QUATORZIÈME SIÈCLE. — ÉTOFFES
tionnerons encore parmi les étoffes précieuses le sandal, qui figure encore dans un compte de 1351; le racamas, cité par Étienne de la Fontaine, dans un compte de la maison du roi , comme une étoffe d'or; les draps à hêtes et à oiseaux, ouvrés de feuillages qui servaient principalement à tapisser les chambres de luxe ; les velluiaux paonnez; les escarlates paonnacez (pavonatilis pannus), parce que cette étoffe était draprée comme la queue d'un paon, ou qu'on y représentait quelquefois cet oiseau.
Comme dans les siècles précédents, quelques-unes des étoffes dont nous venons de parler n'étaient encore que le produit importé des fabriques de l'Orient, de l'Italie et des Pays-Bas; mais déjà on tentait de nombreux essais en France pour en naturaliser la fabrication. L'industrie du drapier s'était propagée dans le Midi en même temps que la production de la soie commençait à s'y développer, et le savant historien du Languedoc, dom Vaissette, nous apprend que le i*"" juillet 1345, le sénéchal de Beaucaire fit partir un exprès de Nîmes pour porter à Paris douze livres de soie de Provence achetées à Montpellier pour la reine de France, au prix de soixante- seize sous tournois la livre, ce qui équivaut à quatre-vingts francs environ de notre monnaie. L'art de la teinturerie se perfectionnait en même temps; on teignait très-bien en rouge avec la graine d'écarlate , le bois connu sous le nom de Brésil, la garance ; en bleu avec le pastel, en jaune avec la gaude, en brun avec la racine de noyer. Les corporations de tailleurs, de chaussetiers, de pourpoin tiers, de cousturiers, de pelletiers se multipliaient de tous côtés, et d'importantes modifications allaient être apportées dans le costume. Avant de signaler ces diverses modifications, nous allons donner, comme nous l'avons fait pour les étoffes, la nomenclature des vêtements qui sont le plus ordinairement mentionnés dans le quatorzième siècle.
Parmi ces vêtements, quelques-uns figurent déjà aux époques précédentes, comme le bliaus et la garnache. Le bliaus, dont il est souvent question dans les romans des treizième et quatorzième siècles, paraît avoir été conmiun aux hommes et aux femmes, et l'on peut croire qu'il était garni de fourrure. La garnache, garnacJiia, garnacia, était comme le bliaus porté par les personnes des deux sexes. On la voit en 1271 servir de vêtement habituel aux Marseillaises, et en 1351 on la retrouve dans les comptes de Jean de la Fontaine, qui la désigne comme un manteau long fendu d'un côté. Le roi de France à cette époque avait des garnaches en velours rouge, et d'autres en velours blanc avec des manches doublées d'hermine. Le rondeau, rundcllus, rolondellus, mentionné par le concile d'Angers en 1365, était un habit collant, coiurt et àboutons. La cotte hardie, colardia, figure souventdans lescomptes de ménage, et c'était, selon toute apparence, soit un habit de voyage, soit un habit
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d'intérieur, dont on se revêtait pour faire des besognes pénibles ; on doit le croire du moins par les deux extraits suivants : « 20 aunes de draps tannez de Louvain, pour faire 6 cotes hardies à relever de nuiz pour les damoiselles et femmes de chambre de ladite duchesse (cette duchesse n'est pas désignée). — Alibi : cotte hardie d'hiver (1). »
« Cottes hardies fourrées d'aigneaux et houces à chevaucher en état d'escuirie, pour nos seigneurs qui furent faits chevaliers à la fête de l'Estoile... L'on a délivré pour la chevalerie des seigneurs (Jean et Phihppe de France, Louis de Bourbon, Phihppe et Louis de Navarre, et Charles d'Artois), à chascun pour cotte hardie et
houce 6 aunes et demie pour fourrer une cotte hardie de camelin à bois. —
Pour fourrer une coite hardie d'un blanc coignet (?)... pour fourrer à chascun une cotte hardie d'un brun tanné qu'ils orent de livrée ensemble et avec eux ceux qui furent faits chevahers en leur compagnie, pour chascune cote une penne d'aigneaux noirs et un chaperon de semblables aigneaux d'Arragon, pour chevaucher en estât d'escuirie... Pour un fin camelin de Chasteau-Landon à faire pour ledit seigneur cotes hardies fourrées de menu vair et houces sengles (simples?) pour aller en son déduit (2). »
Nous trouvons encore dans les inventaires le manteau fourré de peau de renard, le manteau simple, l'épitoge d'étamine, la robe fourrée de peau de lapin de Galabre, la tunique à capuchon, les doublés, les cloques ou cloches, espèce de cape de voyage. Les vêtements dont l'usage était le plus fréquent au quatorzième siècle sont le surcot, la cotte-hardie et la houppelande ; et ce fut vers 1340 que des formes entièrement nouvelles se montrèrent dans les habillements. « Aux environs de cette année, dit le second continuateur de Nangis, les hommes, et particulièrement les nobles, les écuyers et leur suite, quelques bourgeois et tous leurs serviteurs, commencèrent à changer de costume et d'habits ; ils prirent des robes si courtes et si étroites, qu'elles laissaient apercevoir ce que la pudeur ordonne de cacher. Ce fut pour le peuple une chose très-étonnante que de voir ainsi vêtues des personnes qui auparavant ne se montraient que d'une manière honnête. »
Les Grandes chroniques de Saint-Denis s'expriment à peu près dans les mêmes termes à l'occasion de la perte de la bataille de Grécy, livrée en 1346 :
« Nous devons croire que Dieu a souffert ceste chose à cause de nos péchés ; car " « l'orgueil estoit bien grant en France, surtout chez les nobles ; grande estoit aussi
(1) Du CaDge, v» Cotardia.
(2) Comptes d'Éiiennede La Fontaine, Collect. Leber, t. XIJ:.