LES PREMIERS JOURS
animation. Bizarre 1 Nous entrons dans le centre : personne I
Étrange I
Bientôt, je vois sortir d'un hangar avec précaution un sapeur armé d'un mousqueton : c'est une chose un peu étonnante pour qui connaît les centres d'aviation.
« Enfin, s'écrie-t-il, vous venez nous chercher ?
Je lui explique que je viens enlever le Blériot neuf.
« Mais nous l'avons détruit ce matin. Les Boches sont à Mourmelon et des uhlans ont approché des hangars tout à l'heure. Tout le monde est parti ce matin, ne laissant que le Blériot et un Maurice Farman qu'on devait venir chercher. Du reste, deux pilotes sont arrivés de Saint-Cyr en auto. Ils sont là dans un hangar en train de prendre de l'essence.
« Et nous, continue-t-il avec désespoir, vat-on nous laisser prendre ici.>> Voilà des heures que l'adjudant est parti. Il devait venir nous chercher en tracteur et il ne revient pas... »
Ce brave m'avait l'air un peu affolé, de même que les autres sapeurs qui étaient restés avec lui. Je le laissai à ses inquiétudes,
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car nous aussi étions à court d'essence. Nous découvrons les restes du pauvre Blériot tout neuf que tant de pilotes étaient venus chercher de tous les coins de France. Nous crevons les réservoirs et faisons le plein.
Je trouve l'autre voiture venue d'urgence de Saint-Cyr avec Robinet et un adjudant. Il ne nous reste plus qu'à nous en aller, puisqu'il faut laisser les cadavres d'avions.
Les hangars sontàpeu près vides. Quelques débris de Bréguet, des pneus sont encore là. La nuit tombe. Grand calme...
Nous partons, après avoir promis aux malheureux de les envoyer chercher par le parc de Châlons. Les deux voitures se suivent... pour faire nombre sur les routes peu sûres: pour sept,nous avons comme armement mon browning avec sept cartouches ! Nous faisons le trajet sans incident.
A Châlons, je trouve le capitaine D... à qui je rends compte de ce qui se passe : il est très étonné de nous voir revenir indemnes !
L'aspect du terrain de manœuvres est celui d'une grande foire : les hommes campent à la belle étoile; c'est un fouillis d'autos, d'appareils entiers et de fuselages. Il y a même un Taube abattu la veille près de Suippes.
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Je ne m'étonne plus qu'on ait oublié les pauvres bougres là-bas !
Tout ça doit repartir le lendemain matin, alors qu'à quelques kilomètres de là se produit cette navrante histoire : le lieutenant Mendés vient atterrir avec son escadrille à Mourmelon qu'on lui a dit être aux mains des Français. Les Boches surviennent: de Sylvestre et Vincent peuvent s'échapper à grand'peine, Faurit est capturé et Mendés, arrivé le premier, tué. Il a voulu attendre tous ses pilotes au lieu de songer à sa sécurité personnelle. Il les a remis en route et lorsque le dernier a été hors de danger, les uhlan-? sont survenus. Il les a attendus et, seul contre tous, a engagé le combat. Il en abattit plusieurs avec son revolver, mais succomba finalementcomme un grand, très grand héros.
Quant à nous qui l'avions échappé belle, à quelques heures près, nous repartions pour Dijon. A neuf heures du soir, nous arrivions dans une ferme à Sommesou pour y dîner et y camper jusqu'au lendemain, la circulation étant pour ainsi dire impossible la nuit, à cause des nombreux barrages.
Je me souviens avec émotion des braves gens qui nous reçurent... Quelques jours
après, à la suite de la bataille de la Marne, nous avancions. J'eus à mener un avion à Fagnières, près de Ghâlons. Je revis cette hospitalière maison: des murs calcinés, tout autour des tombes, c'est tout ce qui restait 1
Et je me suis toujours demandé ce qu'était devena le détachement de Mourmelon.
Sergent Bl...
