TÊTE DE LA STATUE DE CHEPHREN
Musée de Boulaq.
La seule statue qui, sans y être forcée par la matière dans laquelle elle est taillée, nous ramène à l'influence sacerdotale et aux poses conventionnelles, est celle d'un architecte nommé Nefer.
Les bras liés au corps, la jambe gauche en avant, cette figurine, si petite qu’elle soit, comme le remarque parfaitement l’auteur du catalogue, présente l’aspect d'un colosse par l’harmonie de ses formes. Peut-être aussi est-elle le modèle d’un colosse, ou une reproduction comme il s’en est toujours fait en tout temps, en tout pays, dans l’art. Mais cette pose même n'indique aucunement que l'art en général ait été forcé, imposé par l'influence sacerdotale, surtout si l'on songe à celles qui l’entourent et qui sont si libres d'allures.
En effet, une quantité de statues funéraires avancent plus ou moins la jambe gauche et jamais la jambe droite. Cela semblerait démontrer qu'il y a eu là un rite religieux, une superstition semblable à toutes celles que nous trouvons en Orient, par exemple l'usage de la main gauche chez les Arabes, même à l'Occident comme le départ du pied gauche chez les Romains, qui, s’ils avaient posé dans la rue le pied gauche le premier (mauvais augure), préféraient rentrer et repartir cette fois delà bonne façon1.
Il ne faut pas oublier que les figures des bas-reliefs ont généralement aussi la jambe gauche en avant, mais parfois quand les figures sont tournées vers la gauche, c’est la jambe droite qui avance, et pourtant ces figures ont toujours cette raideur de pose que l’on appelle hiératique et que l'on a prétendu avoir été imposée aux artistes 2.
1. Lemusulman agit de même aujourd’hui en franchissant leseuil delà mosque'e.
2. Voir notre ouvrage intitulé : La Sculpture égyptienne, E. Leroux, édit.
l’art ÉGYPTIEN 437
On possède mille exemples de la facilité avec laquelle l’Égyptien a toujours su se créer très vite une routine. Entre autres, la puissance de l'habitude de prendre le modèle le plus simple, se trouve encore aujourd’hui dans l'usage de peindre les colonnes en les divisant par bandes horizontales de deux couleurs. Les Arabes de nos jours, comme les Égyptiens d’il y a cinq mille ans, ont adopté ce système qui ne leur est cependant pas imposé.
Nous retrouvons la même routine dans le système agricole ; les bas-reliefs les plus anciens représentent fidèlement son application d’aujourd’hui malgré tous les progrès des voisins. « La douceur immuable et la facilité de l’existence, dit M. Arthur Rhoné (Galette des Beaux- Arts, octobre 1878) ‘, l'absence de besoins écartèrent de l’esprit égyptien ce trouble de la recherche et de la lutte, cette ardeur persévérante du progrès dont la récompense est l’apparition du génie personnel, créateur, éternellement fécond. Dès lors l'art, première et naturelle manifestation du sens religieux, ne s’éleva pas plus que lui au-dessus de ses premiers fondements ; l’esprit humain nJy connut jamais sans doute ces profondeurs, ces hardiesses et ces divergences de la philosophie transcendante qui ont toujours animé, agité l'Occident et l’ont conduit si loin déjà. Il ne se forma point ici de caractère public et politique, et le peuple, toujours asservi, ne fut que l'instrument d’une grandeur qui ne lui rendit jamais rien. »