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ARCHITECTURE RELIGIEUSE. — STYLE GOTHIQUE, «— CATHEDRALE DE REIMS. — Gl’aV. extl\ de la Mosaïque,
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détruisit. « Jusqu’à présent, nos peintres verriers n'ont pu retrouver ni certaines couleurs employées par les artistes du moyen âge, ni le moyen d’appliquer l’émail imperceptible qui recouvre les vitraux des églises. »
Bas-reliefs du Baptistère de Florence, par A. de Pise. — Grav. extr. de la Mosaïque.
Les partis pris contre la sculpture du moyen âge sont encore bien plus répandus.
Qui n’a entendu répéter des phrases comme celles-ci: « Jusqu’à la Renaissance, on peut dire presque dans un sens absolu, que pas un nom de sculpteur, pas un travail d’art n’est venu de l’Allemagne s’ajouter au trésor commun, dans cette branche de la culture humaine. » « Tout dans les arts dépendant du dessin était encore à faire pour la gloire de la nation française, lorsque François Ier, etc... » « Les sculptures étranges d’Ellora ne peuvent se comparer qu’aux œuvres informes et
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naïves du moyen âge, etc. » Examinons la valeur de ces diverses allégations.
La sculpture, à l'époque de la décadence romaine, était jugée suivant la matière et le poids; la seule préoccupation des sculpteurs consistait dans la bizarrerie.
C’est ainsi que Constantin ayant commandé un .groupe de ses trois fils, Constantin, Constant et Constance, l’artiste sur les trois corps et les six bras avait posé une seule tête qui offrait, selon le point duquel on la regardait, la ressemblance de l’un des trois frères. On ne savait même plus copier les œuvres du siècle précédent, et on les arrachait des monuments pour en décorer les nouveaux édifices.
C’est encore à Byzance que renaît l'art de la sculpture. Certes, dans le principe, l’école byzantine fut compassée, sans expression, mais, après avoir traversé la période des iconoclastes et s'étre réfugiée dans la sculpture monumentale, elle reprend un nouvel essor et s’impose, après deux siècles de proscription, dans une grande partie de l'Europe. Si Rome la cultive peu, en revanche le Nord adopte le style roman et commence à le remettre en honneur. Le style gothique, dès son apparition, fait à la sculpture une place beaucoup plus grande que ne lui fit aucun autre style européen, une place presque aussi importante que dans l’architecture indoue. Dans les monuments gothiques, la sculpture a développé sur les espaces disponibles toute l’histoire du monde, toutes les légendes religieuses, les œuvres de sentiment comme les caricatures. La cathédrale de Chartres est ornée de plus de six mille statues, celle de Milan de plus de vingt mille. Tel porche contient, sous sa voiite, depuis le créateur de toutes choses jusqu’à sa plus infime créa-
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tion, depuis les scènes les plus horribles de l’enfer jusqu'aux figures les plus pures du ciel; dans les galeries, dans les dés, les chapiteaux, apparaissent les ornements les plus délicats, les monstres les plus fantastiques, les rois de Judée, les anges du jugement dernier. Que les sculpteurs soient des corporations de moines ou de tailleurs d'images laïques , tous, désintéressés, travaillent pour la foi, pleins d’enthousiasme pour leur art,
Cette sépulture, datant de 1 188, était peinte et dorée. — Gravure extraite de la Mosaïque.
soumettant leurs œuvres aux proportions de l’ensemble, à la saillie de l’encadrement, à la convenance du sujet. A la lin du xiv° siècle les lignes architecturales elles-mêmes sont envahies par le sculpteur; il orne les contreforts, il les ajoure, il les amincit jusqu’à inquiéter pour la solidité de l’édifice; l’ensemble du monument, ainsi sculpté comme une dentelle, prend une vie étrange aux dépens de la raison.
Les ouvrages sur le moyen âge donnent de longues listes des monuments, des écoles qui, dès le ve siècle, s'élèvent en France, grâceà Clotaire, Sigebert, Contran, saint Eloi. Malheureusement les architectes-sculpteurs ne signaient pas leurs œuvres. Quoique anonymes, les statues de Chartres, de Saint-Denis, les petits basreliefs qui entourent à l’extérieur le chœur de Notre-Dame, etc., les statues qui ornent le puits de Moïse et les tombeaux de Jean sans Peur et de Philippe le Hardi à Dijon, n’en sont pas moins aussi admirables que les œuvres les meilleures de la Renaissance; si elles n’en ont pas la grâce et l'élégance quelque peu maniérée, cette infériorité est largement compensée par le sentiment, l'entente des plans, la composition des scènes.
Y a-t-il beaucoup d’œuvres de sculpture comparables, en Belgique, au tombeau de Charles le Téméraire et de Marguerite de Bourgogne1; en Espagne, au tombeau de Jeanne la Folle2; en Allemagne, au tombeau de Rodolphe de Souabe3; aux portes de la cathédrale d’Augsbourg, sculptées par les dignes élèves des Byzantins venus à l’appel de Henri le Saint ?
E'Eglise n'était pas seule à encourager les sculpteurs; ils couvrent de leurs œuvres, ils brodent les maisons de ville, les beffrois, et taillent en Allemagne ces colosses, emblèmes des libertés municipales, désignés aujourd'hui sous le nom du légendaire Rolland.
Toujours en Allemagne, à la fin du moyen âge, il est vrai, mais s'y rattachant étroitement par le style, nous trouvons Hans Decker, Adam Kraft, Pierre Vischer, l’auteur du célèbre
i . A Bruges ; les moulages sont au Louvre.
i. A Grenade.