BRIQUE ÉMAILLÉE DE SAMARKANDE (ÉMAIL DISPOSÉ EN MOSAÏQUE
Mosquée de Gour-Euiir. — Tombeau de Tamerlan. — Collection Ujfalvy. — Musée ethnographique.
C’est ainsi que, dans leurs tapis, les Orientaux évitent la violente opposition de plusieurs couleurs se superposant, et marient délicieusement les tons les plus éclatants et les plus opposés. Les dessins forment mille gracieuses combinaisons de fleurs et de feuillages parfois ornemanisées avec un goût exquis: ce sont souvent des interprétations de la nature, analogues aux anciennes tapisseries persanes. On retrouve la rose, la tulipe, l’œillet, la jacinthe, le cyprès, etc., à travers la régularité de l'interprétation architecturale, même les diverses combinaisons de la fleur de lotus, origine présumée de la fleur de lys des rois de France, pendant les croisades (?).
Un art un peu différent a créé la plaque du musée provenant de la mosquée du Schah-Sindeh, la seule mosquée de
-%■ 3^ c îb cfc^rruiit'.
BRIQUE ÉMAILLÉE A SURFACE UNIE DE LA MOSQUÉE d'hAZRET, A TURKESTAN.
Fragments de briques émaillées (émail disposé en mosaïque) de.la^même provenance. Collection Ujfalvy. — Musée ethnographique.
l’Asie centrale qui soit couverte d'un émail, d'un ton unique, vert clair; l’ornement est modelé dans un relief très élevé, de manière que la seule couleur dont la pièce est revêtue soit nuancée par les ombres noires que projettent les traits profonds de la sculpture. Les yeux sont vivement attirés sur une belle plaque convexe, provenant de la mosquée de Schir-Dar. C’est un bouquet étincelant de fleurs blanches découpées sur un fond bleu. Mais quelle intensité, quel éclat les Orientaux ont su obtenir avec deux tons! Le fond bleu est si modelé que l’émail semble passer du clair de l'azur transparent au noir opaque; un second dessin de feuilles vertes, habilement placé, vient encore le faire valoir. 11 semblerait que, dans une couche de saphirs, les génies d’Aladin aient jeté des filets d'émeraudes, sur lesquelles des fleurs que l’on croit des opales, sont ’senues se poser.
En comparant plusieurs pièces de cette collection, il nous semble entrevoir une loi à peu près absolue : quand la plaque est sculptée , elle n'est émaillée que d'un seul ton'. Dans la plaque précédente, l'ornementation est seulement produite par les différentes couleurs de l’émail ; dans celle du Schah-Sindeh, nous avons vu que, complètement sculptée, elle n'était recouverte que d'une seule couleur ; dans une autre pièce de la même mosquée, la ligne et la couleur forment une heureuse alternance; ici une bande plate est ornée de dessins de diverses nuances, là une bande sculptée est couverte par un ton unique de l’émail.
Sur la même plaque, les ornements peints et les ornements sculptés sont toujours alternés et non juxtaposés.
i. Cette loi n’est pas absolue pour toute l’Asie. C'est ainsi que parfois les sujets sont modelés en « goutte de suif » et émaillés de tons différents Deux belles plaques avec fleurs en relief et émaillées de tons variés, dans la collection Schefer, en sont de charmants témoignages. Elles proviennent d’Ispahan.
FRAGMENTS DE BRIQUES EMAILLEES EN RELIEF DES RUINES d’aPHROSIAB, PRÈS SAMARKANDE
Pièces de marbre travaillé de la mosquée d'OuIoug-Beg, à Samarkande, briques émaillées en relief et disposées en mosaïque de la mosquée du Schah-Sindeh, à Samarkande.
Coll. Ujfalvy. — Musée ethnographique.
De même on trouve toujours comme fond les tons les plus sombres, le bleu foncé presque noir. Souvent le blanc enlève les principaux détails, parfois le jaune contourne et dessine les formes des arabesques.
Dans le même but décoratif les Assyriens ont employé le vert pour les feuillages et le jaune pour les figures toujours défi-
DÉCADENCE DE LART PERSAN. — MOSQUEE CONSTRUITE A KHIVA A LA FIN DU XIIIC SIECLE
D’après une photographie de M. de Ujfalvy. — Grav. extr. de la Nature.
mitées, cernées par un trait noir, comme dans les vitraux du moyen âge.
Plus l'époque à laquelle appartiennent les émaux du musée se rapproche de la notre, plus ils perdent en nuances et en éclat, en élégance dans la composition, en largeur dans le dessin.
On peut encore admirer les fragments provenant des mosquées Ouloukh-Bey, du couvent de Hodje-Akhrar, de la mosquée Hazret à Turkestan, mais quand on les compare avec les pièces modernes provenant des fouilles de Savrirane, de Kochmizquil, deZuni-Kourgàne, on s’aperçoit que les émaux persans, après avoir atteint un éclat non inférieur à celui des faïences italiennes d'Urbino et de Faenza, après avoir obtenu des couleurs aussi bien réparties que sur les vases cloisonnés de