Grav. extr. de Y Art.

l’art américain

ucun peuple de l’antiquité n’a employé dans la sculpture des matériaux aussi différents que les diverses peuplades de l’Amérique. On trouve tour à tour dans la statuaire transatlantique des œuvres exécutées dans les substances suivantes que nous classons en dix catégories :

i° Les pierres fines, telles que le jade de diverses teintes, l’obsidienne , la chalchinite ;

20 les pierres dures, le granit, gris, noir, rose, le porphyre, la serpentine, le basalte et le teotetl ou pierre divine, sorte de \V^ V jaspe noir ; 3° les pierres tendres, calcaires de diverses natures ; 40 l’or, l’argent et le cuivre; 5° le bois, 6° le plâtre seul ou mélangé de cailloux ;

70 le stuc ; 8° la terre cuite ; 90 les chiffons ; io° le maïs.

Et d’abord, on nous

permettra d’admettre a priori l’instinct artistique des races indigènes de l’Amérique, même de celles dont il ne nous reste que des essais relativement barbares.

INDIEN DE PUNO

Buste d’Emile-Soldi, actuellement au musée du Trocadéro. — Grav. extr. de Y Art.

Il y a peu de temps, nous exécutions la statue d'un petit Péruvien que M. Wiener a ramené des environs de Cuzco, et dont les traits caractéristiques attestent la pureté de race1. Ce petit garçon, à peine âgé de douze ans, s'amusa, pendant un moment de repos, à prendre de la terre glaise dont nous nous servions pour travailler, et à en former des séries de petites figurines ronde-bosse véritablement extraordinaires pour un enfant de cet âge. Les bœufs aux longues cornes, les moutons, les oiseaux aux ailes déployées se succédaient sous ses mains avec une justesse de proportions, de vérité, de détails observés qui ne laissaient réellement à désirer qu’un peu plus de mouvement dans les attitudes et de métier chez le sculpteur, pour lui permettre de les bien terminer. Notre petit Péruvien se servait de la main gauche et modelait sans hésitation, avec une très grande vitesse. Le berger ne tarda pas à joindre le troupeau. Le tout fut ensuite posé dans un bateau parfaitement gréé, et capable de mener l’équipage à bon port, si le petit artiste, mobile dans ses idées, n’eût brusquement changé la scène. Le mât du bateau devint une perche, dont les branches transversales portèrent les animaux. Deux d'entre eux, les plus hauts, semblaient même vouloir combattre. L’oiseau vola sur le dos du bœuf, et le berger, désormais sans emploi, devint un guerrier formidable, aux grands yeux et aux grandes moustaches qui donnaient à son énorme tète une expression terrible. Perrière lui une petite femme, une captive sans doute, le suivait, portant ses enfants sur ses épaules. Ainsi, les Sujets les plus variés, les plus vrais, comme les plus fantasques, étaient rendus par les mains inexpérimentées de cet enfant. L’intelli-

i. Voir la gravure ci-jointe.

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gence que témoignait, du reste en cela comme en toute chose, ce fils de pauvres habitants d’un des villages les plus misérables du Pérou, nous fit comprendre que la race à laquelle il appartenait avait dû aimer et cultiver les arts avec profit, avant que la conquête n’eût fait peser sur leur esprit quatre siècles de misère et d’esclavage.

out est discutable, rien n’est établi dans les origines de la civilisation péruvienne (aussi bien que dans celle du Mexique). En thèse générale on admet un degré plus ou moins grand de barbarie avant l’arrivée de Manco-Capac et de Mama-Oello, les deux premiers civilisateurs. Manco-Capac trouve établi le culte du Soleil dans tous les pays, il déclare qu’il en est le fils1, et qu’il est chargé d’instruire et de gouverner les hommes; enfin il fonde la ville de Cuzco, remplaçant les huttes et les cavernes disséminées dans le pays, qui étaient jusque-là les seules habitations des Péruviens. Tout lui est dû. Le chiffre des successeurs de Manco-Capac, chiffre non discuté, ne donne que douze souverains ou Incas depuis le réformateur jusqu’à la conquête. La moyenne de vingt ans seule admissible pour chaque règne ne donne qu’une période de deux cent quarante ans. Plusieurs prétendent que les Péruviens ont pu,

1. Manco-Capac leur commandait d’adorer comme principal dieu le Soleil, leur disant : « Qu’il y avait bien de la différence de la lumière et de la beauté de cet astre h l’horrible difformité d’un crapaud, d’un lézard, d’un serpent et des autres reptiles qu’ils tenaient pour dieux. » (Garcilaso, livre II, chapitre ier, Idolâtrie du second âge et son origine.) — « Eux cependant, convaincus par ce raisonnement, mais encore plus par les grands biens qu’ils avaient reçus, et désabusés par leurs propres yeux, se résolurent enfin de n’adorer que le Soleil, sans lui donner pour compagnon, ni père, ni frère. » (Garcil., même chapitre.)

