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avait appris nos préparatifs et demandait à partager notre tbrtune. Une première question, celle du nombre, se trouvait donc résolue. Quoi qu'il pût advenir, nous serions en force. Enfui les dernières difficultés, relatives aux guides, furent aplanies par l'entremise obligeante d'un aide de camp du président de la République, le général Sanche Ochoa. Il s'était chargé de nous procurer hommes et chevaux, et avait à cet effet expédié des instructions au bourg d'Amecameca, point de départ de l'ascension.
Tout étant ainsi réglé pour le mieux, nous quittions Mexico, le 9 février au malin, MM. Walder, Kelly, le Dr. Relier, de New-York, et moi, lorsqu'au moment du départ nous fûmes rejoints par deux jeunes touristes, arrivés l'avant-veille de la Nouvelle-Orléans, qui réclamaient instamment la faveur d'accompagner la caravane ; tous d'eux, du reste, convenablement équipés et habitués, disaient-t-ils, aux courses des montagnes. Leur tournure semblait confirmer cette dernière assertion. Tout au plus crut-on pouvoir leur faire observer que leur arrivée toute récente sur les hauts plateaux les préparait insuffisamment aux fatigues d'une course dont la principale difficulté est la raréfaction de l'air. Ils répliquèrent judicieusement qu'ils en seraient quittes pour faii'e halte, si leurs poumons leur refusaient tout service. Il n'y avait plus rien à ajouter. Nul d'ailleurs parmi nous, si bien entraîné qu'il fût, n'était certain de parvenir à la cime.
On se rend de Mexico à Amecameca par le petit chemin de fer de Morelos. Amecameca n'est pas à mi-chemin et pourtant il nous faut, pour l'atteindre, près de quatre heures. Enfin, à midi, nous arrivons au terme de cette première étape. La bourgade où nous nous arrêtons compte près de deux mille habitants, la plupart d'origine indienne. C'est de là que les deux volcans se présentent
SOUS leur aspect le plus grandiose : le PopocaLepell avec son cône aigu et d'une régularité absolue, l'Iztaccihuatl, moins élevé, mais rappelant davantage, par ses arêtes en dents de scie et les nombreux glaciers qui sillonnent ses flancs, la forme de nos Alpes. Leurs masses énormes menacent les plaines environnantes; impression saisissante, à laquelle je ne puis comparer que celle éprouvée le jour où, pour la première fois, j'aperçus le Mont Blanc du pont de Sallanches.
Les indiens sont là avec les chevaux et les mules, et la caravane s'organise sans perdre de temps. Elle est véritablement imposante et se compose de quatorze personnes, dont huit indigènes; quatre mules de bât emportent les provisions et objets de campement. De la plaine d'Amecameca à l'endroit où commence la véritable escalade, nous avons une dizaine de lieues à franchir dans un terrain poudreux, calciné, presque sans ombre; le cheval mexicain parcourt en sept ou huit heures cette étape qu'un piéton ne pourrait fournir en une journée. Or, il faut de toute nécessité la faire d'une traite, sans se laisser surprendre par la nuit, sans halte intermédiaire, d'abord parce que l'eau manque, ensuite parce qu'autrement il serait impossible d'atteindre le sommet le jour suivant. L'excursion se trouverait donc allongée d'au moins vingtquatre heures, et dans ce pays, où tous les mouvements risquent d'être épiés, où la sécurité est très précaire, il convient d'aller vite et d'éviter toute cause de retard. Ces diverses considérations suffiront à justifier la solennité de nos préparatifs.
Nous mettons près d'une heure et demie à traverser la plaine, quoique le village, au premier abord, semble être au pied môme des monts. Bientôt le sentier s'escarpe et il faut marcher à la file. Nous gravissons en zigzags les contreforts du pic, à travers de vastes bois de pins et de cèdres séculaires, ancêtres des forêts, décimés par la
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foiidro et aussi, hélas I par la iiiaiii do l'honimo. Regardons bien ces beaux arbres, contempoi'ains vénérables de Cortez et de Montezuma; les touristes qui viendront après nous explorer la montagne ne jouiront plus de leur ombre protectrice.
