‹ Les As, peints par eux-mêmes;Chapitre 28 sur 29 · LE BOMBMIDEMENT DE FRANCFORT · texte numérisé non relu

LE BOMBMIDEMENT DE FRANCFORT

monte dans mon appareil à cinq heures cinq. Poignées de main... Essence, contact, décalez les roues... Deux minutes après, je décolle. Il fait encore nuit. On commence seulement à deviner, à l'orient, les premières lueurs de l'aurore.

« Je monte vite à 2.000 mètres et prends la direction est-nord-est, vers l'inconnu! A 5 ou 6 kilomètres des lignes, premiers coups de canon. Plus j'avance, pi us le soleil s'élève à l'horizon. Au sol, la vue est magnifique. Des milliers de cheminées d'usines, les hauts fourneaux lancent des torrents de fumée et de flammes. La terre ne semble qu'une colossale entreprise métallurgique. Vraiment le choix n'est pas difficile pour laisser tomber des bombes.

« Mais je n'avance guère. Un violent vent debout retarde ma marche et réduit de moitié ma vitesse normale. J'aperçois ou devine plutôt, à cause de leurs lumières, d'un côté Metz et de l'autre, très loin, Luxembourg et ensuite Trêves.

« La visibilité est merveilleuse. Le soleil est tout à fait levé et tout s'illumine. Seules les vallées se remplissent de brume et cachent villes et villages, tandis que les crêtes m'indiquent le chemin.

« Enfin, de loin, je commence à apercevoir le Rhin ou plutôt sa brume. Le Rhin! objet de nos désirs, de nos luttes, quelle joie de le survoler 1 Et, tandis que mes cocardes s'y reflètent, je pense au jour prochain où nos chevaux s'y abreuveront une fois encore.

« Attention 1 les coups de canon ne vont pas tarder I

« En effet, en arrivant à la hauteur de Kreuznach, je suis reconnu et les batteries manifestent leur joie ou leur colère un peu bruyamment. Pal mal tiré d'ailleurs. Jusqu'au point extrême de ma mission, je vais être accompagné de la sorte, soit pendant 6o kilomètres encore. Mais le tir devient de moins en moins bon, quoique plus nourri. Les artilleurs sont tout excusés, car sur le Rhin la brume commence à être dense et forme même des nuages.

u Voici Mayence et, derrière, Wiesbaden. La ville se détache très bien au sol et, d'en bas, les habitants reconnaîtraient sûrement ma nationalité, même si je n'étais pas crapouillé.

« Sur un grand terrain, à l'ouest de la ville, se trouvent des hangars. Je vois des gens courir, ouvrir les portes. Ce doit être

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