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TÊTE DE STATUE BOUDDHIQUE RECUEILLIE DANS LES RUINES DE PREA-KHAN

Musée khmer au Trocadéro. Voy. au Camb.

pures, ils présentent des types étranges, tenant moins de l'Inde que de la Chine dont l’art cambodgien devait subir nécessairement l'influence; mais, si nous mettons à part la beauté de la race représentée, la difficulté et l’étrangeté des emblèmes ou sujets propres au brahmanisme et au bouddhisme, si nous nous en tenons à l'examen du talent déployé par le sculpteur cambodgien, nous serons forcé de reconnaître qu’aucun temps ne

montra plus de science, plus de goût, plus de sentiment de la couleur. Ici nous ne sommes pas choqué par la raideur de la sculpture égyptienne, par la lourdeur de l'ancien empire ou le fluet de la seconde période.

Rien non plus de l’exagération avec laquelle les sculpteurs assyriens ont rendu et compté les muscles des figures, ou les mouvements des personnages. Ce n’est pas la mollesse de la décadence grecque, ni la lourdeur décorative desRomains.Nous le répétons, dans le rendu ou la

STATUE PROVENANT DES GALERIES RUINEES DE PONTEA reChniClUP de la SClllptUre SUP" PRÉA-KAN J- A J

Musée khmer au Trocadéro. Voyage au Cambodge. ^ dang }es bas-reliefs, les

artistes khmers n’ont pas de maîtres hors des temps et des pays qui ont vu naître Phidias et Donatello.

On peut voir au musée indou, à Londres, des spécimens de la"sculpture des bords du Gange. Ce sont des morceaux choisis,

l’art khmer

d’un grand effet et d’une grande richesse décorative. Les groupes de figures sont composés dans des panneaux d'une heureuse disposition architecturale. Mais, malgré ces qualités,, les basreliefs indous présentent généralement une confusion de personnages et de plans, amenée par une égalité de saillies et de trous, qui démontre une esthétique bien inférieure à celle du Cambodge. Au contraire les bas-reliefs khmers sont très souvent d'une

MORT DU ROI DES SINGES (RAMAYANA) — BAS-RELIEF d'aNGKOR.

Gravure extraite du Dictionnaire raisonné de l’Architecture, par E. Bosc. publié par la librairie F. Didot.

largeur d’effet, d’une clarté et d’une entente de mise en scène qui approchent de la perfection. Cela se manifeste surtout dans le bas-relief de la Mort du roi des singes , un des monuments les plus parfaits que nous connaissions de l’art khmer. « Le roi des singes est étendu sur un lit. Son fils aîné, ceint d’un mokhon (forme particulière de tiare), le soutient. Le roi a une flèche en pleine

poitrine. 11 semble exprimer ses dernières volontés. Le plus jeune de ses enfants embrasse ses genoux. La guenon lui soutient la tète. La physionomie des courtisans représente un mélange de colère et de tristesse rendu avec une justesse extrême. Tout est remarquable dans cette scène, tirée de la lutte de Rama et de Ravana, assistée de l’armée des singes de Hamouman. »

On peut signaler, dans ce bas-relief, plusieurs qualités qu’aucun art de l’Asie ne nous avait montrées : la proportion voulue du roi et de son fils, de près d'un tiers plus grande que celle de ses sujets, — proportion qui ne choque aucunement, le groupe formé par le monarque et ses enfants étant au premier plan; — le mouvement très diversifié du groupe de courtisans se tenant près du roi ; puis, au contraire, les deux rangées de guerriers placés de chaque côté, s’étageant avec une régularité voulue et rappelant les défilés de soldats dans les sculptures assyriennes, avec le dessein très marqué de donner un encadrement à la scène, et de laisser toute sa valeur à la partie supérieure du groupe royal. Toutes les figures du bas-relief sont découpées en méplat, à la manière des reliefs égyptiens; mais ils ne le sont pas avec l'égalité froide et raisonnée de ces derniers. Comme ici nous avons sept plans de personnages, le méplat, ou l’aplatissement des formes, heureusement adopté pour empêcher la confusion, cesse adroitement par parties, principalement autour de la figure du roi des singes. A cet endroit, les formes demi-rondes-bosses des personnages font mieux valoir, par l’ombre qu’elles projettent, la silhouette plate de la figure royale, qui ressort franchement, par cet artifice, sur les sept plans de personnages.

