‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 15 sur 53 · Pétrarcjue avait alors trente-deux ans · texte numérisé non relu

Pétrarcjue avait alors trente-deux ans

84 LES ASCENSIONS CÉLÈBUES.

Mon frère riait de moi. Enfin, accablé de fatigue, je uic suis assis pour reprendre haleine. Aloi's, abandonnant mon esprit aux réflexions, j'ai comparé l'état de mon âme, qui désire d'arriver au ciel et nen prend pas le chemin, à celui de mon corps qui avait tant de peine à atteindre le sommet de la montagne, malgré la curiosité qui in'y faisait monter. Cependant, me disais-je, après t'ètre longtemps égaré, il faut bien, malgré la fatigue d'un long travail qui n'a servi à rien, ou monter vers les cimes de la vie bienheureuse, ou tomber lâchement dans les basfonds de tes vices. Vous ne sauriez croire combien cette pensée a relevé mon esprit, et doublé mes forces pour le chemin qui me restait â faire.

Le mont Ventoux est partagé en plusieurs mamelons qui s'élèvent les uns sur les autres. Au sommet se trouve im étroit plateau, où nous pûmes enfin nous reposer de nos fatigues. Saisi par la grande vivacité de l'air et par l'immensité de l'espace que j'avais devant les yeux, je suis resté quelque temps étourdi et sans mouvement. Revenu à moi, mes regards se sont portés d'eux-mêmes vers l'Italie, celte belle contrée où mon cœur m'entraîne. Les Alpes neigeuses me paraissaient tout près de moi, bien que j'en fusse séparé par une énorme distance. J'ai senti un violent désir de revoir cette chère patrie, que je voyais plutôt des yeux de l'âme que de ceux du corps.

Mais déjà le soleil abaissé sur l'horizon, et la montagne étendant de plus iplus son ombre, m'avertissaient de penser au retour. Je me suis tourné vers le couchant, où j'ai cherché en vain cette longue chaîne de montagnes qui séparent la France de l'Espagne. A droite je découvrais les montagnes de la province lyonnaise, et à gauche les flots de la Méditerranée, qui d'un côté baignent Marseille, et de l'autre les plages d'Aigues-Mortes : le Rhône coulait sous nos yeux. Jamais spectacle plus

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('((Midu, plus varié, plus imposant, n'a frappé itips r<»orards.

En présence de cet admirable tableau et sous le poids de mon émotion, j'ai pris, pour élever mon esprit à de plus hautes sphères, le livre des Confessions de saint Augustin, présent que je dois à votre amitié, et que je porte toujours avec moi. En l'ouvrant, le hasard m'a fait tomber sur ce passage du dixième livre : « Et les hommes admirent les montagnes élevées, et les vagues puissantes de la mor, et le cours des grands fleuves, et les contours de l'Océan, et les orbites décrites par les astres, et ils s'abandonnent eux-mêmes. » Je fus frappé d'étonnement de la singularité de cette rencontre, et je fermai brusquement mon livre. Je m'en voulais d'admirer ainsi en ce moment les magnificences terrestres, moi qui, depuis longtemps, aurais dû apprendre, même des philosophes païens, que rien n'est admirable, sinon l'âme, cette grande merveille auprès de laquelle rien n'est grand.

Alors, satisfait d'avoir vu la montagne, je rephai sur moi les yeux de l'esprit, et depuis ce moment on ne m'entendit pas prononcer un mot jusqu'à ce que nous fussions descendus. A chaque pas que je faisais, je disais : Si j'ai tant sué, si je me suis tant fatigué, pour que mon corps se rapprochât tant soit peu du ciel, que ne devrai-je pas faire et souffrir pour que mon âme y parvienne !

Au milieu de ces réflexions, je suis insensiblement arrivé au pied de la montagne, dans cet asile rustique d'où nous étions partis avant le jour. Il était nuit : la lune au zénith avait favorisé notre marche de sa douce lumière. Pendant qu'on nous préparait à souper, je me suis renfermé dans un coin de la maison afin de vous raconter mon voyage et tout ce qui m'est venu dans l'esprit.

Vous voyez, mon Père, que je n'ai rien de caché pour vous; je voudrais pouvoir vous dire non seulement tout

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