Après cinq heures de montée, la pente s'adoucit et nous nous trouvons sur un vaste espace découvert, où les hautes herbes craquent sous le sabot du cheval. Le soleil est déjà très bas sur l'horizon au moment où nous atteignons l'arête du col qui sépare les deux volcans. Devant nous, les croupes boisées s'abaissent rapidement, et au delà c'est le vide, un réseau de vapeurs bleues qui s'élève aux approches du soir et nous masque le plateau de Puebla. Quelques instants plus tard, la nuit est tombée, brusquement, sans crépuscule, et notre marche se ralentit, incertaine, arrêtée à chaque minute par des obstacles de toute nature. Cette dernière partie de la route est extrêmement pénible. Enfin nous atteignons l'endroit où nous devons passer la nuit. 11 y a sept heures et demie que nous avons quitté Amecameca. Le lieu se nomme le Hancho de Tlamacas; notre sentier y rejoint celui qui monte de Puebla. Le rancho, cabane abandonnée, tombe en ruines, il n'en reste que les quatre parois et la moitié de la toiture. Le bivouac est rapidement installé; on allume au centre un grand feu de branches de pin; après un souper plus que frugal, chacun prend ses dispositions pour la nuit; les couvertures sont étalées à terre et nous attendons le sommeil, les pieds tournés vers la flamme. Suivant une précaution usitée en pareil cas et qu'on a eu soin de nous rappeler, tout en nous procurant des guides réputés sûrs, chacun de nous veillera à tour de rôle pendant cinq quarts d'heure. Le sort m'a attribué la faction de une heure et demie. Après avoir jeté sur les tisons de nouvelles branches, je fais quelques pas au dehors. La nuit est froide et claire, il n'y a pas un souffle dans l'air,
et la haute pyramide du volcan se détache, singulièrement agrandie, sur le fond limpide du ciel. Splendeur incomparable de la nuit tropicale, que l'on ne saurait dépeindre et encore moins oublier.
A quatre heures, tout le monde est debout et, à quatre heures trente minutes, nous nous mettons en marche à travers les bois déjà clairsemés et rabougris. Au bout d'une heure, brusquement toute végétation disparaît, et nous commençons à gravir des pentes couvertes de cendres et de scories, où l'on avance avec peine, en dépit des mocassins ou guarachos indiens qui ont remplacé nos chaussures et grâce auxquels le pied enfonce moins dans les débris. La pente ne tarde pas à s'accentuer, et la couche pulvérulente recouvre maintenant une nappe de glace noire et dure. Cette partie de l'ascension, qui dure deux heures, met notre patience et nos forces à une rude épreuve. Les glissades se succèdent, irrésistibles, souvent douloureuses, et c'est avec une véritable joie que nous atteignons la limite des neiges. Depuis la veille, nous avons contourné le pic, dont nous attaquons le versant oriental, le plus accessible; le versant nord, qui regarde Mexico, coupé de parois verticales que surplombe un glacier très crevassé, est peu ou point abordable. La croûte neigeuse qui nous supporte est résistante au point d'exiger en maint endroit l'usage de la hachette; souvent aussi l'action combinée du soleil et du vent l'a hérissée d'aiguilles de glace qui rendent la marche extrêmement fatigante. Point d'autre difficulté d'ailleurs; aucun passage vraiment dangereux.
11 y a près de quatre heures que nous grimpons le long du cône, lorsqu'un incident se produit. L'un des jeunes Américains qui sont venus se joindre à nous au moment du départ souffre du mal de montagne et se trouve dans l'impossibilité d'aller plus loin. En vain il veut lutter; pris de saignement de nez, il est contraint de redescendre
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au raiiclu), accompagné d'un des guides; nous l'y retrouverons ce soir, parf;iiloment remis.