Ainsi, dans les dimensions, dans les lignes, dans la disposi-

Gravure extraite du Voyage au Cambodge, par L. Delaporte.

l’art KH MER

tion des groupes, comme dans la valeur colorée des plans, tout est heureusement calculé pour ramener l’intérêt sur les figures principales; cela par les moyens mêmes employés par les sculpteurs de la belle époque grecque, et dont aucun peuple ancien

Statue provenant de Préa- Khan. ( Voy . au Cambodge. — Delaporte.)

n’a autant approché que les artistes khmers. Que l’on suppose seulement la figure humaine à la place de celle du singe, un peu plus de variété et d’étude dans la forme, surtout dans les mains, et ce bas-relief sera parfaitement digne d’être placé immédiatement après ceux de Phidias.

Les mêmes qualités se retrouvent, à peu près au même degré, dans toutes les autres pièces du musée. Tantôt c’est par l’imagination et l’effet presque effrayant que produit cet immense serpent, dont les longs enroulements, soutenus par des divinités, se terminent par sept tètes partant d'un même point et formant un rayonnement fantastique d’une disposition ingénieuse, jusquelà complètement inconnue. Tantôt c'est par la vérité de l’expression, la finesse de l’exécution du buste ou de la tète de Brahma à quatre faces; car le portrait, ou l'étude de la tête, est encore ici une exception de l’art asiatique.

Le caractère de la sculpture cambodgienne se manifeste principalement par la rondeur des formes, la profusion des ornements. Les pieds et les mains, et surtout les emmanchements sont défectueux; en revanche, les tètes ont une grande finesse de type et d'expression. Dans les bas-reliefs, les raccourcis sont évités, la perspective est conventionnelle et les plans sont superposés.

On sait que les bouddhistes faisaient étudier avec soin à leurs artistes les formes de la nature Cette véritable école de l’art, ils l’emportèrent certainement avec eux au Cambodge quand ils furent chassés de l'Inde méridionale entre le 11e et le vc siècle. Avec eux le sentiment grand et pur de l'art décoratif disparut des monuments de l'Inde à la période jaïn. Au contraire, tout en adoptant les monstres, les fantaisies bizarres de cette période, tel que le Yali, animal fabuleux tenant du lion et du dragon; le Garudu , figure humaine avec une tète et des jambes d’oiseau, etc.,

i. Les Indous ont possédé de nombreux traités d’architecture et de sculpture, qui étaient appelés collectivement Silpa-Càstra, science de l’art naturel, dont on ne connaît plus guère que les titres.

L ’ A R T K HMER

les artistes cambodgiens proportionnèrent, approprièrent à leurs décors tous ces types avec le même goût et le même bonheur que les Grecs dans leurs conceptions du centaure, les Égyptiens dans celle du sphynx, les Assyriens avec le griffon. Il semble que la vraie protectrice, l’ange gardien qui se retrouve sur les monuments des Khmers, comme sur les pagodes de l'Inde méridionale, de chaque coté des portes d’entrée, soit cette gracieuse figure féminine, toujours assise sur le dos du tapir de la Pénin-

LE PRÉA KOMLONG OU ROI LÉPREUX

Voyage au Cambodge, par L. Delaporte.

suie malaisienne, Kunniah-Kummarck , la déesse vierge qui préside aux beaux-arts.

Un des caractères de ces figures de divinités du Cambodge, c’est la profusion des bijoux dont elles sont chargées, la fixité de leur regard, leur attitude accroupie, immobile et pensive.

Quelle étrange destinée subissent ces pauvres idoles aujour-

d’hui délaissées! Certainement une au moins, parmi elles, a du, comme le fils du Gange-Blanc, l’idole révérée de Jagonnath , trôner au milieu du temple immense, avoir trente- six classes principales d’officiers commandant six cent quarante personnes pour la servir, son Khalsajmecap pour lui faire son lit, Pasu-

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