ET LE TISSAGE
ous nous rappelons avoir fait partie, il y a seulement six années, de la foule qui se pressait, à l’Exposition des Beaux-Arts, devant un petit tableau, sujet mythologique, sous lequel se trouvait une pancarte portant ces mots : Loisirs Lun
centenaire. C’était surtout cet avis qui attirait l'attention, car la peinture elle-même faisait un effet des plus étranges, non par une absence absolue de mérite, mais par l’allure froide, le faire sec, les contours découpés qui caractérisaient jadis l'école académique, et dont le goût en retard contrastait étrangement avec la peinture ébauchée et par touches, seule goûtée aujourd’hui. Quand, quelques mois après, l'auteur, M. de Waldeck, mourait, une courte notice dans les journaux fit savoir qu’un peintre, âgé de cent quinze ans, venait de s’éteindre et ce fut la seule remarque que la presse crut devoir faire à cette occasion. On oubliait que le centenaire avait un meilleur titre que son grand âge à la sympathie du public ; c’était d’avoir courageusement, au prix de mille dangers, arraché au temps et à la superstition les merveilles de la civilisation yucatèque.
Nous savons aujourd’hui que dans l’ouvrage publié par cet artiste, l’influence classique a embelli peut-être inconsciemment les sculptures du Yucatan, si bien que, sans avoir ni menti ni inventé, Waldeck nous soumet bien des contre-vérités. Il s’est trouvé marquer le passage de l’américanisme conventionnel à l’américanisme vrai et sincère, la transition entre l’Amérique de Chateaubriand et celle que la science moderne reconstitue avec tant d’efforts et de sincérité.
La collection de M. Pinart ne contient pas de sculpture en plâtre ni en stuc de Palenqué, mais elle nous montre dans une vitrine un spécimen de cet art palenquéen ou plutôt toltèque : c’est une petite plaque de pierre sur laquelle est sculpté un Indien richement orné qui présente une offrande à une divinité. Cette sculpture est médiocre et ne correspond pas le moins du monde à la haute idée que nous avons de l’art toltè-
l’art américain
que; mais ce monument quoique dans le style des bas-reliefs de Huehuellapatlan, leur est naturellement inférieur, car les plus beaux bas-reliefs de cette contrée sont exécutés dans le stuc, matière souple, facile à travailler, formée de chaux mélangée de poussière de marbre ou de pierres de toute nature. On ne mélange la poudre- de chaux et de pierre avec beau qu’au moment où l’on est prêt à travailler. Quand le stuc est pâteux, on peut l’appliquer et le modeler sur place avec les doigts ou un ébauchoir de bois sans plus de difficulté que la terre glaise ordinaire, et même les grandes surfaces peuvent être lissées avec de simples tampons mouillés un peu rudes.
Plus loin nous nous trouvons en présence d’une statuette en graines de maïs, très probablement analogue à celle du dieu Huitzilopochtli, que les prêtres exécutaient de grandeur naturelle et qui était adorée le jour de la grande fête par le roi et toute la nation. Elle était composée de farine de maïs et de fruits mêlés avec le sang d’enfants que l’on immolait à cette occasion. D’après quelques historiens, elle était massée sur une armature de bois; l’ensemble, une fois séché, pesait fort peu et pouvait être porté, après un mois de danses et de sacrifices humains, au milieu de la grande salle du temple ; là, un prêtre lui tirait une flèche à la place du cœur, et tous s’écriaient à la fois : « Le dieu est mort ! » Alors la statue était brisée, et ses morceaux étaient envoyés dans toutes les parties du royaume, de sorte que tous les habitants pouvaient communier en mangeant une portion de l’idole sacrée. Dans la collection de M. Wiener, nous avons trouvé quatre vases représentant des divinités de maïs provenant de Santa. Ceux-ci posés dans les tombeaux, remplaçaient le maïs lui-même par une représentation analogue en
pierre dure et en basalte. M. Pinart en a rapporté également deux spécimens.
La comparaison des sculptures du Pérou et du Mexique permet de bien juger les différences totales, le contraste qui existe entre l'art de ces deux contrées. Comme l’a fort bien remarqué M. Wiener, les Péruviens de l’époque des Incas n’ont pas eu de tendance au colossal ; esprits de taille moyenne, ils ont exactement approprié leurs oeuvres à leurs besoins: la porte est juste assez haute pour donner accès dans la chambre, la statue pour s’adosser au mur, le vase pour servir et orner la table. En revanche, ils veulent tout s’assimiler, tout imiter, depuis le pic de la Cordillère jusqu’au crustacé de la côte du Pacifique ; ainsi que nous l’avons dit, l’homme, la béte, le fruit, la création entière y passent.
Dans leurs grandes sculptures, la tète est généralement exagérée relativement au corps, le nez est plat et épaté, les lèvres sont épaisses, l’ensemble du visage a un air hébété.
L’exubérance de détails est le principal caractère de l’art produit par la civilisation mexicaine ; certainement la contrée qu’habitaient les races Mayas n’a pas été sans influence sur leur esprit. Dans ces riches vallées, oiila nature des tropiques déploie une prodigieuse fécondité et qui sont bordées de tous côtés par des amoncellements de collines boisées, renfermant toutes les essences de végétaux, et dominées par des groupes de volcans, l'air est rempli de mille variétés d’oiseaux aux riches plumages, d’insectes phosphorescents.
L’Indien a dû animer et parer ses divinités, comme il se parait lui-même, de mille ornements à l’aide desquels il prit lutter de splendeur et d’éclat avec la nature qui l'envi-