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Jacquemart, Les Merveilles de la céramique , page

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tiquité des traditions de la Perse; il a essayé pourtant de donner quelques classifications. Mais il est évident pour tout le monde aujourd’hui que les distinctions de la céramique persane en porcelaine blanche à décor bleu sous couverte , en porcelaine à dessins polychromes , en famille verte , famille rose , porcelaine trempée en couleur, seront toujours difficiles à déterminer, tant l’Asie a été sillonnée de fabriques différentes, tant la poterie a subi, suivant le voisinage, les procédés et les influences de la Chine, de l'Inde ou de l’Europe1. Quand on possédera

1 . De l’avis de plusieurs archéologues, la poterie ancienne de la Perse, serait un don des Boukhariens (?) qui l’auraient eux-mêmes reçu des Chinois après leur invasion au vue siècle. (Rappelons que la Boukharie ne possède ni le kaolin, ni les autres matières nécessaires, ce pays a appartenu successivement aux Perses, aux Chinois au vue siècle, aux Arabes au vme et aux Persans au ixe!)

« Avant la découverte du passage de l’Est du Cap de Bonne-Espérance, dit le major Murdoch Smith, le commerce de l’Inde et de la Chine passait à travers l’Asie centrale ou par le golfe de Perse en Europe. La Perse était ainsi le point central du transit; jusqu’à Chah-Abbas (1600 après J.-C.) cette route était encore très fréquentée Une centaine de familles et d’ingénieurs chinois sont arrivés en Perse

sous Houlakou-Khan, fils de Gengis- Khan ( 1256 après J.-C.). D’après sir John Malcolm (Hist. de Terse, vol. I) seule la porcelaine de Chine au xvie siècle et au vne siècle, et les châles de cachemire à la même époque ont été imités en Perse et y ont modifié quelque peu le style. » Suivant M. le comte de Gobineau, qui a passé trois années en Asie comme représentant de la France, c’est la Chine même qui aurait fourni plusieurs des éléments principaux, que l’on retrouve adoptés plus tard dans l’art byzantin et l’art arabe. « Je remarquerai, dit ce savant dans son livre intitulé : Trois ans en <Asie, que le palais d’Ispahan. . . est doublement intéressant comme offrant les exemples les plus frappants de l’appropriation du goût chinois à l’ornementation persane. Il y a beaucoup d’intérêt pour l’histoire de l’art à observer comment les artistes des Sefevys s’y sont pris pour associer des motifs d’architecture et un certain style d’arabesques empruntés au palais de Nanking, avec ce que la haute antiquité leur avait traditionnellement laissé de sujets assyriens et perses. L’effet est extrêmement riche et heureux, et c’est là qu’on peut s’assurer plus amplement de cette grande vérité : qu’en fait d’art les Persans d’aucun temps n’ont jamais rien inventé, mais qu’ils ont su tout prendre, tout garder, ne rien oublier, et fondre leurs acquisitions dans un ensemble si heureusement lié qu’il a l’air de leur appartenir, et qu’on en jurerait si l’analyse ne venait démontrer le contraire. Ce que les Persans ont possédé au plus haut degré, c’est l’esprit de compréhension, la puissance de compa-

une collection de spécimens des briques émaillées qui recouvrent les monuments de la Perse, on pourra, grâce à la date généralement connue de leur construction, donner plus facile-

LAQUE ROUGE DE L’iNDE A DECOR PERSAN.

» Collection de M. Jules Boilly. — Galette des Beaux-Arts .

ment une histoire de 1 art perso-arabe que l'on ne peut le faireavec les quantités de poteries et de vaisselle que nous possédons, car celles-ci ne portent jamais ni la date ni le lieu de leur fabrication.

raison, et une sorte de critique qui leur a permis de combiner avec bonheur des éléments parfaitement étrangers les uns aux autres... En se plaçant sur le terrain de l’art persan, on pourrait pénétrer bien des mystères de l’origine de l’art byzantin et de l’art sarrazin. La Perse est comme un foyer où les idées et les inventions des contrées les plus lointaines sont venues se confondre... etc. »

A notre avis, même si on devait admettre une influence chinoise aussi grande sur l’art persan, elle ne remonterait jamais d’une façon certaine à la période sassanide.

