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BUIRE ORIENTALE DU X" SIECLE (?), EN CRISTAL DE ROCHE

Musée du Louvre. V. Les arts musulmans, par E. Lavoix.

Grav. extr. de la Ga\. des B. -Arts.

et qui ne s’éteignit qu'au ivc siècle ; on commence à être édifié sur le but et les idées de ses disciples, qui ont embarrassé longtemps les chercheurs par le mélange de la tradition chrétienne avec certains mythes persans, indiens et égyptiens. Une

LES CAMÉES ET LES PIERRES GRAVEES

série entière de la glyptique dans les amulettes nommées Abraxas , nous retrace les idées bizarres de cette fameuse secte alexandrine.

Tandis que l’Europe est en proie aux invasions des barbares, l’Asie continue à conserver la tradition de la gravure en pierre fine. La Perse en est le dernier refuge, elle seule grave encore des cachets, les pierres proviennent toujours de l'Inde, mais le style témoigne de la persistance des influences égyptoassyriennes, pendant que les inscriptions portent les caractères de transition du Pehlevien au Cufique.

Enfin, en Europe, une nouvelle société s’est formée, la force brutale a fini son œuvre, l’architecture a même trouvé une nouvelle formule. La glyptique se manifeste timidement dans quelques pierres gravées du christianisme naissant. Mais quand le monde nouveau sort de l’abîme, quand la rage de la destruction s’est un peu calmée, on voit deux nouveaux édifices s’élever au-dessus des cités en ruines : l’église et la forteresse; la croix et l’épée accusent leur puissance et leur force par l’éclat et la richesse multicolore des pierres gravées antiques que les chevaliers ont rapportées des croisades. Comme à Byzance, les chefs-d’œuvre de la glyptique romaine obtiennent une faveur inouïe, les camées et les intailles ornent les reliquaires, les couvertures des missels, les mitres des évêques, les châsses des saints, les vêtements pontificaux et les vases sacrés. La Sainte-Chapelle nous a conservé un magnifique buste de Valentinien que les fidèles prenaient pour celui de saint Louis et la splendide Apothéose d’Auguste, l’abbaye de Saint- Denis la merveilleuse coupe des Ptolémées. Ces joyaux uniques que nous donnons ici sont aujourd’hui l’orgueil de notre riche Cabinet des pierres gravées. Non seulement l'ignorance du

moyen âge y voyait des sujets religieux, mais la beauté et la dureté de ces joyaux faisaient croire aux prêtres eux-mêmes que c'était le travail des anges et un don de Dieu. La croyance superstitieuse qui attribuait aux pierres gravées la faculté de produire des miracles était plus grande chez les chrétiens que chez les nations asiatiques les plus primitives.

Enfin la renaissance vient donner un nouvel et dernier épanouissement à l’art de la gravure. Sous la protection des Farnèse et des Médicis, de nouveaux artistes se forment; le riche cabinet de Florence est ouvert, la gravure ne vit pas seulement sur son passé, elle marche à un nouvel avenir; l’expédition de Charles VIII fait connaître à la France le nouveau mouvement, avivé, dirigé par la découverte des antiques et des classiques. Fa société française est impatiente de quitter à son

tour le sombre et lourd habit du moyen âge et de se transformer au rayon de soleil qui, après avoir illuminé les cuirasses de l’armée d'Italie, est reflété sur les mille richesses étalées par les châtelaines aux cours d’amours, par les chevaliers dans les tournois. La glyptique, après avoir passé par la simple intaille préhistorique, le solennel assyrien, la raideur égyptienne, l'esprit grec, la splendeur romaine ; après avoir prêté son éclat

aux pompes de Byzance et du moyen âge, retrouve le charme délicat, l'élégance et la grâce. La coquetterie raffinée des dames nobles s’exprime par leurs costumes de soie et d'or couverts de pierres gravées. Leurs coffrets, leurs miroirs et leurs bougeoirs en sont décorés. Les meubles en sont enrichis. Les couronnes royales en sont formées. L’amour intelligent de l'art ne fut jamais poussé plus loin; c’était la finesse et l’élégance de l’esprit français, joyeux et brillant, qui, entre deux périodes de préoccupations guerrières et religieuses, avaient pu lancer un bouquet étincelant de merveilles artistiques dont les pierres gravées formaient les fleurs aux corolles multicolores.

Mais l’élan artistique qui avait ressuscité toutes les branches du luxe et en même temps la glyptique, est subitement enrayé par la lutte religieuse de la Réforme qui entraîna une partie de l’Europe dans une philosophie grave, simple, mais sans art. En France, quand le pays sort des sanglantes disputes, où la Renaissance et ses joyeuses fantaisies se sont éteintes, c’est pour tomber dans le despotisme de Louis XIV que la règle et l’équerre de Versailles l'empêchent de franchir. Si l’architecture prend alors une grandeur, une solennité incontestables, les autres arts éblouis s’abîment dans les antichambres de la royauté et y perdent l’originalité et la finesse qui les avaient caractérisés. Sous Louis XV, le retour au maniérisme, bien plus qu’à l’élégance, ne dura guère plus que les petits soupers et les arlequinades galantes; nous devons pourtant à la vanité d’une célèbre marquise les pierres où elle gravait elle-même son portrait accolé à celui du roi, et la protection de celui-ci accordée à Jacques Guay. Cette dernière renaissance dure peu ; la réaction, amenée par la misère du pays, prépare la révolution

violente, implacable, qui aboutit au césarisme et à l'invasion. Dès ce moment la glyptique et l’architecture entrent dans une impasse dont ces deux arts ne sont pas encore sortis : le style néogrec dû à l'école de David, à Canova et à Thorwaldsen. La fausse parade antique du premier empire, que n'a pu abattre la hallebarde rouillée maniée par le romantisme, a tué dans ces arts le côté ingénieux et spirituellement vrai de la renaissance française dont seule la sculpture a retrouvé, il y a peu de temps, le goût et le charme. La peinture, à la suite de la nouvelle école de paysage, est entrée dans le réalisme, et promet de tirer du sol même de notre patrie de nouvelles mines cette fois inépuisables. La gravure en médaille et en pierre fine attend encore les moyens, les réformes qui pourront lui donner une nouvelle vie.

Dans le chapitre qui va suivre, nous allons essayer de montrer quelle voie l'État, le public, les artistes peuvent prendre pour que notre pays brille encore par la production de ces joyaux où la nature et l'art s’entraident et dont le nom même est enchanteur. Dans l’idiome arabe, d’où il dérive, le mot camée signifie : fleur.

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