La Marne avec les Boches
C'était pendant la retraite de Belgique. J'avais été envoyé à Paris pour chercher un tracteur, le mien ayant été démoli. Je revenais, avec deux jours de retard sur mon escadrille, que je devais rejoindre à un endroit qui m'avait été désigné. Mais, à ce momentlà, le front avait des fluctuations rapides. J'étais donc à la recherche de la R i5, avec deuxchauffeurs qui avaient pris place à mes côtés.
Je déjeune dans un petit village près de Noyon et je demande des renseignements sur nos positions à un gendarme.
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« Suis-je dans la bonne direction? Ai-je des chances de trouver mon unité? Les Allemands sont-ils loin?
— A une bonne trentaine de kilomètres d'ici, » me répond-il.
Sur cette espérance, je reprends le volant et, vite, je m'élance sur la route. Je n'avais pas fait plus de 3 kilomètres, lorsque j'aperçois à l'horizon un régiment qui se dirige de mon côté. Quelle chance! Je vais peut-être recueillir des renseignements précieux, car il n'est pas très agréable d'user ainsi les routes à l'aveuglette. Je mets tous les gaz, puis je distingue bientôt des cavaliers habillés en kaki. Sûrement ce sont des Anglais, signalés dans ces parages. Dans leurs patrouilles, ils ont dû voir mon escadrille. Je ralentis pour ne pas faire trop de poussière à ces pauvres malheureux, qui manœuvrent du matin au soir et souvent toute la nuit. Intérieurement je compatis à leur malheur.
J'approche.
Horreur ! Ce sont des Boches : un régiment de chasseurs à pied flanqué d'une avant-garde de uhlans.
Ma première pensée, en me rendant compte de ma méprise, se traduit par un juron éner-
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gique à l'adresse du pandore qui me renseigna. Il n'y a rien à faire. .Te ne puis échapper. La route est trop étroite pour tourner. Reculer en marche arrière serait inutile. D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup le temps de réfléchir : les uhlans sont déjà sur moi, me sommant de me rendre.
Je dois avouer que, vis-à-vis de moi, l'ennemi se conduisit fort bien. Pas de mauvais traitements, pas d'injures. Lorsque les chefs furent convaincus qu'ils ne tireraient rien de moi, ils ne cherchèrent point à obtenir quoi que ce soit par des brutalités, et n'insistèrent pas. Je vécus, dès lors, l'existence des troupiers allemands, marchant avec eux et partageant leurs privations. Nous n'avions rien à manger, aucun convoi de ravitaillement n'arrivait. J'en souffrais, mais j'étais lieureux !
Le dixième jour seulement de ma captivité, nous pûmes nous restaurer avec ce qui pouvait être considéré comme de la nourriture : des pommes de terre cuites à l'eau, avec la boue épaisse qui y était incrustée. Nous n'avions pas le temps de les gratter, car il fallait faire vite. Aussi bien, nous n'en avions pas l'intention, tant nous étions pressés de
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croquer enfin un aliment. Malgré l'écœurement que pouvait provoquer semblable brouet, ce repas me parut délicieux.
Pris près de Noyon, je descendis avec mes compagnons forcés jusqu'à Montmirail, marchant sans cesse, bivouaquant avec les troupes de première ligne. Dès le lendemain de mon arrestation, mon tracteur m'avait été pris, et j'accompagnais le régiment qui avait accompli le haut fait d'armes de s'emparer du modeste conducteur que j'étais à cette époque.
En marches, contre-marches, retraite, je fis plus de 5oo kilomètres pendant tout le temps que je fus avec les chasseurs à pied. Je me souviens de l'allégresse des Allemands et de leurs « Hoch ! Hoch ! » d'enthousiasme, lorsque fut passée à Soissons la première plaque indiquant Paris avec deux chiffres seulement : « Soissons -Paris, 90 kilomètres... » Je ne partageais pas cette joie, certes non, mais ne perdais pas confiance et répétais inlassablement à ceux de mes compagnons qui parlaient français : « Vous n'arriverez jamais à Paris ! »
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Cette conviction ne m'attira aucun désagrément. Peut-être me prenaient-ils pour un fou. Toujours est-il que je discutais avec eux, sans que la conversation ^légénérât en dispute.
