ÉTOFFES
L'ordonnance somptuaire de Philippe le Bel fut impuissante à arrêter l'envahissement du luxe, ou à maintenir entre les diverses classes de la société les distinctions que les progrès incessants des classes laborieuses tendaient à effacer chaque jour; chacun continua de s'habiller avec la même recherche que par le passé. La mode, bien loin d'abdiquer son empire, se montra de jour en jour plus capricieuse. On perfectionna les anciennes étoffes, on en inventa d'autres plus brillantes encore; et l'on verra par les détails qu'on va lire que le quatorzième siècle, comme le dix-neuvième, ne resta point en arrière pour les articles de haute nouveauté. Ceux qui voulaient s'habiller avec recherche devaient quelquefois se trouver embarrassés pour choisir parmi les nombreuses étoffes dont on trouve la mention dans les documents contemporains du siècle qui nous occupe. Au'nombre de ces étoffes, nous citerons le camocas, qui était suivant les uns une étoffe de poil de chameau ou de chèvre sauvage, et suivant d'autres une sorte de brocart bleu-foncé et rayé; le mattabas, drap d'or qui servit de poêle au tombeau du roi Philippe VI ; le samit, étoffe de soie brochée en or et argent; les escarlates de Douai, qui servaient particulièrement à la cour pour faire ce qu'on appelait les habits de livrées ; les draps de soie verts et vermeils à vignettes; les draps d'or de Lusques, à rosettes; les draps diaprés blanc et diaprés vermeil de la même ville; les brunettes; le fin marbre de Bruxelles; le vert à bois, qu'on employait principalement pour faire des surcots; le baudequin, étoffe d'or et de soie, qui figure en 1380 dans la toilette des bourgeois de Paris, lorsque ceux-ci se rendirent solennellement au-devant de Charles VI. Nous men-