‹ Les ascensions célébres aux plus hautes montagnes du globe (volume 2)Chapitre 8 sur 53 · I.AIGUILLK DU DRU · texte numérisé non relu

I.AIGUILLK DU DRU

ot la petite échelle, pour le cas où nous trouverions plus haut des obstacles, nous arrivons à la grande échelle, placée sur un ravin le 8 septembre. Après l'avoir traversée avec de grandes précautions, car d'un côté elle était peu solide, nous nous trouvons sur la corniche supérieure. Ayant, non sans peine, réussi à fixer une corde dans le rocher, ce qui dispense l'un de nous, au moins, de rester en arrière pour remonter les autres, nous nous laissons glisser en bas, l'un après l'autre, jusque sur la face de la montagne. C'était le point extrême où nous étions parvenus le 8. Impossible de voir quel genre d'escalade nous est réservé. Après nous être hissés sur un escarpement de rocher couvert de glace, nous rencontrons une véritable crevasse de rocher taillée à pic sur les deux côtés, sans appui pour les mains. Ce passage n'est pas très agréable; mais le premier d'entre nous l'ayant franchi fait passer les autres, et nous nous trouvons alors tous dans une espèce de tunnel, avec un point d'appui qui nous permet de tirer à nous notre bête noire, la petite échelle. Une nouvelle escalade nous amène au pied d'une cheminée très étroite et très raide, haute d'environ 30 mètres et large de plus de 1 mètre. De chaque côté se dressent des parois verticales. Sous nos pieds nous n'avons que de la glace vive, sauf pour les trois ou quatre derniers mètres, où le rocher surplombe. Nous nous détachons, M. Dent et moi restant en bas, tandis que les deux guides continuent à monter en taillant du pas. Maurer, qui est en avant, vient d'atteindre le pied du rocher en surplomb et s'occupe à tailler un pas plus large que d'habitude, lorsque la plaque de glace s'écroule toute entière. Heureusement Burgener peut l'arrêter dans sa chute, en la soutenant contre une des parois de la cheminée; autrement elle serait tombée jusqu'au bas de la montagne en entraînant Burgener. Bientôt remis de leur frayeur, les guides, dont l'un monte sur les épaules de l'autre, parviennent à franchir le rocher surplombant

et nous hissent ensuite avec la corde. Après une dernière grimpade relativement facile, nous nous trouvons sur l'arête à midi. Là, toute difficullé cesse. 11 est vrai que cette arête ne ressemble pas précisément à une grande route. Elle se compose en majeure partie de glace, recouverte de neige molle. Mais c'est un jeu d'enfant par rapport à ce que nous avons déjà fait, et, à midi trente minutes, nous hissons M. Dent sur la pierre solitaire qui représente le sommet du Dru.

La journée était superbe, tiède et sans nuages, sauf une légère vapeur flottant sur les Gharmoz. Avec une lorgnette nous distinguons facilement les personnes groupées autour du télescope à Chamonix et qui nous regardent. Nous attachons alors un drapeau à un alpenstock et nous l'agitons, puis nous construisons une pyramide, nous fixons le drapeau et nous laissons nos noms dans une bouteille. Nous passons une heure à regarder le paysage, tout étonnés de voir que le sommet sur lequel nous sommes est plus élevé de 20 à 25 mètres que celui qui regarde le Montenvers.

Quittant la cime à une heure trente minutes, nous franchissons bien vite l'arête jusqu'au point où nous l'avions attaquée et où nous avions laissé notre petite échelle que nous emportons jusqu'au haut de la cheminée, bien qu'elle nous soit à peu près inutile. Puis, nous nous laissons glisser en bas au moyen d'une corde de 30 mètres, fixée dans le rocher et que nous abandonnons. Nous ne pouvons pas marcher vite, le rocher étant bien plus mauvais qu'à la montée ; aussi n'est-ce qu'à cinq heures passées que nous pouvons traverser de nouveau la grande échelle et descendre le long de la dernière corde jusqu'à l'endroit où nous avions laissé nos provisions. N'ayant presque rien pris depuis sept heures du matin, nous fîmes là une halte et mieux aurait valu nous en abstenir, car, au moment où nous descendons vers le glacier, la nuit commence à

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tomber, suivie d'un brouillard épais. La rimaye avait été mauvaise le matin, et les guides refusent de s'y aventurer; aussi nous faut-il nous reposer sur une pierre très dure et très anguleuse, depuis sept heures jusqu'à dix heures du soir, en attendant que la lune vienne nous éclairer. Enfin le temps paraît s'éclaircir, et nous nous remettons en marche; mais la neige est dans un tel état que nous sommes obligés d'y creuser de grands pas jusqu'à ce que nous ayons atteint le glacier, et là, n'ayant pas bien suivi la trace, nous ne pouvons regagner la tente qu'à deux heures du matin, ayant employé quatre heures à descendre cette partie de la montagne que nous avions gravie le matin en deux heures trois quarts. Vers sept heures, nous parlons pour le Montenvers et Chamonix.

(Extrait de V Annuaire du Chih Alpin Français; année

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