Nous ne connaissions rien de la guerre. Nous savions que les Allemands avançaient. Les chefs leur affirmaient qu'ils prendraient un repos bien gagné à Paris, qu'ils n'avaient rien à craindre, que les Français ne résistaient même pas. En un mot, une vraie promenade de santé, mais une promenade terriblement fatigante, surtout pour un soldat habitué, comme moi, à aller en automobile et non à pied.
C'est à Montmirail que, pour la première fois, les troupes s'aperçurent que cela n'allait plus. A mon tour de manifester ma joie. Ordre de plier bagages, affolement des officiers, désespoir des hommes.
Un champ d'aviation est installé près de la ville : à huit heures du soir, dans l'obscu. rite, en toute hâte, les appareils s'envolent, le train roulant s'enfuit. Nous quittons Montmirail à sept heures pour Champaubert. Il y a 17 kilomètres. Nous les parcourons en six heures et n'arrivons qu'à une heure du
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matin, nous perdant continuellement. Je ne reconnaissais plus les officiers habitués à nous diriger avec la désinvolture magistrale de cantonniers sachant tous les chemins, raccourcis, sentiers. On voyait qu'ils avaient été plus souvent en France qu'en Allemagne, mais, ce soir-là, l'évanouissement de leur rêve leur faisait perdre la tête et ils ne savaient plus s'orienter.
A ce moment, on jugea prudent de me joindre à un convoi de prisonniers : jusqu'alors j'avais été considéré comme faisant partie du régiment de chasseurs à pied, quoique surveillé soigneusement.
Je remontai par la vallée de la Marne, ne sachant plus rien de la guerre, ignorant, comme la majorité des Allemands d'ailleurs, que l'ennemi était en retraite.
Le lo septembre, au soir, nous cantonnons dans la forêt de Germaine, entre Reims et Épernay. Je connais bien l'endroit et décide de profiter de cette ultime occasion pour tâcher de m'évader. Je veux me rendre à un petit café isolé oti je suis souvent allé, mais il faut traverser la route et donner ainsi l'éveil. Comment faire?
A la faveur de la nuit, après quelques
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lieiircs passées l'œil et l'oreille aux aguets, tout en faisant semblant de dormir, j'essaye de quitter le cantonnement ; mais j'y renonce bientôt, la surveillance étant trop stricte. Je me désespère, car je ne trouverai jamais moment plus favorable : maintenant nous nous éloignerons sans cesse des lignes et je me vois déjà réduit à faire la guerre comme prisonnier.
Le lendemain matin, vers cinq heures, j'apprends que, contrairement à l'habitude, nous ne partirons pas avant sept heures. Je pense aussitôt que c'est la Providence qui me fournit ces deux heures de répit et je décide de préparer mon évasion.
Je parviens à me cacher dans une cave dévastée. Je m'accroupis dans un cul-de-sac où les rats me tiennent compagnie et je rabats sur moi une planche à bouteilles pour me dissimuler.
Soudain, des pas se font entendre. Dame ! Une cave n'attire-t-elle pas toujours un Allemand ? C'en est un qui vient voir s'il n'y a pas, par hasard, des litres égarés. Il n'en trouve point. Ceux qui l'ont précédé ont fait main basse sur tout ce qu'il y avait. Navré de sa déconvenue, il va s'éloigner, ce que je
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ne regrette pas, mais son regard est attiré par la planche à bouteilles. Je laisse à penser la minute de tragique émotion que ce fut pour moi !
Il approche, je le vois, je le sens : il veut savoir ce qu'elle cache. Il se contente de la heurter avec le pied. Elle glisse et continue à me soustraire aux investigations. Si le curieux avait été moins paresseux, s'il avait soulevé mon abri avec la main, j'étais découvert... Vraiment, la chance est bien de mon côté.
