‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 27 sur 53 · ÏA VIF. ANIMALE DANS LES ZONES ALPESTRES · texte numérisé non relu

ÏA VIF. ANIMALE DANS LES ZONES ALPESTRES

Il est (les oiseaux plus gracieux qui résident aussi dans la région des frimas et en animent quelque peu l'immobile et triste paysage. Le pinson de neige affectionne tellement cette froide patrie qu'il descend rarement jusqu'à la zone des bois. Vaccenteur des Alpes le suit à ces grandes élévations; il préfère la région pierreuse et stérile qui sépare la zone de la végétation de celle des neiges perpétuelles : les uns et les autres s'avancent parfois à la poursuite des insectes jusqu'à 5 400 ou 5 500 mètres de haut.

La terre a ses oiseaux comme l'air. Certaines espèces ne se servent de leurs ailes que quelques instants : tels sont les gallinacés. La région des neiges a son espèce propre, comme elle a ses passereaux caractéristiques. Le lagopède, ou poule de neige, se rencontre en Islande comme en Suisse. Il s'élève bien au-dessus des frimas perpétuels et reste cantonné à ces grandes altitudes. En hiver, son plumage prend l'aspect des neiges au milieu desquelles il vit. La neige lui est tellement nécessaire, qu'aux approches de l'été il remonte assez haut pour la trouver; il y niche, il s'y roule avec délices; il y creuse des trous pour se mettre a l'abri du vent, la seule incommodité qu'il redoute dans sa glaciale demeure. Quelques lichens, des graines apportées par les airs suffisent à sa nourriture; il fait la chasse aux insectes, dont il nourrit ses poussins.

Les insectes sont, en effet, les seuls animaux qui pullulent encore dans ces régions déshéritées : c'est une nouvelle analogie avec les contrées polaires. Dans la zone tempérée, les coléoptères se présentent en plus grand nombre et avec une plus grande variété que dans les régions voisines de l'Equateur. Dans les contrées subarctiques, les insectes, pendant les courtes semaines de l'été, se montrent en grand nombre. C'est également la classe des coléoptères qui prédomine dans les hautes régions des

Alpes : ils atteignent sur le versant méridional 5 000 mètres, et 2400 sur le versant opposé. On les découvre dans les trous, les petites anfractuosités ; ce sont presque constamment des espèces carnassières, car à une si grande altitude la nourriture végétale fait défaut. Leurs ailes sont si courtes qu'ils semblent en être complètement dépourvus; on dirait que la nature a voulu les mettre à l'abri des grands courants d'air qui les entraîneraient infailliblement dans la navigation atmosphérique, si leurs voiles n'eussent été en quelque sorte carguées. En effet, on rencontre quelquefois des insectes, d'autres névroptères et des papillons, que les vents enlèvent jusqu'à ces hauteurs, et qui vont se perdre au milieu des neiges. M. J. D. Hooker a observé des papillons au mont Momay, à une altitude de plus de 5 400 mètres; mais en aperçoit-on plus haut, ce sont des naufragés que le veut pousse malgré eux. Les arachnides, qui se rapprochent à tant d'égards de la classe des insectes, ont aussi le privilège de résister à la froide température des montagnes. Un insecte des Alpes presque microscopique, le desoria glacialis, habite exclusivement le voisinage des glaciers. Mais on dirait que la tristesse de leur séjour se réfléchit dans l'aspect de tous ces petits animaux : ils ne présentent plus la variété de teintes qui les caractérise ailleurs; ils affectent tous une couleur noire ou sombre, qui dissimule de prime abord leur présence dans les trous où ils se blottissent. A ces hauteurs, les habitudes des insectes se modifient selon les localités où ils vivent.

Tel est le tableau de la vie animale dans ces zones alpestres, où la faune se réduit graduellement pour ne plus laisser place qu'à la solitude et à la désolation. Au delà du dernier étage de la végétation, au delà de l'extrême région qu'atteignent les insectes et les mammifères, tout devient silencieuxet inhabité; toutefois, l'air est encore plein d'infusoires, d'animalcules microscopiques, que le

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