‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 28 sur 53 · LA VIE ANIMALE DANS LES ZONES ALPESTRES · texte numérisé non relu

LA VIE ANIMALE DANS LES ZONES ALPESTRES

voni soulève commet do la poussière et qui sont répandus dans l'atmosphère jusqu'à une hauteur inconnue.

Ainsi, le règne aninnal ne disparaît pas sans avoir pour ainsi dire épuisé toutes les organisations encore compatibles avec l'état du sol, de plus en plus refroidi et appauvri, avec celui de l'atmosphère, de plus en plus raréfiée. Les oiseaux occupent comme les avant-postes de la grande armée d'êtres de toute espèce qui défend la montagne contre l'invasion de la mort. Les rapaces forment en quelque sorte les éclaireurs. Les passereaux, les grimpeurs et quelques gallinacés se rapprochent plus du gros de l'armée; ils aiment à se tenir dans la région intermédiaire entre celle des forêts et celle des neiges perpétuelles.

Les derniers sapins, les derniers buissons sont comme des échauguettes d'où ils observent l'atmosphère, prêts à descendre aux étages inférieurs, si le temps menace, profilant de la moindre éclaircie, du plus léger adoucissement de la froidure pour s'élancer plus haut. Dans cette région moyenne, on n'entend pas sans doute les harmonieux accords de la fauvette ou du rossignol, mais le chant des espèces montagnardes respire encore la joie et le plaisir de vivre. M. de Tschudi nous trace en quelques lignes un délicieux tableau de l'existence des oiseaux dans la montagne. Je traduis ici librement :

« Un peu avant que le ciel ne se colore des premiers feux du matin, avant même qu'un léger souffle de l'air n'annonce l'approche du jour, quand les étoiles scintillent encore au firmament, ce sont les oiseaux qui donnent le signal du réveil de la nature. Un léger bruissement se produit le long des sapins; c'est une sorte de roucoulement dont les notes deviennent de plus en plus accentuées, dont le mouvement s'accélère par degrés, et qui !i finit par se transformer en un caquetage harmonieux, montant et descendant de branche en branche, comme l'archet du musicien passe des cordes les plus graves aux

plus aiguës; puis un bruit plus éclatant retentit tout à coup : les voix d'abord timides entonnent chacune leurs airs caractéristiques; chaque espèce fait entendre son cri, son sifflement plus ou moins perçant. Le doux et mélancolique nocturne a cessé; c'est une aubade que la gent ailée donne au soleil qui vient réchauffer son humide demeure. » ... Nous voudrions vivre un instant de cette existence aérienne dans cette zone intermédiaire, assez verte encore pour qu'on y trouve un abri contre les ardeurs du jour et le froid des nuits, assez éclaircie pour que l'œil puisse découvrir le magnifique panorama des montagnes et plonger avec délices dans le firmament; mais l'homme a été moins favorisé à cet égard que les oiseaux, il n'a pas été organisé comme eux pour s'élever dans l'atmosphère en traversant des couches d'une densité différente. Heureusement la difficulté que nous éprouvons à supporter une ascension rapide et continue n'implique pas une incompatibilité absolue des hautes régions avec la vie humaine. On s'acclimate aux grandes hauteurs. La ville de Quito, placée à 2 908 mètres au-dessus du niveau de la mer, renferme une nombreuse population qui ne paraît pas souffrir de cette altitude. Une autre ville des Andes, Potosi, est à 4 166 mètres, et contint jadis plus de cent mille âmes. Après que de Saussure fut resté quinze jours au sommet des Alpes, son pouls reprit son mouvement normal, et Boussingault, après un séjour prolongé dans les villes des Andes, put aisément supporter la basse pression de la cime du Chimborazo. Il y a donc des précautions à prendre, si l'on veut impunément se transporter dans ces hautes régions, où, une fois établis dans les conditions convenables, il nous devient possible de vivre; il ne s'agit que d'habituer graduellement notre économie aux changements barométriques de l'atmosphère.

(A. Mâury, le Monde alpestre. — Rev. des Deux Mondes).

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