Cependant, cette expérience me suffit. Je ne me trouve pas assez en sûreté. Il faut trouver autre chose et je quitte la cave, placidement. Je rejoins le groupe des prisonniers et fais semblant de me rendre à la corvée de pommes de terre, dans un champ voisin. Je rti'aperçois que la sentinelle chargée de nous garder nous compte nonchalamment et s'embrouille sans insister, tant elle est sûre de son troupeau. Je pars donc très docilement et parviens à laisser passer notre gardien devant nous. Je me jette à terre et vais me dissimuler en rampant dans un buisson situé'en bordure de la route.
Je pense que ma disparition passera ina-
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perçue, puisque le compte est mal fait. Mes prévisions se réalisent et je ne suis nullement inquiété. A sept heures, je vois avec joie s'ébranler le convoi qui devait m'emmener. Victoire! Joie!
Pendant toute la matinée, j'assiste am défilé de troupes et de convois se dirigeant au pas accéléré vers Reims. Je me rends compte alors que c'est bien la retraite ! Il s'agit de ne pas me faire prendre et d'aller retrouver ma place auprès des vainqueui's. La canonnade et la fusillade sont très distinctes sur les coteaux dominant Épernay.
C'est la fuite des hordes allemandes !
Et je reste toujours immobile, faisant corps avec mon buisson, me souciant peu des épines qui me déchirent les mains, m'égratignent et me chatouillent la figure.
A midi, convoi de ravitaillement d'artillerie. Il est long. Il va falloir faire attention pendant son passage. Mais un de plus, un de moins... Ciel! Il fait sa halte juste en face de moi. Allées et venues continuelles autour de mon gîte. Plus de mille fois, je manque d'être découvert. Quelle angoisse I A maintes reprises, j'entends la respiration des soldats qui se reposent à mes côtés, se penchent
pour jouer avec des branches qui, si elles sont tirées, me feront apparaître. Toujours la chance! Personne ne me trouve. Ces artilleurs de malheur s'en vont. Dieu soit loué 1
Une pluie torrentielle commence à tomber à partir de quatre heures. Il y a dix heures que je n'ai pas bougé de ma cachette. Je suis aussi endolori, aussi courbaturé que si j'avais reçu une volée de coi^s de bâton. Ce n'est pas le moment de se lamenter. Il faut agir. Je me décide à quitter mon domicile précaire pour essayer de gagner la forêt de Germaine en traversant la cour d'une briqueterie où je pourrai me dissimuler derrière les tas de briques accHmulées.
Je me crois en lieu sûr. Par ce temps, qui oserait être dehors? Je sors de mon buisson avec précaution. A peine suis-je délivré, qu'aperçois-je? Une sentinelle allemande à moins de lo mètres de moi! Nous sommes nez à nez. Je bénis la pluie aussitôt : grâce à elle le cerbère n« me voit pas. Je l'a échappé belle.
Heureusement, les flots célestes ont couvert le bruit de ma sortie intempestive. Je retourne à mon inconfortable buisson.
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A sept heures, les ténèbres commencent à s'épaissir. Le moment est venu de tenter de passer. Je traverse la route sans dommage et m'enfonce dans la forêt pour gagner directement, à travers bois, le village de Germaine, ob. je pense être en sécurité.
La nuit est noire. Pour avancer, je dois mettre un bras devant ma ligure et je tâte avec l'autre devant moi. La pluie diluvienne me traverse toujours. Je puis à peine marcher, je glisse, j'enfonce. Un chagrin fou me prend alors. Je me mets à pleurer comme un gosse et me couche dans l'infecte boue. Cette crise me détend les nerfs, exacerbés par cette journée d'inaction et d'attente impatiente. Bientôt je 'me relève, car il faut mettre l'obscurité à profit.
