‹ Les arts somptuairesChapitre 1 sur 93 · Les arts somptuaires · texte numérisé non relu

Les arts somptuaires

On sait combien les études historiques et archéologiques ont été, de notre temps, actives et fécondes. Comme ce vieux Calédonien de Waller Scott, qui passait sa vie à relever les pierres des tombeaux et à déchiffrer des épitaphes effacées par le temps, pour y retrouver les noms des ancêtres, nous avons vu de nos jours des savants, pleins d'ardeur et de curiosité, fouiller toutes les ruines, celles de la pierre et celles de la pensée, les monuments et les livres, pour surprendre le secret des vieux âges. Ces patientes investigations, inspirées tout à la fois par le palriotisuie et la science, ont toujours été favorablement accueillies et le mouvement de recherches, dont la France a donné le signal, s'est étendu sur l'Europe tout entière. Une seule branche de l'archéologie était restée en retard au milieu du progrès universel, et cette branche, importante entre toutes, était celle qui se rapporte au costume. L'ouvrage que nous offrons aujourd'hui au public vient combler cette lacune; et nous ajouterons qu'il diffère essentiellement de tous ceux qui ont été consacrés au même sujet.

Jusqu'ici, dans les ouvrages relatifs h l'histoire de nos anciennes modes, on s'était borné à reproduire des personnages isolés ; quelquefois môme au lieu de donner les types tels qu'i Is nous ont été conservés par les monuments ou les manuscrits, on avait composé des figures

de fantaisie, qui n'avaient d'historique que le nom dont on les affublait au hasard. Nous avons pensé qu'en présence des progrès de la science, et à une époque où l'érudition n'a de valeur que d'autant qu'elle s'appuie sur des textes, il fallait introduire dans la reproduction des monuments figurés, la même méthode, la même exactitude que dans les livres, et nous nous sommes appliqués à faire de nos planches le décalque fidèle des miniatures, des tableaux, des vitraux, des ivoires du moyen âge, et la représentation rigoureuse des objets de diverse nature conservés dans nos musées. La date et la provenance de chaque sujet sont toujours indiquées, et delà sorte chacun peut vérifier les sources elles-mêmes, ou y recourir pour des recherches nouvelles.

Les Arts somptuaires se composent de deux parties distinctes qui s'éclairent l'une par l'autre : les planches et le texte.

Les planches, au nombre de trois cent vingt, commencent au v siècle et s'arrêtent au xvii' inclusivement. Elles embrassent ainsi, dans une période de treize siècles, l'Europe chrétienne tout entière, et elles suivent pas à pas toutes les phases de la civilisation, en Grèce, en Italie, en Espagne, en France, etc., etc.

Chaque siècle forme une série qui se compose de la reproduction des monuments les plus remarquables : ainsi la renaissance carlovingienne est représentée par vingt-cinq planches, exécutées d'après les manuscrits contemporains. Le x^ siècle, dont il est resté si peu de chose, est représenté par quinze planches, au nombre desquelles on remarque le portrait de l'empereur Othon et de sa femme Théophanie,-et les figures grecques des quatre Évangélistes, qu'on peut considérer, h juste titre, comme les échantillons les plus parfaits de l'art byzantin. Dix-huit planches forment la série du xi"" siècle, et vingt-quatre celle du xii*. Il en est ainsi pour chaque époque jusqu'à la fin du livre, et, de la sorte, on voit se dérouler en même temps, à côté de l'histoire chronologique du costume, une histoire comparée des arts du dessin chez les divers peuples, aux diverses périodes du moyen âge et pendant la renaissance. C'est un musée complet dont un grand nombre de peintures sont de beaucoup antérieures à celles du Louvre; un musée qui, jusqu'à ce jour, est resté inconnu au public, et dans lequel l'art grec, l'art italien et l'art français se trouvent sans cesse rapprochés l'un de l'autre, et comparés entre eux.

En ce qui touche V Histoire du Costume proprement dite, nous la donnons siècle par siècle, en reproduisant des sujets complets, de véritables tableaux de genre, qui offrent les scènes les plus diverses, et dans lesquels se trouvent groupés des personnages de toutes les conditions: rois, chevaliers, paysans, bourgeois, etc. En adoptant cette marche, nous avons eu l'avantage de replacer les hommes du passé dans le temps même où ils ont vécu, d'ofirir au public un véritable panorama où reparaissent des villes, des églises, des châteaux, des appartements, des meubles; et comme le moyen âge, aussi réaliste dans ses dessins que spiritualiste dans ses idées, ne peignait jamais que ce qu'il avait sous les yeux, on peut être certain de trouver dans nos planches le miroir fidèle du passé. Les sujets de piété occupant une grande place dans la peinture du moyen âge, nous avons donné, en reproduisant ces sujets, quelques-uns des morceaux les plus importants de ia symbolique chrétienne, en commençant par le viii^ siècle, c'est-à-dire par les plus anciens monuments de ce genre que nous ait légués l'art français ; il en est de même pour les scènes de la vie civile et pour celles de la vie militaire.

Pour compléter l'histoire des arts par celle de l'industrie, nous avons publié, à côté des sujets à personnages, des étoffes, des bijoux, des meubles, et, afin de montrer le moyen âge sous ses

aspects les plus divers, nous avons offert des échantillons d'étoffes, de vitraux, d'ivoires sculptés, d'émaux peints, d'armes et d'armures, empruntés aux diverses nations de l'Europe.

Le texte se compose de deux parties distinctes : la première renferme une introduction générale contenant l'Histoire des Arts somptuaires dans leur rapport avec les costumes, l'ameublement, les mœurs et les lois civiles et religieuses, depuis l'époque gauloise jusqu'au xvii' siècle; la seconde renferme l'explication historique, artistique et archéologique des planches, et c'est la première fois que paraît en France un travail de ce genre, réunissant, h côté d'une histoire générale des arts et des modes, une histoire particulière et interprétative des monuments figurés.

Pris dans leur ensemble, les Arts somptuaires constituent une véritable encyclopédie du moyen âge. Par leur simple classement dans l'ordre chronologique, nos planches présentent une histoire complète des arts du dessin; examinées séparément, elles font revivre, sous ses aspects les plus divers, la vieille société chrétienne. Quand la poussière même des hommes qui nous ont précédés sur cette terre a disparu, seules, de tous les débris du passé, les miniatures des vieux livres nous rendent, toute vive et toute fraîche encore, l'image des moines sous leur robe 'de bure, des chevaliers sous leur armure de guerre. Ce sont ces miniatures des vieux livres, ce sont ces images des hommes des anciens jours, que nous offrons aujourd'hui à ceux qui gardent parmi nous la noble curiosité de l'esprit et le culte des souvenirs. Puissent nos efforts pour bien faire trouver auprès d'eux indulgence et encouragement!

Page 1