‹ Les arts meconnusChapitre 132 sur 151 · EXEMPLE DE STYLE PRIMITIF — CYLINDRE BABYLONIEN · texte numérisé non relu

EXEMPLE DE STYLE PRIMITIF — CYLINDRE BABYLONIEN

Les cabires et combat d’animaux symboliques.

L ART SEMITIQUE

ans tout le nouvel empire, période où l’esprit sémitique tend à disparaître peu à peu, nous voyons l’art qui avait trouvé son style, son type sous les premières dynasties, son symbolisme sous le moyen empire, arriver à une décadence telle, après les Ramsès, que seule l’influence des Asiatiques dans les périodes saïtes, et la conquête de l’Égypte par les Perses, les Grecs et les Romains ont pu le reformer.

La civilisation chamitique égyptienne ne semble pas avoir jamais eu le goût artistique brillant et varié des cinquième et sixième dynasties; au nouvel empire, le sacerdoce a détruit les initiatives que nous remarquons aux époques chamito-sémites et le caractère de moins en moins élevé de la religion toute païenne de cette époque a exercé évidemment, même en dehors de toute loi hiératique pouvant l’enchaîner, une très grande influence sur l’art égyptien.

Mais remontons aux époques où les Sémites, puissants en Égypte, ont pu exercer sur l’art une grande influence. Chose curieuse, l’esprit artistique qui a toujours animé

les nations dites sémitiques, a été souvent contredit ou nié. « La race de Japhet, a écrit un savant français, celle à laquelle « nous appartenons, est la race noble par excellence, celle à « laquelle a été confiée la mission providentielle de porter à un « degré de perfection inconnu à toutes les autres nations, les « arts, les sciences et la philosophie.... Des trois principales « familles du monde, la sémitique, la chamitique et la japhé- « tique, la sémitique fut la moins capable d’activité artistique, « tantôt tout entière au positivisme, tantôt se perdant dans les « abstractions, etc.'.» Ce raisonnement nous semble un peu exagéré. La Bible est l’œuvre de Sémites, et nous doutons que l'on puisse trouver chez les nations dites japhétiques de plus grandes pensées que dans les psaumes.

Dans les sciences, ce n’est que depuis les découvertes nouvelles du siècle, qu’il existe e:i Europe une supériorité incontestable, de même que pour quelques arts; mais nous voyons que les Israélites, dans les pays où on leur a laissé la liberté d’y coopérer, ont apporté, eu égard à leur petit nombre, une part des plus considérables aux progrès scientifiques et artistiques.

Si les Israélites dans leur nouvelle loi dictée par Moïse, dans la terre promise, ont exclu tout art religieux, nous sommes sûrs aujourd’hui que ce n’était qu’en thèse générale, par protestation et opposition au paganisme environnant ; mais nous savons qu’ils possédaient un art, qui continua malgré tout à survivre à l’influence dogmatique du rabbinisme : Moïse, dans maints passages de son livre, fait mention de sculptures sacrées que possédaient ses ancêtres, lorsqu’il raconte

1. Cette idée est aujourd’hui encore adoptée chez nous par les aryanistes, etc., et surtout à l’étranger. Un savant en a fait récemment une thèse religieuse (?)

l’art égyptien

par exemple, que Rachel enleva à Laban, son père, les théraphims ou idoles sculptées, avant de partir avec Jacob pour le pays de Chanaan. Ils conservèrent aussi des usages égyptiens, pour la construction des temples, de l’arche sainte, du tabernacle, etc. Pour apprécier l’esprit artistique qui a toujours animé les Hébreux, même en Palestine après les lois réactionnaires de Moïse, nous ne pouvons mieux faire que de rappeler les travaux de M. de Saulcy, où l’auteur réhabilite brillamment l’art judaïque, que il y a trente ans seulement, on prétendait n’avoir jamais existé.

Nous savons par la Bible et les inscriptions qui nous sont parvenues, la part immense que les Hébreux prirent dans les travaux des villes en Égypte, soit à l'état de liberté, soit à l’état d’esclavage. Nous n’y reviendrons pas; mais nous dirons un mot, en remontant plus haut, de l’art tout particulier que la tribu sémitique des Hycsos nous a laissé. Deux statues, découvertes par M. Mariette-Bey, nous paraissent surtout remarquables à ce point de vue1. Ce sont deux figures ayant le type et la coiffure tressée propres aux pasteurs; elles sont debout et présentent des poissons pendus à un filet. Depuis le bras étendu jusqu’au sol, le filet et les poissons sont seulement indiqués sur un bloc de pierre dont la masse lourde cache la partie inférieure des statues et prouve bien que c’est la difficulté du travail et la faiblesse des procédés qui ont empêché le dégagement et les évidements nécessaires pour la justesse de la représentation.

