‹ Les As, peints par eux-mêmes;Chapitre 3 sur 29 · QUELQUES SOUVENIRS, QUELQUES IMPRESSIONS II · texte numérisé non relu

QUELQUES SOUVENIRS, QUELQUES IMPRESSIONS II

de pistolets automatiques Mauser avec chargeurs de dix coups. Une crosse amovible leur permettait de tirer comme avec un fusil mitrailleur.

De notre côté nous avions des carabines de cavalerie et des fusils Browning à cinq coups dont le fonctionnement était franchement mauvais. Quelques avions seulement étaient munis de fusils mitrailleurs Hotchkiss.

Ce furent enfin les débuts de la chasse proprement dite, toujours avec passager, soit pour établir un barrage pendant une attaque d'infanterie afin d'empêcher l'aviation ennemie de venir se rendre compte de nos mouvements, soit pour poursuivre un Boche évoluant au-dessus de nos lignes. Ce fut ainsi que j'obtins deux autres victoires.

Le premier avion de chasse monoplace fut amené au front par Garros en février 1916; il avait une mitrailleuse tirant à travers l'hélice d'après le système qu'il avait commencé de mettre au point deux mois auparavant.

J'eus le second en avril suivant, mais, comme il était prévu pour le bombardement à longue distance, il n'avait pas de mitrailleuse et je dus plusieurs fois partir en chasse avec mon seul revolver comme armement!

Fort heureusement, les Boches signalés restèrent invisibles 1 lime fut dit très sérieusement que quelques loopings autour d'eux suffiraient à les faire déguerpir. Comme tel n'était pas mon avis et que mon revolver était vraiment impuissant à faire taire deux mitrailleuses (nos adversaires venant de nous faire cette petite surprise), j'installai, fixe sur le côté de mon avion, une carabine Winchester à répétition pouvant tirer... quatre cartouches sans être rechargée, et je partis à l'aventure, muni de quelques chargeurs, de mon éternel revolver et d'une certaine dose de... culot !

Croisant bientôt un aviatik, j'eus vite fait de m'apercevoir que j'étais en état d'infériorité manifeste et qu'il ne suffisait pas d'être armé de courage pour abattre un adversaire qui vous crache son mépris par deux bouches à feu. Cet avertissement, qui aurait pu me coûter cher, coûta un avion à l'État, car pendant cette petite expérience le tir de l'ennemi avait rendu le mien inutilisable.

Je montai ma carabine sur un autre appareil et lui adjoignis une vieille mitrailleuse Hotchkiss délaissée par Pégoud, qui trouvait

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son fonctionnement par trop aléatoire. Flanqué de cet attirail plus encombrant que dangereux, je provoquai le Fritz du secteur (le même qui m'avait mis à mal deux jours avant) en un combat singulier. Singulier, il le fut en effet, car dans une ronde infernale, l'un cherchantà passer derrière l'autre, voire en dessous pour tirer, ma mitrailleuse tirant en l'air par-dessus l'hélice, nous descendîmes de 2.5oo mètres à 800 avec tous les gaz pour nous gagner de vitesse.

Dès les premiers coups de feu, ma mitrailleuse-ferraille s'était enrayée et après quelques essais infructueux je l'avais abandonnée pour me servir de la carabine, qui, elle, tirait vers le bas. Je devais faire des prodiges pour viser au bon endroit^ car mon adversaire était pour le moins aussi habile que moi et je ne devais ma supériorité de manœuvre qu'à la plus grande maniabilité de mon avion. Chaque fois qu'un chargeur était vide — et quatre cartouches sont si vite tirées 1 — je m'écartais pour en mettre un autre pendant que mon antagoniste en faisait autant, ayant, lui aussi, probablement fort à faire pour remplacer ses bandes de mitrailleuse.

Puis nous nous précipitions à nouveau l'un sur l'autre, sans penser à autre chose qu'à bien viser et sans tenir compte des chocs alarmants que faisaient les balles en rencontrant les parties métalliques de nos fragiles montures.

Nous renouvelâmes ce manège neuf fois, jusqu'à épuisement de nos munitions, car, pour une cartouche que je tirais, l'Allemand devait bien m'en envoyer vingt ou trente des siennes.

En fin de compte, nous partîmes chacun de notre côté avec nos trous. J'en comptais vingt-six dans mon appareil. Ma place seule avait été épargnée... à 3 centimètres près. L'issue des balles avait même fait éclater un pneu, ce qui m'avait donné une forte émotion. J'avais cru qu'un coup de canon venait de m'atteindre.

C'est de ce combat que j'ai gardé le souvenir le plus précis, parce qu'il fut pour moi le plus émouvant. -

Quelques jours après, j'entrais en possession de mon avion le Vengeur, à mitrailleuse fixe tirant à travers l'hélice, système Garros, et je pouvais enfin me battre avec le sentiment de mon entière supériorité. Ce fut

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