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PANNEAU DE BOIS. Ile DYNASTIE.

Trouvé dans le tombeau d’un nommé Hozi Musée de Boulaq. — Grav. ext. de L’Art.

(Sculptures sur bois les plus anciennement connues jusqu’à ce jour.)

cils et du globe de l’œil, qui devaient être en pierre incrustée, tout cela nous prouverait que la facture de ces bronzes peut être attribuée à la cinquième ou à la sixième dynastie. Le plus grand des deux personnages est debout, le bras gauche relevé à la hauteur du sein ; le bras droit, dont la main portait probablement le sceptre, est baissé; le pied gauche est tendu en avant. Les formes plus élancées, et la chevelure moins volumineuse du second, peuvent lui assigner une date postérieure.

Comme nous l'avions prévu, en cas de découvertes de cet ordre, ces deux figures, de même que les statuettes égyptiennes en bois de l'ancien empire, sont complètement dégagées, sans le pilier postérieur, sans l'engorgement ou les épaisseurs de matière liant les membres ; par tous ces caractères divers, ces deux statues donnent raison à nos prévisions. De plus, on peut remarquer dans l'allure solennelle et tranquille de la figure d’homme en marche, que la ligne du dos s'incline en avant sur la jambe qui porte, mouvement que jamais les Égyptiens ne se sont permis dans les poses similaires en pierre.

L’art en est médiocre, le mouvement est froid et n'a pas l'originalité des figures en calcaire de la même époque dont nous avons déjà parlé; les membres mal dessinés et les jambes en balustre, n’ont pas les finesses d’exécution des statues et bas-reliefs en bois, non plus que les excellentes indications de la poitrine et des jambes des bas-reliefs des Hozi. Ceux-ci, probablement, sont d’une époque bien antérieure.

Ces deux figures ne suffisent pourtant pas pour juger si réellement l’Égypte de l’ancien empire est inférieure dans les productions en bronze, ce qui, s’il en était ainsi, pourrait provenir aussi bien des difficultés d’exécution de la fonte que de la facture du

l’art égyptien

modèle. Avant toute décision, d’autres documents sont nécessaires. C’est M. de Longpérier qui, le premier, a fait ressortir dans

LA PLUS ANCIENNE FIGURE EN BRONZE. ANCIEN EMPIRE EGYPTIEN. — Col. PûZIlO. — L'Arl.

une séance de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, sur l’examen des photographies, de quelle importance était l’antiquité extraordinaire de ces deux figures.

Le savant académicien avait publié dans le Musée Napoléon III une gravure représentant une Canéphore, sur laquelle se trouvait une inscription cunéiforme, lue par M. Oppert. Cette inscription lui avait permis de faire remonter le bronze en Assyrie jusqu’à la dynastie sémitique de Babylone au roi des Soumirs et Accads, Koudourmapouk, lequel vivait, d'après M. Lenormant, vers 2100 avant Jésus-Christ. C’était la plus ancienne statuette de bronze connue jusqu’alors.

D’après ses recherches, et de l’avis de M. Mariette-Bey, aucun bronze égyptien ne pouvait remonter à une telle antiquité. Les bronzes Pozno sont venus reculer cette date de plus de quinze siècles, et restituer à l’Egypte la priorité qui semblait jusqu’alors devoir appartenir à l’Assyrie.

De là l’importance de ces figures, si on se rappelle que, sauf l’Assyrie et la Chine, tous les autres peuples, à cette date, étaient encore à l’âge de pierre; peut-être même le bronze, que M. de Mortillet a supposé exporté plus tard de l’Inde dans nos contrées par les aïeux des Tziganes, n'était-il pas connu à cette époque dans les contrées transgangétiques.

Ces deux statues sont ciselées finement, de plus on peut voir sur la poitrine une série de petits ornements circulaires, ainsi que des hiéroglyphes délicatement exécutés, et cela est d’autant plus extraordinaire, que nous voyons trois mille ans plus tard la Grèce et l'Etrurie commencer par la fonte pleine et les traits coupés au ciseau. Les procédés du bronze auraient donc été très secrets, longtemps perdus ou difficilement communiqués.

Grâce aux tableaux de l’ancien empire, placés au nord de la salle, nous pouvons encore suivre des yeux ses fondeurs, à l’industrie si naïve, soufflant le feu sur le métal avec des tuyaux

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comme les Américains et les sauvages, c’est-à-dire par le procédé le plus primitif.

Enfin une dernière particularité importante est leur nom gravé sur la poitrine du côté gauche, suivi de la dénomination ethnique schasou ', d’origine asiatique, indice important sur lequel nous reviendrons.

Ainsi les deux figures de la collection Pozno sont deux vénérables reliques de l'art et de l’histoire, leur place serait dans le vestibule de notre musée de sculpture au Louvre, à côté des statues de Sepa, les plus anciennes statues de pierre tendre que nous connaissions, et près des bas-reliefs des Hozi, les plus vieux panneaux sculptés en bois que Boulaq ait prêtés au Trocadéro.

