COSTUMES DES CHRÉTIENS
tels que les poriaient les païens, sont formellement reprouvés par tous les écrivains de la primitive Église. Ils défendent de se vêtir de robes noires, attendu que « ceux qui meurent dans la foi du Christ sont vêtus là-haut de robes blanches. » On sait en effet que dans les traditions des premiers âges, la couleur blanche est celle qu'on donne toujours aux élus, comme symbole d'une pureté que n'altéreront plus les souillures du monde. C'était aussi cette couleur qui était adoptée pour les étoffes dont on garnissait l'intérieur des cercueils; et comme dans le nouveau culte tout devait ])rendre une signification mystique, on attacha dans les cérémonies funèbres un symbolisme particulier aux vêtements dont on habillait les morts . Les vierges emportaient dans la tombe les robes blanches qui les avaient parées dans le courant de leur vie terrestre, et les martyrs une tunique de pourpre, en mémoire du sang qu'ils avaient versé pour la foi, et de celui (jue le Christ avait versé pour tous les hommes.
En même temps que le christianisme donnait à toutes choses un sens moral, il purifiait, en se les appropriant, les habitudes du monde antic|ue. Ainsi, en pénétrant dans les Gaules, il y avait trouvé un usage importé par la conquête, et en vertu duquel les païens arrivés à l'adolescence se faisaient couper par leurs amis les premiers poils de leur barbe pour les oil'rir à leurs dieux. La foi nouvelle s'empara de cet usage, mais en le consacrant par des prières et des cérémonies pieuses qui reçurent le nom de barhatoria. 11 en fut de même pour la coupe des cheveux . Cette opération, qui se pratiquait sur les enfants au moment où ils touchaient à la puberté, eut lieu d'abord dans les familles, et plus tard dans l'intérieur des églises; on choisissait des parrains pour assister à ces cérémonies. Les prêtres, après avoir coupé les cheveux des enfants, en donnaient des mèches aux parrains, qui les enveloppaient dans de la cire, sur laquelle on imprimait une image du Christ, et les conservaient comme une chose sacrée. Cette cérémonie de la coupe des cheveux et de la barbe était, suivant Du Cange. qui ne se trompe pas en ces matières, une véritable adoption, dans laquelle il se contractait une affinité spirituelle qui faisait donner le nom de père à celui qui avait été choisi pour parrain, et le nom de fils à l'enfant dont on coupait les cheveux et la barbe (1). Nous retrouverons sous la royauté franque plusieurs traces de cet usage.
Il nous reste maintenant, pour en finir avec ce qui concerne les premiers chrétiens des Gaules, à constater un fait qui n'est point sans importance pour notre sujet : c'est que, de même qu'il n'y avait aucune différence sensible entre le costume des chrétiens et celui des païens, de même dans la société clu'étienne il n'y eut à l'ori-
(1) Histoire de Ijouii IX, par Joinville. — Édition de Du Cangp, 1668, in-f». — Difserlation xxii.