COSTUMF DE GUERRIER PERUVIEN ANCIEN,

Chasseur à la sarbacane. — L'Art.

dans une période relativement aussi courte, arriver à une civilisation complète. Dans ce cas, il aurait fallu que le couple réformateur eût apporté avec lui tous les éléments et les matériaux d’une civilisation avancée, que l'on n’eût plus qu’à copier ou à faire progresser.

M. Wiener ne se prononce pas dans son livre sur ces questions. Si, malgré cet exemple de prudence, nous osions émettre notre avis, nous pencherions cependant à croire que la civilisation donnée par Manco- Capac fut plutôt son œuvre qu’une importation étrangère ; son système de royauté divine, la législation, le culte, l’organisation de l’armée, tout est essentiellement original et n’a de modèle nulle part; non seulement rien ici ne rappelle les anciennes civilisations de l’Europe, mais rien ne se rapproche des plus anciennes civilisations américaines, et l’industrie du premier des Incas ne ressemble que de très loin à l'industrie des divers peuples voisins.

Aussi trouve-t-on une grande ditférence entre les deux civilisa-

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tions péruvienne et mexicaine; la religion péruvienne n’admet pas ces êtres hideux et bizarres dus à l’imagination déréglée des Mexicains; leurs principaux dieux, le Soleil, la Lune, les étoiles, les bienfaiteurs à qui l’on devait la vie, la chaleur et la lumière, n’exigent pas, au moins depuis le premier Inca, de sacrifices humains.

Leur culte n’avait rien de cruel, et si parfois ils sacrifiaient des animaux, la plupart du temps ils n’offraient sur l’autel que des végétaux ou d’autres objets précieux dus aux bienfaits de la divinité.

Le contraire existait au Mexique : dans ce pays nous trouvons une religion tout empreinte d’une forte imagination, imagination excessive dans l’horrible, religion témoignant de la peur, de l’effroi que produisaient les grands phénomènes de la nature si puissante, si terrible sur cette terre des volcans et des épidémies. Aussi dans cette nature si variée de productions et d’effets, l’artiste a-t-il cherché à épuiser toutes les formes, toutes les transformations, toutes les multiplications que lui suggérait son esprit, au milieu d’une société guerrière et surtout superstitieuse, malheureuse en bas, pompeuse au sommet.

La plupart des personnes qui ont écrit sur l’Amérique n’ont jamais manqué de comparer les monuments de ce pays avec ceux des anciennes civilisations de l'Asie et de l’Afrique; les hypothèses ont été si nombreuses, les assertions si diverses et parfois si étranges, que leur abondance même fait comprendre combien la science sur ce point s’est le plus souvent engagée sur une fausse route.

Il existe un certain nombre de formes données par la nature,

et que tous les peuples adoptent quand ils sont arrivés à un certain degré de civilisation.

Tels sont: la forme pyramidale pour les temples, la forme ovoïde pour le vase, les méandres et la grecque , les torsades , les { igiags dans les pays où se trouve de l'argile. Les analogies de style, de travail et de matière des statues américaines avec celles de l’Égypte étaient forcées, et malgré les souvenirs que provoquent les représentations des temples péruviens visités par M. Wiener (principalement la porte de Huanucho-Viejo , dont la forme est la même que celle des temples égyptiens [Voir le titre]), nous pensons qu’il faut s’abstenir jusqu’à nouvel ordre de toutes les hypothèses qui peuvent venir à l’esprit.

La science des deux mondes, depuis un demi-siècle, a accumulé sur ce sujet, un nombre incroyable d’ouvrages sans aboutir à autre chose qu’à augmenter la confusion ; et comme nous trouvons dans l'art américain, aussi bien dans la branche des mayas que dans celle des nayas , tous les signes d’un développement lent et difficile, nous estimons que, comme l’a très bien dit un naturaliste : « Là oui l’arbre pousse, quand on ne peut montrer qu’on l’y a transplanté tout poussé, il est plus simple de penser qu’il y a été semé par la nature. »

Dans toutes les grandes monarchies antiques : assyrienne, égyptienne ou mexicaine, le but de la peinture et de la sculpture était de retracer soit la puissance royale soit celle de la divinité, de montrer les hommages, les tributs, la terreur qu’elles imposaient aux masses. Si on veut faire la part dans toute représentation artistique de la différence des costumes , des traits de race , on verra que presque toutes se sont arrêtées à un même degré, à celui de l’ordonnance claire, de la vérité naïve, de l’expression

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simple et juste qui était tout le but de l’art, et que toutes ont atteintes à peu de chose près.

Prenons trois bas-reliefs anciens : un Assyrien en adoration devant Bel, un Égyptien devant Osiris, un Mexicain devant le Soleil, et nous les trouverons presque dans le même mouvement, toujours présentés de profil, et les bras levés en signe d'adoration. Si la matière est dure, — comme en Égypte, — le contour suffira à l’expression artistique; si elle est friable, — comme en Assyrie, — le détail sera incisif; si elleest modelée dans le stuc — comme au Mexique, — la forme sera douce et tiendra la moyenne. Ainsi la différence de la matière sera presque la cause principale de la beauté du bas-relief mexicain; le sujet et par conséquent la composition rappellent comme toujours l’égyptien et l’assyrien. L’artiste est également arrêté par les mêmes difficultés, les pieds dans la figure bas-relief de face, l’œil toujours de profil; il ignore la perspective et ne sait pas grouper les personnages, dernier progrès dans l’art que les Grecs seuls ont su atteindre dans l’antiquité.

