PENDULE DU PRINCE ESTER H. VU Y
Formée entièrement de pierres fines, d'intailles et camées. Dessin de Puyplat. Gravure extraite de la Revue illustrée XArt,
LES CAMÉES ET LES PIERRES GRAVEES 5l
commanderait-il pas? On peut donner un joyau comme récompense aussi bien qu’un vase de Sèvres, une tapisserie des Gobelins ou une édition de luxe. Pourquoi ne pas en doter nos musées, quand il se présente une belle œuvre? Les pierres gravées n’exigent qu’une place modeste, et leurs prix sont des plus modiques comparativement à la peinture (un camée atteint rarement la somme de quelques milliers de francs).
On a souvent critiqué la direction artistique donnée sous l’Empire; pourtant il faut reconnaître que M. le comte de Nieuwerkerke, cherchant à rompre avec la routine, a essayé de faire renaître la glyptique. Sa direction acheta à M. Galbrunner, en 1859, une superbe agate dans laquelle cet artiste avait gravé un buste de Napoléon III. Ce travail figurait dans les vitrines de la galerie d’Apollon. La politique, que l’on mêle trop souvent à l’art dans notre pays, l’en a fait retirer, comme si les œuvres d’art pouvaient être un danger, quels que soient les sujets représentés. M. de Nieuwerkerke commanda aussi sur une agate colossale la copie du Napoléon I01' peint par Ingres, pour un des plafonds de l’ancien Hôtel de Ville incendié. Cette pierre terminée dernièrement a été, par exception, placée au Musée du Luxembourg; malheureusement elle est monochrome, ce qui lui enlève beaucoup d’intérêt artistique. EnfinM. Haussmann fit exécuter pour le salon de la Paix — même monument — une cheminée au fronton de laquelle se silhouettaient trois figures où l’argent et la pierre fine jouaient le plus grand rôle; mais le travail fut donné au rabais, aucun artiste ne voulut l’accepter et l’orfèvre qui l’entreprit fut obligé de le faire exécuter et graver en 'partie en Allemagne; l’exécution fut faible et l’ensemble manqué* Le choix de pierres translucides pour les extrémités des
figures eut pour résultat que le corps de celles-ci fondu en argent paraissait tronqué. La perte de ce travail est peu regrettable.
L’adaptation des pierres gravées à nos usages peut être infinie. Nous nous rappelons avoir composé une décoration où la pierre fine se mêlait à l'or et à l’émail, elle devait servir à remplacer les insignes distinctifs assez banaux que portaient, sous l’Lmpire, les femmes des conseillers municipaux dans les réceptions de la Ville.
Il serait utile de rétablir le prix de Rome spécial à la gravure en pierre fine, tel qu'il a existé jusqu’en 1S10; sa réunion avec celui de la gravure en médaille a été une erreur; sauf une ou deux exceptions, les prix de Rome de gravure en médaille et en pierre fine ont presque tous abandonné la glyptique dès leur retour de la villa Médicis. Du reste ces deux arts n’ont aucune ressemblance, ni en théorie, ni en pratique. Comme avant, on alternerait le prix de gravure en pierre fine avec celui de gravure en médaille, ce qui diminuerait le nombre de ces derniers, qui, pour la plupart, n’ont pas de travaux.
La création d’une classe spéciale de gravure en pierre fine, à l’École des Beaux-Arts, à l’imitation de celle qui prospère à Munich, serait désirable. En tout cas, il est incroyable que cette classe n’existe pas à l'École municipale de l’art appliqué à l’industrie. 11 nous manque une école nationale où l’orfèvrerie, la gravure en pierre fine, la sculpture sur bois, etc., etc., auraient un enseignement spécial. Nous avons entendu -vaguement parler d’un projet semblable, présenté par M. Antonin Proust. On devrait vite profiter de la bonne volonté des Chambres et du Conseil municipal, pour leur prouver que c’est une fondation des plus urgentes.