‹ Les ascensions humaines: évolutionnisme et catholicismeChapitre 1 sur 41 · I9OI · texte numérisé non relu

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PREFACE

Les écrits^ réunis dans le présent volume ont pour origine commune ma foi en un mode hypothétique qu'aurait employé Tlntelligence Suprême à la création de l'univers et au gouvernement des destinées humaines :

la conviction profonde qu'il y a un harmonieux accord entre l'hypothèse évolutionniste et l'idée religieuse : la conscience du devoir moral qui impose à l'homme de glorifier selon son pouvoir cette vérité dans laquelle «il vit», dans laquelle «il se meut» et dans laquelle «il est». Poète, nfin, j'ai voulu présenter publiquement la léfense de cette doctrine que m'apprend la

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fin et la fonction de l'Art, et qui est, par conséquent, la justification de mon œuvre.

Depuis le jouroii, pour la première fois, j'ai défendu l'hypothèse évolutionnisle contre ses adversaires religieux, ceux-ci ont perdu beaucoup de terrain; ils ont abandonne des objections qui paraissaient des remparts inexpugnables. Hors de l'Italie, on a levé l'étendard de l'évolutionnisnie chrétien dans de solennelles assemblées catholiques. En Italie, des ouvrages d'ecclésiastiques étrangers ont été traduits et publiés avec l'autorisation des Curies épiscopales. En face de l'intransigeance de certains théologiens protestants, il est apparu une fois de plus quelle est la force du catholicisme pour élever l'esprit qui vivifie au-dessus de la lettre qui tue. Si l'hypothèse de l'évolution est encore attaquée parmi nous au point de vue religieux et si elle paraît haïssable à beaucoup de croyants, notre liberté de jugement s'est trouvée

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démontrée par l'usage même que nous en faisions, et, sainement entendue, cette liberté, elle aussi, tourne à la plus grande gloire du Créateur.

Il persiste cependant, plus forte que certaines basses clameurs, une opposition obscure et voilée d'indifférence, qui est un produit d'éléments divers. On y trouve réunis, sans qu'ils aient un terrain d'entente commun :

ceux qui craignent de voir disparaître un prétendu antagonisme entre la science et celte religion qu'ils ne pratiquent pas, à laquelle ils ne croient pas, mais dont la voix toujours menaçante ne laisse pas de les troubler et de leur inspirer quelque doute inquiétant; ceux qui ont peur d'entamer leur foi s'ils y font quelque retouche et qui la gardent avec crainte comme un joyau antique auquel il faut laisser la patine des siècles ; ceux auxquels on soumit l'idée de l'évolutionnismespipitualiste quand ils atteignaient l'âge auquel

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les idées, comme les veines, commencent- à s'ossifier; ceux qui ont l'aversion instinctive des conceptions trop vastes ; ceux qui veulent bien honorer le Père universel des vivants, mais qui éprouvent pour certaines parentés, conséquences de cette paternité universelle, un dégoût et une répulsion qui offenseraient saint François d'Assises ; ceux enfin à qui il semble peu intéressant de savoir si l'Univers a été créé d'une façon ou d'une autre. C'est cette digue, sourde et muette, qu'il faut rompre avec l'aide de Dieu, car il n'est pas vrai qu'il importe peu de lire ou de ne pas lire la magnifique Révélation écrite sur le granit des montagnes et sur l'aile des papillons, sur les flots de la mer et dans les gouttes du sang, dans le rayonnement des nébuleuses et au fond de la pupille humaine. L'homme qui s'instruit de cette Révélation est amené à plonger, Tàme pleine de respect et de stupeur, dans les abîmes inexplorés du Conseil

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éternel; il est amené à découvrir, par expérience, la loi aimable et terrible qui Ta créé pour le soumettre à elle, pour le conduire vers une joie éternelle ou une éternelle douleur.

Coupable est l'ignorance de ceux qui, confondant à tort le fait même de l'évolution avec les théories qu'on a imaginées sur les facteurs de cette évolution et en particulier avec la plus répandue, le darwinisme, soutiennent que l'évolution aboutit nécessairement à une morale basse et cruelle. Jamais plus grande sottise ne fut proférée. Depuis le ténébreux « Thohuvabohu » de la Bible, l'hypothèse de l'évolution nous montre une suite merveilleuse d'opérations incessantes et infinies, accomplies selon des règles mystérieuses et inflexibles à l'intérieur des corps, avec la coopération docile des astres. Elle nous 'nontre, s'actualisant sans cesse, les desseins ifinis d'une volonté dont les voies sont difîrentes de nos voies humaines ; elle nous

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montre, au lieu des six jours miraculeux, un miracle se prolongeant pendant des siècles infinis en chaque atome de la planète, en chaque moment du temps, pour s'arrêter à l'apparition de l'homme, quand cesse l'ascension des organismes et quand commence la liberté de l'esprit. Aveugle qui croit honorer Dieu en niant l'immense travail dont l'homme est sorti et en repoussant le récit divin pour s'en tenir à la lettre du récit mosaïque.

Dans le récit de Dieu, que la science va déchiffrant patiemment, lettre par lettre, nous n'avons pas su lire encore comment, à un moment solennel, les forces originelles des choses étaient transformées pour produire la force vitale : mais nous commençons cependant à y deviner que cette transformalion dut s'accomplir dès le principe et que i l'apparition de la vie fut un acte d'évolution. La pensée moderne incline à reculer le problème de la vie plus avant dans un passé pro-

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