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Les inscriptions religieuses ou poétiques ne nous apprennent rien et c’est à peine si on peut nettement diviser en deux périodes la poterie apportée de Perse : l’une où figurent le cyprès symbolique, l’autel et tous les attributs du culte des mages : c'est celle qui remonte à une date anté-islamique; l’autre dont les sujets marquent une date postérieure, telle la plaque de terre de Sèvres qui représente la mosquée de la Mecque.

Si l’on veut chercher à s’assurer de la priorité de l’Asie centrale pour l’invention et l’emploi de la faïence émaillée dans l’architecture, on ne peut guère s’appuyer sur les textes des voyageurs anciens dont les termes et la compétence peuvent toujours donner lieu à discussion; mais en étudiant la liste des monuments émaillés dont les collections présentent de nombreux spécimens, on retrouvera les anneaux d’une chaîne brisée, il est vrai, mais dont nous possédons les éléments, en nombre suffisant pour essayer de la reconstituer.

Avant tout, il est nécessaire de rappeler deux points incontestables : le premier explique certains éléments de ressemblance dans les œuvres de l’art des civilisations différentes qui se partagent l’Europe et l’Asie ; le deuxième explique l’adoption de l’émail en Asie, dès la plus haute antiquité.

1" Primitivement, les Aryas étaient rassemblés dans les vallées de la Bactriane, bordées par l’Hindou-Kousch.

Les différentes familles qui composent cette race se séparent. Les unes se dirigent vers la vallée du Gange, ce sont les Hindous; d’autres vers la Médie et la Perse, ce sont les Iraniens. Enfin, les Pélasges, les Celtes, les Germains et les Slaves se répandent de l’Asie Mineure jusqu’à l’Occident et la Méditerranée. Tous ces peuples emportèrent de ce berceau

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commun des rudiments de civilisation dont les germes sont encore visibles non seulement dans certaines similitudes, de langage', mais encore, nous l’avons dit, dans leurs tendances artistiques.

2" De simples exigences techniques suffisent pour expliquer pourquoi le constructeur babylonien, — surtout primitivement, - dans les plaines arrosées par l’Euphrate et le Tigre, contrées privées de marbres et de pierres, a dû adopter une architecture massive, formée d’épaisses murailles de briques cuites, ou seulement séchées au soleil, murailles qui ne pouvaient guère être mieux solidifiées et en même temps mieux décorées que par des revêtements de faïence émaillée. Ce système, le seul rationnel dans ces contrées, survécut à la chute de la civilisation assyrienne et fut adopté par les Perses dans les villes construites sur les mêmes emplacements.

En plaçant la formation de l’art de la Perse entre ces deux traditions d’origines et de causes différentes, on comprendra bien mieux le goût décoratif et le côté pratique qui le distinguent entre tous.

Les dernières découvertes de la nouvelle école archéologique nous permettent d’affirmer que c’est à l’ancienne civilisation babylonienne, à peine exhumée de l’immense linceul de terre qui la couvre, qu’il faudra demander, non seulement pour la Perse, mais aussi pour la Grèce, les éléments de tous les principes des arts antiques, éléments dont les combinaisons ont formé, dans la suite, les arts byzantin, persan et arabe : les coupoles, le plein cintre, l’ogive, les toits en terrasses, les couronnements de créneaux, les ordres, colonnes et portiques, les

Champollion-Figeac, Histoire de la Perse.

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bas-reliefs décoratifs, la symbolique phénicienne et judaïque, l’ornementation grecque, les inscriptions architecturales, les plaques de métal avec figures estampées, la peinture à fresque, la polychromie sculpturale, la mosaïque et enfin les revêtements intérieurs et extérieurs des édifices, au moyen des faïences émaillées.

La céramique émaillée se montre depuis la plus haute antiquité dans l’industrie égyptienne.

Dès les premières dynasties, elle nous présente des vases, des statuettes, des amulettes de toutes formes en faïenee vernissée, d’un lustre silico-alcalin magnifique, des inscriptions, des mo-

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