Nous venions de dépnsser l'altitude de 5100 mètres, et nous appréhendions pour notre compte quelque phénomène analogue. Mais nous en fûmes quittes pour la crainte. Quelques instants plus tard, nous parvenions au hord inférieur du cratère. La croûte de glace s'interrompt tout à coup : une étroite hordure de cendres, puis l'abîme. La montagne, qui, vue de la plaine, affecte la forme d'un pic très aigu, présente à son sommet cette excavation formidable de 1 kilomètre de diamètre et de près de 600 mètres de profondeur. Les parois en sont taillées à pic, et de toutes parts jaillissent en sifflant des jets de vapeur sulfureuse, dont l'âcreté vous prend à la gorge. La descente dans le cratère et son exploration exigeraient une journée. Mais il n'y faut pas songer. Autrefois les indiens avaient disposé des cables qui servaient à l'extraction du soufre; ces cables n'existent plus^ et l'on est réduit à scruter du regard le précipice, dont, au surplus, le soleil, au plus haut de sa course, éclaire les moindres replis.
De cet endroit au point culminant qui commande le versant nord, deux heures suffisent en longeant le bord du cratère, tantôt sur le rocher ouïes cendres, tantôt sur la glace. La pente n'est pas excessive, mais, à cette hauteur, la marche est singulièrement lente et le plus petit effort devient une véritable souffrance.
A une heure trente minutes, nous atteignons la cime (5 420 mètres) . Le panorama qu'on y découvre est remarquable surtout par son étendue; seules les grandes lignes s'y détachent nettement. Au nord, Mexico et ses lagunes
1. Deux voyageurs français, MM. E. Chabran et Bachelet, ayant fait, en 1885, dix mois avant M. Monnier, l'ascension du Popocatepetl, sont descendus, au moyen d'un câble, dans le cratère, où ils ont passé une nuit (Voir Bulletin du Club Alpin Français, avril 1884).
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nous apparaissent comme un point brillant; en arrière, ce sont les ondulations sans fin de montagnes chauves; à l'est, le plateau de Piiebla : on distingue la ville, à la base de la Maliuche, et, plus loin, la cime blanche d'Orizaba, puis un rideau de brumes flottant au-dessus du golfe. A l'ouest, au sud, le pic s'abaisse à des profondeurs infinies, projetant d'interminables arêtes jusqu'à l'intérieur des Terres Chaudes de Yantepec et de Matamoros, dont la riche végétation s'accuse par des teintes sombres contrastant avec l'aridité et la nuance rougeàtre des terres environnantes. Au delà, les premiers contreforts de la Sierra-Madre du Sud ferment l'horizon dans la direction du Pacifique.
Nos regards se portent ensuite sur notre voisin l'iztaccihuatl. C'est une superbe montagne aux arêtes vives, d'où pendent plusieurs glaciers, tracés cà et là par des pointes de roc noir. Elle est réputée inabordable, du moins avec les faibles moyens d'attaque dont disposent les indigènes ; mais avec la corde, le piolet et des compagnons de route habitués à s'en servir, l'ascension en serait assurément praticable sans trop de difficultés.
Après une halte de quarante-cinq minutes, nous songeons à la descente. Je me hâte de prendre quelques photographies. Pour donner une idée du malaise éprouvé à cette altitude de 5 420 mètres, je dirai que l'opération de la mise au point me donnait un mal énorme; une faiblesse générale m'envahissait, et je fus obligé de m'y reprendre à plusieurs fois.
Nous descendîmes avec une prudente lenteur, commandée par la dureté et l'inclinaison du névé, sur lequel une glissade pourrait devenir fatale. Parvenus à la limite des neiges, notre marche s'accélère, quelquefois même au delà de nos vœux, par suite de la nappe de glace qui se cache sous la couche de scories. Enfin, à la nuit tom-
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baille, nous descendons les dernières pentes de (tendres et nous nous retrouvons au rancho. Le lendemain soir nous rentrions à Mexico.
(Extrait de VAnnuatre du Club Alpin Français. Année 1885.)