PRÉFACE XXXI
phie infailliblement. Pour Tâme libre qui se soumet aux instincts et qui ne remplit pas son devoir, il y a toutes raisons de craindre le même sort.
Il est au moins vraisemblable qu'elle perdra sa liberté comme la perd un peuple qui en use mal. Ce qu'il y a de plus mystérieux dans le cœur humain est peut-être le sentiment du pardon; seul au monde ce sentiment révèle une force qui pardonne. Cette révélation est importante. L'homme qui pardonne, s'il reconnaît une intelligence divine comme créatrice de l'Univers, ne peut croire qu'elle ne pardonne pas. 11 ne peut nier cependant l'inflexibilité des lois qui gouvernent toute chose autour de lui et qui jamais ne pardonnent.
L'affirmation de son sentiment et la négation des choses se heurtent dans sa tête. Il me semble voir cet homme, désespérant de résoudre l'énigme, s'asseoir accablé dans les ténèbres. Passe le soufle d'un esprit, passe
rv .
PRÉFACE
une voix douce, profonde, surhumaine, qui dit : « Toi pour qui la vie est lourde, viens à moi. Viens à moi, toi qui ne peux comprendre Tamour. Viens à moi, toi qui m'as méconnu, toi qui m'as offensé, toi qui me nies encore. Viens que je te pardonne, que je t'aime, que je t'accueille dans mon royaume. »
L'homme se lève eu pleurant, et il va.
Antonio Fogazzaro.