‹ Les arts meconnusChapitre 37 sur 151 · ARCHITECTURE RELIGIEUSE — STYLE LATIN · texte numérisé non relu

ARCHITECTURE RELIGIEUSE — STYLE LATIN

peuples que son génie politique, militaire et administratif avait absorbés ou asservis.

Mais au temps de Constantin ces qualités, qui avaient porté si loin le nom de Rome, ont disparu. L'empire, immense corps depuis longtemps sans vie, s'écroule et ne laisse à ses héritiers qu'une gloire éteinte et un grand souvenir.

L'empire romain ne légua et ne pouvait léguer au monde que ses institutions municipales, sa législation. Quand on a voulu étudier chez lui les principes de l'art, de la science et de la philosophie, on s’est vite aperçu qu'ils s'étaient plutôt affaiblis que fortifiés sous sa direction; on a dû remonter aux sources où il les avait lui-même puisés.

Au ivc siècle, Rome avait tout nivelé sous sa loi d'unité, le paganisme avait adopté pendant plusieurs siècles une même règle artistique. Cette règle, née de la réunion de la vraie grandeur et de l’ordre avec la raison et la simplicité grecques, fut développée par les Romains jusqu’à l’emphase et à l’exubérance, note caractéristique de la décadence d’un art.

Au iv° siècle, le style gréco-romain avait couvert le monde de ses temples et de ses statues, il avait éteint chez les peuples toute originalité, toute variété. L’Égypte elle-même, et ses traditions dites éternelles , avaient cédé devant le vainqueur, et les bords du Nil voyaient s’élever à côté de ses temples majestueux les sanctuaires sans grandeur d'un peuple épuisé, d’une religion sans prestige. Partout le vaincu était supérieur au vainqueur.

La révolution eut lieu, faite par cent peuples, par cent idées nouvelles.

Chaque race envahissante apportait avec elle une tradition,

LES ARTS AU MOYEN AGE ^5

un esprit particulier, une philosophie ou une religion pour remplacer celles qui n’existaient plus.

La lutte fut longue, chaque invasion, chaque nation armée traînant avec elle ses bagages, ses femmes, ses dieux, guerroyait, pillait, tuait, se vengeait du Romain, jusqu'à ce qu'elle eût trouvé un terrain non disputé, oui elle pût vivre libre, s’établir et fonder des villes.

Quelle époque prodigieuse que ce ve siècle! Tous les peuples sortent enfin de leur longue torpeur; les Francs Saliens franchissent le Rhin ; les Visigoths s’établissent au sudouest de la France et créent une monarchie en Espagne; les Anglo-Saxons se fixent dans la Grande-Bretagne et fondent l’Heptarchie pendant que le grand Théodoric arrache l'Italie aux Hérules.

Tous ces peuples ont leurs poésies originales, leurs chants de guerre, c’est-à-dire leur art national dans sa première forme, non encore manifestée par des œuvres plastiques. Tous, Germains, Scandinaves, Goths, Vandales, Alains, Bretons, possèdent leurs poètes et leurs traditions, comme les Hindous et les Arabes. Tous chantent leurs dieux, leurs héros, leurs combats.

Au vc siècle, la hache a passé sur l’ancienne société. Après avoir renversé la forêt séculaire, elle semble avoir tout détruit à jamais ; mais sous la couche épaisse des arbres abattus, les jeunes pousses renaissent cent fois plus vigoureuses, fécondées par les débris mêmes.

Partout et comme par enchantement, les peuples prennent racine sur le nouveau sol ; déjà dans l'azur du ciel leur foi et leur puissance se manifestent par les dômes, les flèches, les portiques des monuments toujours différents et originaux appropriés aux climats et aux besoins.

Sans doute on peut reconnaître que les ive et ve siècles méritèrent la réprobation que les historiens étendent à tout le moyen âge; ce sont eux qui, par suite de la transition sociale entre le paganisme et le christianisme, ont vu naître les premières réactions, les schismes, la proscription des arts par la nouvelle religion.

Mais la destruction des édifices gréco-romains fut bien moins complète qu’on ne le croit. Si le zèle fanatique et destructeur des premiers chrétiens trouva dans la majorité des évêques des encouragements, beaucoup de monuments de Rome furent sauvés par ceux que depuis les Romains jusqu’à nos jours on a désignés sous le nom de Barbares. « Ces hommes du Nord, dit Emeric David1, ne demeuraient pas insensibles à la beauté des chefs-d’œuvre du Midi » ; et au lieu d’accuser Alaric, Genséric, Ricimer, Attila d’avoir détruit les monuments du grand peuple, on devrait, au contraire, comme l’a très bien remarqué le savant Pierre-Ange Bargæus2, admirer l’instinct religieux de conservation dont ils ont fait preuve. Théodoric,

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