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PIERRE DURE

fait remarquer; elle s’était ainsi vu amener à une simplicité de mouvement, une largeur de formes qui lui donnent une grande originalité. Mais combien l'artiste mexicain, et surtout l’artiste péruvien, sera- . t-il encore plus dominé, plus annihilé, par la matière qu’il devra employer !

M. Wiener rappelle (page 567) l’appréciation de d’Orbigny : « Leur sculpture était dans l’enfance, puisque souvent les membres de leurs statues n’étaient pas détachées du corps'. » Dans l’examen que nous faisons plus loin des collections rapportées par M. Wiener, nous montrerons des sculptures, péruviennes qui méritent parfaitement le nom d’œuvres d’art. Ce n’est guère que dans les œuvres en pierre dure, comme en pierre fine, que l’artiste comme l’archéologue peuvent faire des restrictions, mais encore celles-

r. Idole aztèque en basalte, d’après Humboldt. —

2. Vase de granit trouvé au Honduras, d’après Humboldt. — 3. Fragment de vase. — 4. Idole en porphyre t

vert, dit Loxa, de la col. Rivero.— Gravures extraites I# D’ORBIGNY , L’Homme amer.,X, l,p. I 53 de Demmin.

l’art américain

ci témoignent-elles de la volonté et de la patience des Péruviens pour représenter leurs rois ou leurs divinités dans une matière immortelle.

La façon d’exécuter le bas-relief en pierre dure par les Péruviens dérive, de même que dans la pierre fine, du traitement que subit la matière.

Le sculpteur péruvien est dominé par celle-ci, il en est l’esclave. Aucun art n’a montré à quel point l’impuissance technique peut donner aux productions d’un peuple, pourtant bien doué, un côté grotesque amené par cela même qu’il ne veut pas s’avouer vaincu.

Presque tous les bas-reliefs sont également formés d'une simple silhouette en découpure méplate sur un fond méplat.

Le corps de l’homme ou de l’animal, enlevé ainsi sur le fond de la pierre, a une saillie variant depuis un centimètre jusqu’à un décimètre. La forme en reste toujours à l'image géométrique de la première ébauche, et la simplicité forcée à laquelle cette silhouette est amenée donnerait de la difficulté à deviner le sujet, si quelques traits déterminatifs, obtenus par les rayures ou des gravures sur les formes ou plans en saillie, ne permettaient de comprendre que deux anses représentent deux bras par les deux ou trois lignes gravées, indiquant les doigts. Le sujet exprimé de cette façon n’est pas sans analogie avec les figures des hiéroglyphes égyptiens exécutés par les mêmes procédés.

La perfection la plus grande à laquelle l’artiste se soit élevé, c’est d’avoir su réserver plusieurs plans, découpés les uns sur les autres, formant jusqu’à sept ou huit étages, chaque étage correspondant à la saillie d’un membre du corps ou d'un organe de la face. De telles particularités donnent comme très probable

l’explication suivante de la technique qui les a produites : Le granit ou porphyre était scié en plaques avec du fil d’agave et de l'émeri. Un dessin grossier du contour indiquait la partie de l’épaisseur à enlever. Celle-ci était obtenue, soit par le sciage de certaine portion que l’on éclatait habilement, soit par le martel-

riERRE dure. — Restitution du monolithe sculpté, dit la porte du Soleil à Tiahuanaco. (Façade est.)

Gravure extraite du Dictionnaire raisonné de l’Architecture , par E. Bosc. Didot, édit.

lement obtenu par une pointe de silex; enfin, à l’aide de pierres plates ou polissoirs et d’eau mêlée d’émeri on frottait la surface des plans, de manière à enlever la trace des éclatements et du martellement h

i. Parfois les sculpteurs péruviens ont profité des couches parallèles des schistes pour obtenir avec bien moins de travail un résultat semblable à celui que nous venons d’expliquer. Ainsi, sur un bas-relief, dont le moulage est au musée ethnographique du Trocadéro, représentant un hibou et provenant de Cabana, le relief est obtenu par l’enlèvement successif des trois couches schisteuses sur une quatrième qui sert de fond. Le corps et les pattes de l’animal appartiennent à la première, la tête à la seconde, le bec à la troisième.

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