‹ Les arts meconnusChapitre 118 sur 151 · GUERRIER · texte numérisé non relu

GUERRIER

et de petites idoles, des cannes, des Sculpté sur la partie supérieure d’un bâton 1 ' 7 de commandement. Bois de pisonay. Iles

i , , j , , Lobos. Christy-Museum.

bâtons decommandementetdes armes.

La fragilité, jointe à l’usage auquel la plupart étaient consacrées, est la cause probable de la rareté des sculptures sur bois.

Au Mexique, à la mort des grands personnages, on faisait des statues de bois pour les représenter dans les funérailles, comme au moyen âge on le pratiquait en Europe. Celles-ci étaient coloriées, revêtues d'ornements et étendues sur un lit de repos, un faucon, symbole de lame, entre les deux épaules. Les Indiens du Pérou faisaient de même dans cette occasion. Pacha-Camac était représenté par un tronc d’arbre. Souvent on plaçait ces idoles sur de grands coussins richement brodés. Généralement, le bois employé était très léger. On l'habillait enfin avec des étoffes de fine laine de mouton. Un manteau, une tiare, des bijoux, des vases posés à ses côtés, des armes placées dans la main, complétaient sa toilette et son attirail.

Ce goût pour le harnachement s’est conservé jusqu’à nos jours dans ces contrées où la mode espagnole de surcharger les madones de mille objets précieux a été exagérée à un tel degré que l’Européen ne peut guère s’en faire une idée exacte.

11 nous semble voir d’ici cet artiste primitif introduisant un coin dans la fissure d’un tronc d’arbre, et, après avoir obtenu une longue éclisse, l’équarrissant, creusant une forte entaille aux deux tiers de sa hauteur pour indiquer le cou, le tout exécuté à l'aide d’outils en cuivre pour les bois tendres, ou de haches d’obsidienne et de fragments de quartz pour les bois durs. Il arrondit les formes, indique les principales divisions de la tète, polit la surface de la statuette par le frottement, et, cette partie du travail terminée, prépare les couleurs avec lesquelles il compte l’animer et l’embellir. Voici le noir produit par la fumée de résine, la suie huileuse ou des tiges noires végétales. Voici l’ocre rouge et l'ocre jaune qu’il gratte sur les flancs de la Cordillère ; voici le blanc de calcaire qu’il mélange

l’art américain

ainsi que les autres couleurs avec les résines gommeuses. Ces divers tons lui suffisent, et, au bout de quelques minutes, notre artiste a produit une de ces belles marionnettes enfantines, qui, malheureusement, malgré leur air sombre et farouche, ne feraient plus peur aujourd’hui, même à nos enfants. N’oublions

CHIFFONS. — TÊTE POSTICHE EN TISSU REMBOURRÉ D’ALGUES ET EN ARGENT REPOUSSÉ.

Art Péruvien. — Grav. extr. de La Nature.

pas qu’autour de nous, dans nos campagnes, nous pourrions trouver mainte et mainte image de saint, ou vierge noire, aussi laide et tout aussi adorée que le fut ce polichinelle divin !

Ces espèces de marionnettes si barbares, si risibles nous amènent à parler de productions encore plus grotesques, car la chose est possible, comme on va en juger.

On peut voir au musée ethnographique rangés dans des

panoplies ou placés près des momies, des spécimens d’un art unique, particulier au Pérou, si l’on peut appeler art de telles productions. C’est celui qui consiste à former en étoffes, et à l’aide de coussins, des espèces de grosses têtes de poupées, destinées à être placées dans les tombeaux, sur les momies auxquelles elles devaient donner un aspect vivant et terrible. Rien n’est plus grotesque que ces fantoches de chiffons, formés, comme nous venons de le dire, d’un coussin, sur lequel deux plaques de nacre figurent les yeux, et deux boutons la prunelle. Des dents découpées dans l'argent sont rangées à la place de la bouche. Le nez est figuré par une petite pyramide en os ou en bois. Des plumes et des ailes d’oiseaux forment un diadème. Le tout, placé sur le mort dans une sombre niche, est tellement barbare et épouvantable que le cadavre semble être effrayé de lui-même et de l'obscurité à laquelle il est destiné !

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