Cette tentative nouvelle dans l’art, qui ne fut pas suivie dans les autres périodes, si en dehors, comme sujets et données, de

1 . Elles appartiennent aujourd’hui au British-Museum. L’ Egypte à petites journées, par A. Rhoné, en donne une reproduction page 99.

la sculpture des Égyptiens, atteste que ces statues sont l'œuvre des sculpteurs de tribus conquérantes, n’ayant pas l’expérience pour la composition et la facture particulière nécessitée par le granit, etc. Les bras, que l’on a trouvés cassés, étaient condamnés à l’être au moindre choc, et peut-être l'ont-ils été avant leur complet achèvement. Des tentatives aussi étranges d'effet ne semblent pas avoir été renouvelées par les artistes sémites, qui se seront aperçus qu’il valait mieux revenir aux prudentes données sculpturales égyptiennes. Car les autres monuments des Hycsos, que l'on a trouvés, ne varient plus désormais que dans le costume, la coiffure et surtout leur type exactement reproduits, c’est-à-dire la figure osseuse, aux pommettes saillantes, au front bas, dont tous les traits sont fortement accusés et qui offrent, en somme, de nombreux points de ressemblance avec les figures des bas-reliefs de Meydoum.

C'est cette étude physionomique et très réaliste qui fait la supériorité de la sculpture des pasteurs sur- les monuments contemporains de la Thébaïde, où s’était réfugiée la dynastie nationale, qui, du reste, presque vassale des Sémites, était en lutte continuelle pour reprendre le pouvoir dans toute l'Égypte.

On sait que, grâce à cette fidèle reproduction du type des conquérants de ce pays, Mariette-Bey a retrouvé leurs descendants actuels, dans les étrangers à face sévère et allongée, qui, suivant ses expressions, habitent encore aujourd’hui les bords du lac de Menzaleh.

Avant l’invasion des Hycsos, la période du moyen empire est distincte par la multiplication des sujets symboliques, se rapportant à l’adoption de la triade d’Osiris, d'Isis et de Seth, à la fin de l’ancien empire.

ISIS, OSIRIS ET HORUS. , y

Groupe en or, acheté récemment par le musée égyptien du Louvre, provenant de San (ancienne Tunis).

Gravure extraite de La Mosaïque.

l’art ÉGYPTIEN 459

En remontant plus haut encore, nous serons plus embarrassés de définir la part proprement dite des sculpteurs sémites. Le bas-relief de Meydoum représente des Sémites, au pouvoir en Égypte, dès les premières dynasties. Est-il aussi l’œuvre d’un artiste de cette race? Nous ne pouvons en trouver de preuves dans sa facture, comme nous venons de le faire pour les statues des Hycsos.

Les bas-reliefs de Meydoum sont peut-être les sculptures égyptiennes représentant les figures humaines les plus anciennes que nous connaissions. Malgré leur antiquité inappréciable, nous n’y voyons pas la trace d’un art primitif. La sculpture y est déjà en possession de tous ses éléments.

Il semble que M. Adrien de Longpérier ait présumé ces découvertes, quand il a écrit dans la notice des Antiquités assyriennes : « L’art assyrien ne paraît rien devoir à l’égyptien si « toutefois nous en jugeons par les monuments qui, jusqu’à « présent, ont été retrouvés. Nous ne croyons pas cependant « que la découverte de sculptures appartenant aux anciennes « dynasties puisse modifier l’état de la question, car dans l'art « assyrien, il existe évidemment un principe originel qui ne « se retrouve à aucune époque de l'art égyptien, pas même « au temps de Chéops et de Mycérinus. »

La statue du dieu Nabo vient, suivant nous, à l’appui de cette assertion ; actuellement au Musée Britannique, elle a été signalée, il y a quelques années, par M. François Lenormant, comme l’œuvre la plus archaïque que nous connaissions, de l'art assyrien. C’est un document à rappeler en face des assertions prétendant que les Sémites n’ont fait qu’hériter des traditions et de l'art d’un peuple aryen qui aurait civilisé la Chaldée.

L’examen de cette œuvre, celui d’une autre statuette du Louvre ainsi que des cylindres babyloniens primitifs, nous permettent de douter d’une civilisation artistique, non sémitique, de la Chaldée. 11 y a dans cette figure une enfance, un germe dont l’éclosion est sensible, manifeste, suivie dans les productions postérieures de la Babylonie. Le dieu Nabo est dans une forme et des traits primitifs que nous retrouvons développés dans des statues du Louvre. C’est un culte et un art en enfance, le dieu n'a pas encore les ailes et le bonnet à plumes; mais la barbe à frisures, l’œilr ond, le caractère viennent à l'appui de la traduction de M. Lenormant. Si un peuple inconnu a habité primitivement la Chaldée, on peut presque assurer, en lace de ce monument, que l’art des Sémites ne lui doit rien.

En somme, l’étude de ces monuments pourra peut-être nous édifier d’une manière plus exacte sur la part que les Sémites ont prise, dans le développement de l’art assyrien et égyptien ; et comme l’a dit si justement M. de Longpérier : « L’influence « que leur civilisation eut sur la Grèce et la Judée doit prêter, « à tout ce qui leur a appartenu, une immense valeur dans « l’estime des nations européennes, qui, bien qu’étrangères « par la race et le langage à la famille sémitique, n’en ont pas « moins reçu d’elle le plus précieux de leur héritage, leur « religion et leur art. »

Page 1