TROISIÈME PARTIE
Dépistage et diagnostic médico-légal de l'intoxication oxycarbonée.
Quels sont donc les-moyens qui permettront au médecinexpert ou au médecin de l’état civil d'éviter de commettre une erreur de diagnostic ?
C’est tout d’abord en présence du cadavre d’un individu décédé en des circonstances suspectes, alors que ce cadavre n'offre aucun signe extérieur pathognomonique, de ne pas conclure délibérément et de ne pas étiqueter ce décès attaque d’apoplexie, crise cardiaque ou, comme le-font trop souvent les journalistes à la suite de décès survenus sur la voie pupublique, « embolie, ou rupture d'un anévrisme. »
Alors même que le cadavre porterait des ecchymoses et qu'on constaterait la présence de régurgitations de chyme dans son œsophage, il ne faudrait pas se laisser influencer par ces signes qui ne peuvent être suffisants pour expliquer la mort. Ifaudra donc penser à la possibilité d'une asphyxie oxycarbonée dans tous les cas de diagnostic douteux, connaissant sa fréquence et son caractère insidieux.
H restera ensuite à faire la preuve que le décès est bien dû àloxyde de carbone et non pas à une autre cause ; pour cela il existe deux moyens sûrs. L'un comme réaction d’orientation : le spectroscope. L'autre qui, à lui seul, permettra de
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dire si la mort est exclusivement due à l’asphyxie oxycarbonée : c'est la détermination du coefficient d'empoisonnement, suivant la méthode de MM. Balthazard et Nicloux.
Parisot (1) craignant que le médecin-expert ne fasse naître
‘des protestations dans les familles s’il réclamait l’autopsie sans avoir de soupçons fortement motivés, a proposé après avoir fait une levée de corps très minutieuse, de pratiquer au moindre doute le prélèvement de quelques gouttes de sang par ponction veineuse à l’aide d'une seringue de Pravaz et d'examiner ensuite Ce sang au spectroscope.
Nous ne croyons pas cet examen d’une grande utilité car, d’après les recherches d'Ogier et de Vibert cet examen reste négatif lorsque la quantité d'hémoglobine oxycarbonée n'est que de un sixième. Pour obtenir la réaction positive, Ogier a démontré qu'il fallait que un septième de l’hémoglobine soit oxycarboné (2) et que la proportion d'oxyde de carbone soit au moins de 3 pour 100.
Et alors même que la réaction serait positive, c’est-à-dire qu'après adjonction, au sang prélevé, de quelques gouttes de sulfhydrate d'ammoniaque et qu'après quelques minutes d’attente on observât la persistance des deux bandes d'absorption entre les raies D et E du spectre, on ne pourrait affirmer que la mort a pour cause unique une asphyxie oxycarbonée. Dans ces conditions, la spectroscopie positive faite avec le grand spectroscope, permettra de conclure qu'il existe de l’oxyde de carbone dans le sang, mais ne permettra pas d’affirmer que l’oxyde de carbone seul à déterminé la mort.
Pour le savoir il faudra donc procéder dans tous les cas à la recherche du coefficient d'empoisonnement dont la notion primitive est due à Gréhant, mais qui a été modifié par
(1) P. Parisor, loc. cit., page 241.
(2) Ocrer. Agenda du Chimiste, 1892.
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