‹ Les asperges, les fraises, les figues et le framboises; ou, Description desChapitre 5 sur 74 · CHOIX DU PLANT · texte numérisé non relu

CHOIX DU PLANT

Si vous semez de l'ivraie, vous ne récolterez pas du blé ; si vous plantez un arbre malade, vqus ne*,deve2. pas espérer 4u3l 8er.% iamaigL.5^Jî^j5kyigftureux.,.,Si.

VOUS planiez de l'asperge abâtardie, vous n'aurez jamais qu'une misérable récolte.

Nous avons entendu dire bien souvent : « Peu importe le plant; avec une bonne culture et des- engrais, nous obtiendrons de bonnes et belles asperges. » Erreur I C'est en vain que vous soignerez au mieux une plantation de chou quintal, vous ne récolterez jamais du Milan ou du chou de Saint-Denis. '

Il n'y a qu'une seule espèce d'asperge ; mais il y a autant de sous- variétés que de localités qui la Cultivent, autant de sous-variétés qu'il y a de cultivateurs; car l'asperge, se reproduisant de graine, varie infailliblement, quand les porte-graines ne sont pas préparés spécialement à cet effet, et qu'on se borne à choisir la graine au milieu des carrés sur les plus belles touffes.

Entre l'asp^eVge sauvage et toutes les variétés cultivées aujourd'hui, la différehce est grande'. Cependant elles sortent du même type. Entre les sous-variétés mêmes il y a des nuances de toutes sortes ; entre l'asperge ordinaire, l'asperge de Hollande et celle d'Argenteuil, il y a des caractères bien tranchés, il y a un abîme de différence.

Parcourez les champs d'asperges d'Argenteuil, de Saint-Denis, de Gennevilliers, d'Enghien, de Colombes, de Sannois; examinez, à l'époque de la récolté, la forme et la qualité de l'aôperge, et vous serez convaincu qu'il n'y a pas de confusion possible, ni

comme précocité, ni comme qualité, ni comme forme, ni comme force, ni comme apparence.

11 ne suffit pas de trouver la localité où Tasperge se cultive et a du sang, comme Ton dirait en parlant de chevaux ; mais il faut encore savoir si elle est chez Pierre ou si elle est chez Paul. — Et cela ne suffira pas ; parce que Pierre a une bonne espèce danls telle pièce et une mauvaise dans telle autre ; parce que dans la même il y en a de bonnes et de mauvaises.

Par variété ou sous- variété, nous n'entendons pas prendre le terme rigoureusement dans son acception botanique, mais culturale ; c'est-à-dire que ces variétés sont susceptibles d'atavisme, quand elles sont négli^ gées o«r mal cultivées.

Rien n'est donc aussi difficile que de se procurer des variétés, non pas de bonne qualité, mais de qualité exceptionnelle.

Le cultivateur d'asperges ne multiplie les bonnes variétés que pour lui, parce, qu'il n'a pas înlérêt à les répandre ou à les vulgariser. Il ne vendra pas ses meilleures espèces, parc^ qu'il craint la concurrencera la Halle. Aussi remarque -t-on une énorme disproportion entre ses produits et ceux qui proviennent des plantations faites avec son plant.

Le choix du plant est donc une chose très-importante dans la culture de Tasperge ; si importante, que l'on devrait jeter celui qu'on offrirait pour rien, s'il est douteux, alors même qu'on devr^iit le payer.

LES ASPEMGES 17

50 centimes le pied si l'on est assuré d'avoir une bonne variété.

En effet, quel avantage aurait-on d'économiser 50 centimes par griffe d'asperges, si Ton récolte deux ou trois fois moins ? Ce serait une triste économie et un bien mauvais calcul.

Dans les localités les plus réputées pour la culture de l'asperge, à Argenteuil, par exemple, les planteurs s^atlachent avec le plus grand soin à avoir de bonàes variétés ; non-seulemept ils les choisissent dans leurs plantations, mais, quelquefois encore, dans celles de leurs voisins. De telle sorte que souvent des porle-grainesi élevés et entretenus avec soin par leur propriétaire, ont disparu pour lui au moment de la récolte. Il est arrivé même que des touffes ont été détruites par ceux qui en avaient enlevé la graine, afin que leur propriétaire lui-même ne pût les reproduire. Cela donne la mesure de l'importance que l'on attache au choix des variétés.

Le cultivateur qui a dès sous-variétés rares en empêche aussi la multiplication, soit en brisant les tiges fructifères, soit en enlevant les graines, afin que Ton ne puisse les reproduire.

Si dans les localités de grande culture, il y a autant . de difficulté à se procurer du bon plant, on comprendra qu'il est à peu près impossible d'en avoir même de passable dans les maisons bourgeoises éloignées des grands centres de production.

A*quoi reconnait-on le bon plant? Rien de plus

facile pour qui Ta vu naître ; rien de plus difficile pour celui qui ne le voit qu'à Tétat de griffe, au moment de la plantation.

Pour faire choix d'un bon plant, il faut être sûr de la graine d'abord ; être certain qu'elle provient d'un plant qui a le caractère qu'il représente, depuis deux ou trois générations; ensuite, avoir éliminé, au sortir de la pépinière, tous les sujets qui s'éloignent du type que l'on veut reproduire. Ceci est un art que l'on ne peut exercer soi-même, quand l'on n'est pas versé dans cette culture ; aussi le plus sage, quand on veut faire une plantation d'asperges, est de donner sa confiance à une maison spéciale, bien placée pour pouvoir faire des choix elle-même de graines et de plant.

Alors même que l'on aurait un bon plant sous la main, il faut savoir en recueillir, la graine, car elle n'est pas toute indistinctement bonne. Celle qui est recueillie sur une touffe qui a fleuri à côté d'une mauvaise ou d'une médiocre, et en même temps qu'elle, ne vaut rien, parce qu'elle a été fécondée par celle-ci.

Il faut qu'elle soit parfaitement mûre et conservée 'convenablement après la cueillette. Les derniers turions ne donnent aussi que de la graine douteuse ne reproduisant pas la variété fidèlement. Les graines qui sont aux extrémités des branches, celles qui sont en haut de la tige, celles qui sont en bas, ont le même inconvénient ; celles qui ne sont pas assez mûres,

celles qui sont trop petites sont égaJement de mauvaise semence. Enfin, on ne doit récolter la graine que sur des plants dfe Tâge de sept à dix ans et qui en portent peu. Les tiges chargées de graines ûe doivent pas être cueillies, car la semence qu'elles donnent est défectueuse. On voit par là la difficulté énorme qu'il y a à se procurer de la bonne graine et du bon plant, et pourquoi ce dernier a une valeur relativemeijt si grande.

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