MARIE DE MÉDICIS, PAR EMILE-SOLDI
La tête et les mains sont en pierre fine, la robe est en argent, le prie-dieu et la collerette dorées, la couronne et la croix en pierreries, les armoiries émaillées.
Dessin de Georges Profit.
LES CAMÉES ET LES PIERRES GRAVEES
La possibilité de relever la gravure en pierre fine peut venir de trois influences différentes : de 1 État, du public, des artistes.
Aujourd’hui le public, les gens de goût ont une façon vraiment étrange de comprendre cet art. Il est curieux de voir que les personnes riches, qui mettent des enchères folles sur des bibelots d’une beauté et d’un goût douteux et qui cherchent une idée nouvelle pour former une collection, ne pensent ni aux intailles ni aux camées. On prendrait pour fou un individu possesseur d’une copie mal faite, sans aucun intérêt artistique comme sans valeur pécuniaire et qui dépenserait cent fois ce qu’elle mérite pour l’encadrer. Et pourtant c’est l'usage à l’heure actuelle des rares amateurs de pierres gravées. La dame qui possède un Rousseau, un Corot, un Dupré, des tableaux choisis, cette même dame, pourtant coquette, même un peu orgueilleuse de ses charmes, ne craindra pas de mettre sur sa poitrine un camée sans originalité, d’une valeur commerciale de ioo à 200 francs, mauvaise copie qu’elle retrouvera identique sur les broches ou les boucles d'oreilles de ses voisines et qu’elle aura fait entourer de 10,000 francs de diamants!
Il faut que les amateurs d’art comprennent qu'ils se trompent, qu’une belle pierre fine est une valeur plus précieuse qu’un tableau, dont la répétition est toujours possible, tandis qu’une pierre dont les accidents imprévus concourent au sujet, est une œuvre indestructible , inimitable , unique.
Au siècle dernier, quand l’art de la gravure sur pierre avait encore des représentants de valeur, l’un d’eux, Natter, dans son Traité des pierres gravées , se plaint déjà de cet abandon. Voici un passage de cet auteur qui se rapporte aussi bien au public de nos jours qu’à celui de son temps : « L’art
48 I, nS ARTS MÉCONNUS
de la gravure en pierre fine, dit Natter, est certainement le plus pénible et le plus rebutant de tous les autres... Peu de gens s'appliquent à cultiver cet art, qui demande tant de précautions et de travail, et qui est d'ailleurs sans protection de la part des grands et des riches. 11 est certain, en effet, que les graveurs à' armoiries et de cachets , et d'autres choses à la mode, font bien plus facilement fortune que ceux qui étudient la méthode ancienne, et qui cherchent à y exceller. Ont-ils tout le tort? On m’a souvent demandé d’où vient que les graveurs modernes ne travaillent pas aussi bien que les anciens, etc., pourquoi l'on ne voit pas de gravures aussi belles que les antiques. Je réponds à cela qu'un Pyrgotèle a besoin d’un Alexandre et un Dioscoride , d’un Auguste ; sans encouragement ni récompense, un artiste ne s’évertue point; il languit et il se néglige. Qu’il s'élève seulement un magnifique protecteur de la gravure et on la verra bientôt refleurir et reparaître dans tout son éclat, car le bas prix que l'on donne même pour les antiques démontre que, si les artistes grecs si admirés revenaient au monde, ils ne gagneraient pas même de quoi subsister de leur travail. »
L’État peut faire l’instruction du public, lui former le goût. Pour cela il doit commencer par faire apprécier une des plus belles collections de l’Europe; nous avons nommé le Cabinet des médailles et des pierres gravées de la Bibliothèque nationale, collection unique, aussi précieuse que celle de la galerie d’Apollon.
Pourquoi ne ferait-on pas une part dans le budget des Beaux-Arts aux pierres gravées comme on en fait une aux autres arts de la gravure? Pourquoi l'État n'en achèterait-il pas, n'en