Ces trois panneaux de bois offrent peut-être encore plus d'intérêt que les bronzes Pozno ; ils leur sont probablement très antérieurs. Le tombeau dans lequel les a trouvés M. Mariette à Meydoum est tellement particulier comme plan, construction, matériaux, que l'illustre savant ne doute pas qu’ils ne précèdent la quatrième dynastie, ce qui, du reste, est confirmé par l’arrangement des ustensiles que les personnages portent dans leurs mains, par le groupement inusité des hiéroglyphes et les formes rares de plusieurs d’entre eux.

Ces personnages ont un type tout particulier, et même complètement différent de celui des figures de l’ancien empire si nombreuses au Trocadéro. Au lieu du corps musculeux, le corps est sec, nerveux; les épaules sont moins trapues, les jambes moins maigres ; la figure est osseuse au lieu d’étre pleine, le nez fortement aquilin au lieu d’être lourd ; les lèvres sont sèches au lieu

1. Les Schasou, connus par divers textes égyptiens, occupaient le pays qui s’étend de la partie de l’Egypte au nord-est, jusqu’à la vallée de Pekanowa. M. Chabas place cette ville au nord ou au nord-est de la Palestine.

d'être épaisses. L’ensemble enfin rappelle plutôt les races dites sémitiques ou arabes que la race égyptienne dite chamitique, et cependant leurs noms et leurs titres montrent que nous avons affaire à de très hauts personnages purement égyptiens ' .

Depuis longtemps les savants ont été frappés des nombreux éléments sémitiques que révèle l'étude des premières dynasties en Égypte. Mais il était toujours impossible de s’expliquer au juste comment cette influence avait pu se manifester ; l'histoire ne mentionne les Sémites qu’à l’invasion dite des Hycsos, à la huitième dynastie. Et pourtant, il y a eu auparavant une influence sémitique évidente en Égypte.

Les bas-reliefs de Meydoum aideront peut-être à combler cette lacune en montrant que des Sémites, dès les premières dynasties, non seulement prenaient part à la civilisation égyptienne, mais y tenaient un haut rang. L’inscription qui les accompagne, et qu'a bien voulu nous traduire M. Pierret, le savant conservateur du musée égyptien du Louvre, nous apprend que l'un d’eux se nommait Râ-hesi, c’est-à-dire favori du dieu Râ (le soleil); ce personnage est représenté dans deux bas-reliefs, debout, sous deux attitudes différentes. La partie déchiffrable des légendes permet de reconnaître qu’il était Souten-rekh (familier du roi), scribe royal et chef du conseil royal des Dix.

L’autre personnage, qui appartenait naturellement à la famille du précédent, était également scribe et familier du roi, et de plus, prophète de Khem-Horus; il se nommait Pekh-hesi, c’est-àdire favori de la déesse Lune. On voit qu’il s’agit de personnes considérables.

i . Cette découverte si importante au point de vue de l'histoire et de l’art égyptien est due à M. Pierret, Conservateur du musée égyptien du Louvre.

l’art égyptien

Il est évident que la race sémitique, de laquelle sont tirés ces personnages, devait être depuis longtemps dans le pays, bien avant la seconde ou la troisième dynastie auxquelles ils appartiennent ; la faveur dont ils jouissaient, leurs noms et leurs fonctions, de même que la prospérité du pays depuis Menés, l’absence dans les textes d'allusions à une invasion quelconque à ces époques, prouvent une assimilation des Sémites aux mœurs égyptiennes, et cela nous permet de croire que la migration qui amena leurs ancêtres eut lieu avant l'arrivée de Menés au pouvoir.

Une des preuves les moins discutables de la présence des Sémites même dans le développement matériel de l’Égypte c’est leur part évidente dans la formation de la langue de l’ancien empire, et dans la transformation du culte de cette époque.

Les bas-reliefs de Meydoum sont peut-être les sculptures égyptiennes représentant les figures humaines les plus anciennes que nous connaissions. Malgré leur antiquité inappréciable, nous n’y voyons pas la trace d’un art primitif. La sculpture s'y trouve déjà en possession de tous ses éléments.

L’artiste suit toujours les mêmes errements, éprouve les mêmes difficultés dans l’exécution des raccourcis, des membres qui doivent être vus de face, ce qui l’amène à une manière ou à un style attribué jusqu’ici par les archéologues à l’influence sacerdotale.

Du reste, cette opinion serait encore réfutée ici par la différence existant entre l’esprit de l’ancien empire, très peu religieux comparativement à celui du moyen et du nouvel empire.

Mais si nous constatons dans ces bas-reliefs les mêmes partis pris enfantins, les mêmes membres tordus, exécutés par les

sculpteurs du moyen et du nouvel empire, il y a dans l’étude des morceaux séparés une vérité, une perfection dont aucun bas-relief égyptien d’époque plus avancée ne nous offre d'exemple. 11 est évident que l'artiste qui a fait ces panneaux a étudié directement la nature et l’a reproduite généralement avec la plus grande perfection. Toutes les parties supérieures sont parfaites, les tètes sont d’une vérité, d’une expression et d’une particularité indiscutables, quoiqu'il s’agisse ici du plus ancien monument de sculpture de l'Égypte.