Je marche pendant quelques heures, me dirigeant au moyen d'une horloge qui, dans le lointain, sonne les quarts et semble m'appeler. Mais, comme ces appels sont longs à revenir I J'arrive enfin à une clairière à laquelle aboutissent trois allées forestières.
Je suis profondément 'heureux de trouver un chemin plus facile. Je prends l'allée centrale dont le sol me paraît aussi doux qu'un tapis d'Orient. Soudain, j'entends un cheval
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qui s'ébroue, avertissant son cavalier d'une présence insolite. Diable! Je m'arrête, tends l'oreille et perçois le bruit extrêmement proche de plusieurs chevaux mâchonnant leurs gourmettes.
Sans mon acte de désespoir de tout à l'heure, je serais tombé dans une patrouille de uhlans. Je me guide alors au bruit des pas et contourne le groupe.
Vers minuit, un peu de lune apparaît. Un torrent d'électricité éclairant une pièce depuis longtemps plongée dans l'obscurité ne me semblerait pas plus lumineux. Maintenant, je retrouve mon chemin avec aisance, j'avise une petite route qui m'est familière et conduit directement à Germaine. Pour ne pas faire d'ombre sur le sol, je suis le bas côté.
Encore des bruits de pas et je distingue une forme. Je ne cherche pas à savoir si c'est un cheval, un homme ou un cerf. Je regagne la forêt et me dissimule, me frayant un passage moins facile, mais sûr.
Vers cinq heures du matin, après avoir encore éprouvé quelques difficultés, triomphé de plusieurs alertes, j'arrive enfin aux premières maisons du village.
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Ouf! Je suis sauvé !
Joyeux et léger, je me présente à une ferme où je suis connu. Je suis sûr d'être reçu à bras ouverts.
Mais je n'ai pas fini avec les émotions. J'apprends que les Allemands viennent de passer la nuit dans le domicile que j'implore. Me cacher, il faut encore me cacher !
Une heure plus tard, je me trouve en face de l'auberge delà mère L... Je fais signe à un paysan qui me dévisage. Il vient à moi ; je lui explique mon cas.
« Malheureux! s'écrie-t-il, fuyez, deux Boches sont encore couchés dans la maison. Dissimulez-vous; ils peuvent sortir d'un moment à l'autre ! »
J'attends, transi de froid, 'mort de sommeil, le bon plaisir des dormeurs. Je ne suis pas installé depuis un quart d'heure, que la mère L... elle-même vient me trouver.
« Suivez-moi, me dit-elle. Je sais votre histoire. Tant pis s'il m'arrive malheur, mais je n'ai pas le droit de vous laisser ainsi, mon pauvre petit. Les Boches dorment encore, je vous mettrai dans une chambre où ils n'iront sans doute pas vous chercher. Je veillerai. Quoi qu'il arrive, ne bougez pas ! »
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Je promets, je remercie, je ne sais même ce que je dis; j'ai les larmes aux yeux; je voudrais embrasser cette brave Française, mais je suis sale, hirsute, dégoûtant, et cette marque de reconnaissance ne plairait sans doute pas.
Un lit ! Je vais coucher dans un lit, un vrai lit. Ah! dormir, que ce doit être doux après de pareilles angoisses. Je suis ma bonne hôtesse, sans faire de bruit. Elle me montre ma chambre. Je me déshabille pour la première fois depuis ma capture. Je m'étends, je m'endors sans me soucier le moins du monde du voisinage malsain des deux Allemands.
Vers dix heures, des bruits de pas retentissent et me réveillent. Alarme ! Que se passe-t-il? Ils s'arrêtent devant ma chambre. Fidèle à ma promesse, je ne bronche pas et fais semblant de dormir. On ouvre ma porte. Malgré tout, la curiosité aidant, je risque un coup d'oeil : j'aperçois un lieutenant de dragons qu'accompagne la fille de l'aubergiste.
La première patrouille française arrivait. Les Allemands étaient partis de leur logis à 8 heures.