UNE HISTOIRE DE ZEPPELINS
J'avais fait une très belle randonnée , et j'étais content, car mon observateur, un capitaine de l'état-major, ramenait des tas de renseignements , une vraie pêche mira culeuse I... Il faut vous dire que ce capitaine n'était pas de mes amis. Il m'avait fourré aux arrêts de rigueur, un jour que j'avais fait le looping sous son nez, ou si vous aimez mieux, sur sa tête, et je n'étais pas fâché dans mon petit amour-propre d'avoir pu lui montrer que je ne lui gardais aucune rancune.
(( Déjà on apercevait le terrain à i5 kilomètres. Devant nous, la gracieuse capitale de l'Est, que vous connaissez bien, lançait joyeusementdansle ciel ses fumées matinales, et mon regard amusé suivait l'agitation grandissante des rues, dans le retour à la vie de la cité qui se lève, quand, sur ma droite, venant vers moi, je vis un phénomène étrange : un énorme cigare se promenait dans la nature. Direction est-ouest. Pas de doute !... D'ailleurs, à l'examiner plus attentivement : plans latéraux de stabilisation I plans de montée! et à l'arrière, plans de dérive!... Bien sûr, c'en était un!... Ajoutez deux petites nacelles minuscules cachées dans le corps du monstre, comme blotties avec l'air
peureux de vouloir se faire toutes petites, toutes petites 1
« Je me retournai en hurlant : « C'est un zeppelin ! » et je fis un geste énergique auquel mon « persécuteur » répondit d'une façon qui me prouva qu'il avait compris . C'est une justice à lui rendre ! Il avait beau fourrer les gens aux arrêts, ça ne l'empêchait pas d'être brave.
« Vous allez rire 1 mais nous avions pour toute arme, lui, un méchant mousqueton avec trois chargeurs, neuf cartouches, et moi, mon browning. C'est avec cela que nous avions décidé de démolir le zeppelin 1 Nous étions munis, il est vrai, de fusées incendiaires 1 En ce temps-là, les dirigeables n'avaient pas le mauvais goût de voler à 4.000 mètres. Celuici était à peine à i.5oo. Le temps de prendre du large pour gagner de la hauteur, et nous allions revenir, en tapinois, par derrière et au-dessus, juste au-dessus et près. Au bon moment, deux ou trois fusées dans la panse, et blouf ! . . . sautez ! I ! Ceci sans la moindre notion des conséquences. Warnefordne nous avait pas encore montré à quel petit jeu dangereux cette tactique devait fatalement nous exposer.