La connaissance de ces bas-reliefs ne retire nullement la certitude des idées émises sur la formation de l’art. Il est fort probable que les Égyptiens ont suivi cette tendance générale de tous les peuples à copier et à adorer de préférence les figurations les plus anciennes, qui étaient presque toujours grossières ou anti-artistiques, comme la pierre conique qui fut adorée si longtemps en Phrygie et ensuite à Rome, où elle fut apportée par Attale, comme la plus ancienne image de Cybèle. Chez les Arabes, Dysars, tel chez les Germains, Irminsul, était représenté sous des formes massives et sans art. Nous pourrions multiplier des exemples analogues, pris dans tous les autres pays.

Ces bas-reliefs ne nous éclairent pas sur la part des Sémites dans l’art égyptien, autant qu'ils le font sur leur participation au développement de la civilisation du Delta. Ils reculent seulement la formation de cet art que l'on avait cru trouver dans les statues de Sepa et Nesa, du Louvre et qui sont seulement des œuvres inférieures de l'époque, des pastiches en pierre tendre, comme les nombreuses copies de la statue de Chephren.

Ces bas-reliefs ne nous disent pas si l’art égyptien s’est véri-

l’art égyptien

tablement formé dans ce pays, ou s’il n’est pas une importation étrangère asiatique, amenée par les migrations des peuples sémitiques à l’époque des Hor-Chesou.

Quand on voit si peu de traces d’enfance dans l’art en Égypte, on est tenté de croire à une filiation de l’art asiatique dans ce pays. La différence de l’écriture et de la langue ne pré-

STATUETTES DE MEYDOUM, lie DYNASTIE

Exposées en 1878 au Trocadéro, actuellement au musée de Boulaq. Gravure extr. de L'Art.

vaut pas contre cette opinion, nous savons que l’écriture cunéiforme n’est qu’une transformation, une simplification d’une écriture hiéroglyphique ancienne de la Chaldée. 11 est probable que l'hiéroglyphe a été le premier pas de l’art, et que le bas-relief

a dû en dériver. 11 semblerait même que la représentation du cartouche, entourant les signes formant un nom propre, provînt d’une forme antérieure réunissant toutes les figurations nécessaires, comme les phrases réunies et clichées de l’imprimerie.

Quand nous remontons à la source de la civilisation égyptienne, nous sommes surpris de nous trouver en présence d'œuvres d’art, que les âges suivants ne développèrent pas.

Rappelons que ces bas-reliefs ne sont pas les seuls que l’on doive étudier à ce point de vue. Deux statues, découvertes également par M. Mariette, à Meydoum, offrent encore d’autres particularités intéressantes; elles sont aussi d'un art presque parfait et déjà très assuré. La première représente un homme jeune encore, assis, la tête un peu levée, les yeux regardant le ciel, les poings fermés, les bras près du corps, mais n’ayant pour cela rien de contraint.

L’inscription hiéroglyphique qui l’accompagne donne une série de titres, parmi lesquels M. J. de Rougé nous a traduit « le fils royal issu de son flanc Rahotep», et de l'autre côté sur l’épaule droite, «chef des constructions» et «chef des soldats».

La statue voisine, jeune femme assise, l’air tranquille, la figure ronde aux abondants cheveux nattés, s’accordant bien avec son nom « Nefer » signifiant : belle, gracieuse, bonne, porte le titre de « royale parente».

Cette statue offre dans la toilette une particularité des plus importantes : l’ornementation du bandeau qui couronne les cheveux est composée d'étoiles et autres détails, dont l’origine et le caractère asiatiques sont connus. En général, les statues de femmes de l’ancien empire nous montrent bien la coiffure

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tressée et coupée à l’épaule; mais c’est la première fois que nous voyons un bandeau avec ces ornements. Pour les retrouver, il faut descendre aux époques où les Égyptiens étaient en rapport avec les Asiatiques; cette figure, nous faisant remonter à des relations aussi reculées, semble appuyer ce que nous disions plus haut.

Que l’on nous permette d’essayer de donner à nos risques et périls la conclusion générale de toutes ces découvertes. 11 nous semble probable que les peuples appartenant aux races dites sémitiques sont venus en Égypte après les peuples de races dites chamitiques, avant la révolution qui amena Menés à former la première dynastie, et pendant la dernière période de formation de la langue égyptienne. Ils auraient vécu en grande parenté, presque confondus avec les Chamites, comme cela eut lieu en Palestine et en Phénicie; l’ancien empire serait une période de Chamites sémitisés, expliquant le caractère tranché qui le distingue des périodes purement chamito-égyptiennes. Les Chamites et les Sémites semblent avoir vécu côte à côte, s'influençant peut-être, mais ne s’absorbant jamais ; un moment l’influence sémitique, sous les Hycsos, domina complètement le pays, mais dans un retour des Égyptiens chamites réfugiés en Éthiopie, ils furent écrasés par le nombre; vaincus, ils perdirent peu à peu leur influence dans le Delta, et une de ces tribus, après un long esclavage, retourna en Asie former une nation distincte sous la direction de Moïse le législateur.

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