LES PREMIERS JOURS
que quelques mois. Nous tous, pilotes de réserve à Dijon, nous n'avions qu'un désir : marcher; qu'une peur : arriver au front trop tard. J'en souffrais plus que les autres, car, ayant fait partie de la Bl 3 que je n'avais quittée qu'à ma libération, j'aurais voulu y reprendre ma place dès la déclaration de guerre et voler avec mes camarades. J'avais si souvent évolué le long de la frontière et vu de loin le Rhin que je les enviais de voler librement au-dessus de l'Alsace.
Lorsqu'en mai 1916 je revins dans cette T égion et que, pour la première fois, je franchis le Rhin, je revécus les émotions que durent éprouver ceux qui, dans les premiers jours d'août, firent les reconnaissances d'Alsace .
Ce départ pour Ghâlons était donc une joie. J'exultais. Mon mécanicien Niodot, que j'avais retrouvé à Belfort et qui me suivit toujours jusqu'à mon accident, était également ravi.
Voyage en automobile sans incident : à Châtillon-sur-Seine, à Troyes, rien de particulier. A Châlons, vive animation. La gare est pleine de troupes qui s'embarquent. Nous nous arrêtons pour laisser passer de nombreux fantassins . L'un d'eux nous dit que
l48 LES AS PEINTS PAR EUX-MÊMES
c'est le dépôt du ... d'infanterie que l'on évacue. Pressés d'arriver avant la nuit, nous continuons.
A la sortie de Châlons, sur le terrain de manœuvres, j'aperçois de nombreux appareils. Un Voisin venant de la direction du camp y atterrit. Sur la route, voici la navrante théorie des paysans des pays envahis. Ils campent en plein champ.
Le village de la Veuve : une place remplie d'autobus, des soldats partout. Nous prenons la route de Mourmelon ; à la sortie du village, une compagnie d'infanterie est abritée contre un mur, les faisceaux sont formés.
Plus loin, une cinquantaine de soldats de toutes armes: cavaliers, biffîns, zouaves. Certains sont blessés 1 Nous passons, car nous ne sommes pas là pour causer.
Le passage à niveau avant le camp. Un train est là: vieille locomotive, vieux wagons chargés de voitures de livraisons de l'Est. Un employé me dit que c'est un des derniers trains, venant du côté des Ardennes. On a pu enlever tout le matériel.
Je le décide à couper le train pour nous laisser passer. Le soir tombe . Là-bas , les hangars d'aviation. Nous approchons. Aucune