‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 14 sur 53 · LE MONT VENTOUX · texte numérisé non relu

LE MONT VENTOUX

raideur extrême et presque inaccessible. Vers le milieu de la montagne, nous avons trouvé un vieux pâtre, qui a fait ce qu'il a pu pour nous dégoûter de notre projet. Les jeunes gens* n'aiment pas les représentations : plus il nous exagérait les difficultés de l'entreprise, plus nous sentions croître notre désir de la vaincre. Après lui avoir laissé tout ce qui pouvait nous embarrasser, nous nous sommes mis à gravir avec une ardeur incroyable et, ce qui arrive ordinairement en pareil cas, nos efforts ont été bientôt suivis d'une lassitude extrême. Un rocher sur lequel on pouvait se tenir à l'aise nous a permis de nous reposer; mais lorsque ensuite nous avons repris notre marche, ce n'a plus été avec la même ardeur, moi surtout qui ralentissais de plus en plus mes pas dans ces sentiers escarpés. Mon frère, prenant le chemin le plus court, tendait droit au sommet à travers les crêtes; moins vaillant que lui, je suivais les pentes.

S'il me rappelait, en me montrant le chemin le plus direct, je lui répondais que j'espérais bien trouver un accès plus facile, et qu'un chemin plus long ne me répugnait point, pourvu que je pusse marcher plus aisément. C'était un prétexte pour colorer ma paresse, et lorsque les autres occupaient déjà les sommets, j'errais dans les vallons sans que d'ailleurs la voie s'ouvrît plus douce. Au contraire, le chemin s'allongeait, et ma fatigue ne faisait qu'augmenter en pure perte. Honteux et chagrin, je me décidai à monter directement : las, haletant, je finis par atteindre mon frère, dont un long repos avait déjà réparé les forces.

Nous avons alors marché de front pendant quelque temps; mais la lassitude me faisant toujours chercher un chemin plus facile, je me laissai encore entraîner vers les pentes. La même chose m'est arrivée trois ou quatre fois.

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