Voyez Mivart, Lessons from Nature^ A. Postcript
catholique n'offrait aucun point de contact avec les doctrines transformistes, la réponse de Mivart a dû le mettre dans un profond embarras.
Mivart lui répondait dans son ouvrage Lessons from Nature en réfutant ses raisonnements et en produisant de nouveaux témoins pour prouver la complète liberté des catholiques en face de la théorie évolutionniste. On pouvait discuter les nouveaux témoignages et les nouveaux raisonnements, mais il était en revanche indiscutable que Newmann avait bien voulu accepter du professeur Saint-Georges Mivart la dédicace de son ouvrage et qu'il l'avait fait en des termes d'où ressortait une conformité de vues absolue entre l'ecclésiastique et le laïque. Qu'importait-il dès lors de mettre hors de combat le P. Suarez, si c'était pour retrouver devant soi non quelque témoin partial et inconscient, mais un des plus illustres théologiens de
notre époque, un cardinal de la Sainte Église Romaine, avec sa haute autorité, avec toute sa science et avec son sentiment profond de la pensée moderne.
Il est à remarquer que Grassmann, catholique, se rencontre avec Morselli pour prêter à peine quelque attention à cette attitude nouvelle de la pensée religieuse en face des hypothèses transformistes et pour en tenir bien peu de compte. Maintenant, tant dans le domaine de la théologie que dans celui de la science, la pensée religieuse moderne va sans doute s'élever assez haut pour échapper à ce conflit entre évolutionnistes et anti-évo-
lutionnisles, qui restera bientôt purement scientifique.
Ce mouvement ne date pas d'hier. Dès 1851, huit ans avant que Darwin publiât son livre sur l'origine des espèces, le P. Pianciani, jésuite, écrivait un ouvrage intitulé : (( In historiam Creationis mosaïcam commen-
tatio. » Traitant ce grave sujet avec une pleine connaissance de la doctrine et des investigations scientifiques de son temps, Pianciani démontrait que le règne animal « est venu au jour par une succession lente etgraduelle^».
S'il écrit plus loin : « Les bouleversements du sol, dont nous avons parlé, ont pu amener quelques légères transformations dans la constitution des corps vivants^», par où il indique qu'il admet le milieu seul comme agent de transformation et qu'il le juge peu efficace, ce n'est pas pour des raisons théologîques que cette opinion s'est imposée à lui, mais pour une raison scientifique qui fut plus tard l'objet d'amples discussions : les grandes lacunes qu'on a trouvées dans les espèces fossiles. Un autre jésuite, le P. Bellinck, après la première grande publication de Darwin,
' i. « Successisse, gradatim et pauluiatim in lucem editum.» Pianciani, In. Hist. Créât. ^ p. 47.
2. «Potuerunt eae telluris perturbationes quas indicavimus parvas aliqiias modificationes in viventiuna corpora induççre, >
écrivait ces mots, cités par un illustre et opiniâtre adversaire du transformisme sur le terrain scientifique, parQuatrefages: « Qu'importe après cela qu'il y ait eu des créations antérieures à celles dont Moïse nous fait le récit; que les périodes de la genèse de l'Univers soient des jours ou des époques; que l'apparition de l'homme sur la terre soit plus ou moins reculée ; que les animaux aient conservé leurs formes primitives ou qu'ils se soient transformés insensiblement; que le corps même de Thomme ait subi des modifications ; qu'importe enfin qu'en vertu de la volonté créatrice la matière inorganique puisse engendrer spontanément des plantes et des animaux? Toutes ces questions sont livrées aux disputes des hommes, et c'est à la science à faire ici justice de Terreur ^ »
Il est inutile de citer, après Bellinck,
1. En français dans le texte. — FAudes religieuses^ historiques et littéraires par des Pères de la Compagnie de Jésus, XII» année, 4» série, avril 1868.
d'autres écrivains ecclésiastiques de grande renommée, comme Bougaud, comme Monsabré, qui ont traité ce sujet avec la même largeur de vues. Monsabré, il est vrai, dans une lettre adressée à Jousset en juin 1889 ^ se déclare opposé au transformisme, mais uniquement pour de prétendues raisons de fait qui rinduisent à déclarer, un peu à la légère, que ce qui eût pu se faire ne s'est pas fait-,
1. Jousset, Évolution et Transfoi^nisme, Ouvrage précédé par une lettre du R. P. Monsabré.