QUINZIÈME SIÈCLE
Les premières années du siècle auquel nous sommes arrivés furent marquées, nous l'avons déjà dit, par une sorte de stagnation dans les modes et les arts somptuaires ; le luxe s'était réfugié dans la Flandre et à la cour des ducs de Bourgogne, tandis que la France, appauvrie par la guerre , voyait son industrie ruinée , sa noblesse hors d'état de soutenir son rang, et la plupart de ses villes de fabrique réduites à la dernière misère. De 1416 à 1425, les famines se succédèrent presque d'année en année et, comme toujours, la cherté des subsistances paralysa toutes les industries. Mais cette fois encore^ la France trouva en elle-même d'inépuisables ressources, et le progrès ne fut que momentanément ralenti. Les construclions civiles, tout en restant, pour la disposition générale, ce qu'elles étaient dans le siècle précédent, commencèrent, vers 1440, à devenir plus élégantes; il s'éleva, de tous côtés, dans les villes, de belles maisons solidement construites en pierre, et dans lesquelles on déploya tout le luxe architectural du temps. Les nobles et les bourgeois eux-mêmes rivalisèrent de magnificence dans leur intérieur. Les meubles furent à la fois plus élégants et plus nombreux ; on ne se contenta plus de ces bancs à dossiers et de ces escabeaux de chêne, qui avaient été longtemps l'unique ornement des châteaux : les dressoirs, buffets à gradins, qui font déjà pressentir nos étagères modernes, décorèrent les appartements. Dans la partie inférieure de ces dressoirs, les dames plaçaient des coffrets, des bijoux, des patenôtres, tandis qu'on étalait sur les gradins de la partie supérieure, de la vaisselle d'or et d'argent, des drageoirs, c'est-à-dire des vases à mettre des dragées, dont il se faisait