Nous ne devons pas chercher au Mexique le solennel colosse du Pharaon égyptien dont la silhouette sévère, calme, nue, se trouve si bien en harmonie avec les grandes lignes du désert ou du Nil. Au contraire, les accessoires, les détails innombrables de l'idole mexicaine s’encadrent parfaitement au milieu de la production variée à l’infini, aux formes riches et puissantes du pays. De là le défaut visible, palpable de cette école. Certaines contrées manifestent plus particulièrement des qualités de lignes et de dessin, et leur caractère cadre alors d’autant mieux avec les sévérités de la sculpture; d’autres, et le Mexique est de celleslà, étonnent plutôt l’œil par les merveilles de la couleur. Aussi

les Mexicains comme les Péruviens semblent-ils avoir été très sensibles à l’éclat et à la couleur des minéraux de leurs contrées, et ceux-ci sont-ils devenus les principaux éléments de leur art.

11 est certain que les beaux-arts ont été particulièrement encouragés dans l’ancienne Amérique. On sait que les sculpteurs et les architectes mexicains, exempts de divers impôts, formaient une classe privilégiée, de même que les peintres ou plutôt les hiérogrammates.

Les auteurs indigènes nous apprennent que les rois de Tenotchitlan et deTezcuco daignaient diriger leurs travaux et que le fils d’un des souverains les plus célèbres du xve siècle, le prince Kuetzin, était un des meilleurs statuaires de son pays. Et alors qu’aucun nom d'artiste assyrien ni égyptien ne nous est parvenu, nous connaissons les noms de Zilomantzin et de Moquihuitzin, les deux architectes qui furent chargés, vers iq32, sous la direction de leur souverain, Metzahualcozotzin (celui que les missionnaires surnommaient le Salomon du Nouveau Monde), de bâtir les merveilleux palais du roi de Tezcuco. Nous savons que Zilomantzin était seigneur de Culhuacan et que Moquihuitzin commandait la ville de Tlateloco.

Dans d’autres cas, le Mexique rappelle les anciennes monarchies orientales, par la grandeur et les moyens d’exécution de ses manifestations artistiques. Un des temples de Mexico, un teocali dépasse même en hauteur la pyramide de Gyseh. Les cent mille Égyptiens qu'Hérodote prétend avoir été employés à la construction sont dépassés par les deux cent mille indigènes que les architectes du Mexique ont sous leurs ordres, et les dix mille Indiens qui ne parviennent, en transportant un bloc de granit, qu’à le faire tomber dans un lac, nous rap-

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pellent les milliers d’Égyptiens parfois obligés d’abandonner en route ces colosses et ces obélisques qu’ils ne pouvaient manœuvrer.

La ressemblance s’accentue encore dans les temples du Mexique rappelant les pyramides à degrés de l’ancien Orient, et dans les grands bas-reliefs analytiques qui font penser à ceux de l’Assyrie.

Mais, nous demandera-t-on, pourquoi les arts des anciennes civilisations américaines ont-ils été si mal jugés?

« Devons-nous attribuer cette imperfection de leur sculpture à un manque de goût? demandait hier encore M. Désiré Charnay, dans une lettre écrite du Mexique1. Etait-ce peut-être quelque principe hiératique qui maintenait ce style, comme nous savons qu’il est arrivé en certains pays? Ou bien manquaient-ils des outils nécessaires pour travailler la pierre dure? Leurs sculptures, quelques-unes du moins, paraissent avoir été exécutées par frottement, et sûrement il était difficile d’arriver à la perfection de cette manière. Mais si nous examinons les spécimens de leurs vases ou de ces petites figures de terre cuite, façonnées d'une matière moins réfractaire, nous trouvons que ce sont de vrais chefs-d'œuvre, de véritables travaux d’art. »

La réponse est bien simple. A côté des merveilles, malheureusement perdues au milieu des forêts de l'Amérique qui recouvrent le sol abandonné des villes anciennes, nos musées n’ont

1. Journal des Débals du mercredi 8 septembre 1880. Cet article avait déjà paru dans Y Art six mois avant la question posée par M. Charnay.

montré jusqu’ici que des productions secondaires en tous genres, d’une barbarie ou plutôt d’une naïveté d'exécution trop souvent grotesque. Les temples du Yucatan, les plus beaux de l’ancienne Amérique, sont décorés de bas-reliefs en stuc ou en pierre tendre, et généralement les collections de l'Europe ne possèdent que des idoles de porphyre, de granit, ou des amulettes de jade ou d’obsidienne.

Aucun pays, même l'Égypte, ne démontre d’une façon aussi curieuse et aussi complète, combien les procédés, l’outil qui taille la pierre, et la dureté de celle-ci, peuvent donner à une œuvre d’art un aspect ou un caractère particulier.

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