‹ Les arts meconnusChapitre 24 sur 151 · LE PRÉSENT · texte numérisé non relu

LE PRÉSENT

a gravure en pierre fine, considérée à tort comme une branche de la numismatique, après avoir joué le rôle le plus brillant dans toutes les grandes civilisations, a aujourd'hui presque complètement disparu.

Pendant que la gravure en médaille est depuis des siècles l’objet des recherches et des commentaires érudits de la science européenne, la gravure en pierre fine, dont l'origine est plus reculée, le développement plus varié, est oubliée et délaissée, non seulement du public, mais aussi des artistes et des savants. Pourtant quel art, après l’architecture, fut plus cultivé

dans toutes les sociétés, subit de • plus étranges métamorphoses, provenant directement des modifications de ces sociétés? Est-ce la petite dimension des monuments qui peut expliquer cet oubli? Mais telle petite pierre gravée n’excédant pas deux centimètres de diamètre, a plus d intérêt historique et artistique que beaucoup des édifices immenses que l’on déterre à grands frais. Dans cette toute petite pierre,

l’art est plus élevé, plus complet que dans certaines statues

colossales célèbres.

Les pierres gravées aident par leurs inscriptions à compléter les chronologies des souverains de tous les peuples orientaux; depuis Dunghi , — dont le cylindre au British Muséum nous fait remonter jusqu’à la fondation de l’empire de Babylone, — les pierres gravées nous donnent la galerie la plus complète des portraits de personnages appartenant aux rangs les plus divers des sociétés passées.

Les intailles et les camées nous rendent une grande partie des œuvres d’art disparues que les graveurs heureusement ont copiées ou pastichées.

Tous les peuples ont attribué aux pierres gravées des vertus mystérieuses.

Si c'est à l’aide des médailles que l'on est parvenu à tracer les annales des peuples et des rois qui n’ont point eu d'historiens, les pierres gravées nous donnent des renseignements plus vrais, plus intimes sur la vie des anciens.

Le rôle historique et anecdotique de la glyptique est infini, la beauté de ses productions atteint à la splendeur, elle a été l’objet de passions allant à la folie, et, après avoir pris toutes les formes, après avoir amélioré, perdu et retrouvé ses procédés, elle

LES CAMÉES ET LES PIERRES GRAVEES

est tombée à l'heure actuelle au rang le plus secondaire de la parure féminine et au mépris scientifique et artistique le plus injuste.

Aujourd'hui l'art de la glyptique compte à peine trois ou quatre artistes de valeur1, et quelques habiles pasticheurs ou copistes des compositions de Prud'hon ou des intailles grecques; ces derniers travaillent pour les bijoutiers de la rue de la Paix et du Palais- Royal. Les pierres gravées, actuellement en faveur, sont des onyx à la taille droite, aux couches régulières, dites nicolo , c’est-à-dire à deux nuances : blanc et noir. La crudité de ces deux couleurs est encore accentuée par un bain chimique, qui ne leur laisse aucune transparence. L'habileté de métier de nos graveurs est arrivée à un tel point, que tous leurs etïorts sont dirigés vers cette facture minutieuse, étroite et mesquine, dont la sculpture italienne, quand elle imite la croûte du pain dans le marbre, et la peinture de genre avec ses détails subtils peuvent seules donner une idée. Le plus triste, c'est que ni le public ni les artistes ne réagissent contre ce mauvais goût. Les onyx provenant du Brésil sont taillés à Obersteiir, près Mayence, qui les débite à toute l’Europe.

Après l’Allemagne, c’est l’Italie, et Rome principalement, qui a la réputation artistique (?) et

i. En France, parmi ceux qui luttent encore avec succès, citons : MM. Burdy, David, François. Galbrunner, etc.

Page 1