DEUXIÈME PARTIE
Les causes méconnues de l’intoxication oxycarbonée
L'asphyxie par l’oxyde de carbone est d'autant plus souvent méconnue que l'oxyde de carbone est un gaz inodore. Elle sera le plus souvent le résultat d’un accident car rien ne décelant la présence du gaz, l'individu placé dans l’atmosphère délétère ne cherchera pas à s'y soustraire ou s’il le cherche il ne pourra plus se dérober à cause des paralysies résultant de l'anoxhémie,
En présence d’une mort suspecte sans signes extérieurs pathognomoniques le médecin de l’état civil ou le médecin expert devront toujours penser à la possibilité d’une asphyxie accidentelle par l'oxyde de carbone et rechercher la provenance du gaz mortel.
Tous les appareils de chauffage domestique peuvent être : une source d'oxyde de carbone : le brasero, les poêles à combustion lente (Choubersky), les poêles alimentés par le gaz d'éclairage qui ne sont pas munis d’un tuyau d'échappement pour les gaz et où la combustion du gaz est incomplète, les carbures d'hydrogène étant seuls brûlés, l’oxyde de carbone désodorisé est déversé en doses considérables dans l’atmosphère ambiante sans qu’on puisse extérieurement relever une défectuosité dans le fonctionnement de l’appareil de chauffage (poêles du type Kern).
Le gaz d'éclairage peut aussi déterminer la mort par suite d'une fissure dans les canalisations. On a observé des cas curieux d’asphyxie dus à des fissures de canalisation situées en dehors des maisons, dans la rue. On les voit se produire surtout l'hiver et la nuit. Le gaz tend à monter et à s'échapper par le sol. Si celui-ci est glacé il ne peut passer au dehors, il se dirige alors dans le sol vers les maisons voisines plus chaudes, il y a « appel. » Les carbures d'hydrogène sont retenus par filtration, le gaz pénètre en filtrant à travers les interstices des pierres et tue sans que l'odeur ait révélé sa présence. |
Les fours à chaux et les briqueteries sont bien connus comme sources d’asphyxie par l’oxyde de carbone. Chaque année on amène à la Morgue de Paris un certain nombre de sujets qui ont élé trouvés morts au voisinage de ces fours.
Dans les incendies dé théâtre, dans les explosions de grisou on observe des asphyxies massives, comme lors de l'incendie de l'Opéra-Comique ou de la catastrophe de Courrières (1).
. On a vu, au cours de la récente guerre, des faits identiques se produire à la suite d’explosions d’obus de gros calibre.
La combustion lente des vieilles poutres à l'intérieur des cheminées ou dans le plancher des maisons peut être la source d’asphyxie méconnue par l’oxyde de carbone. à
Tel le cas rapporté par Bayard et Tardieu en 1845: Un épicier nommé Driotton après avoir allumé du feu dans une cheminée, dont on ne se servait pas habituellement, pour fabriquer des confitures, fut trouvé le lendemain mort dans son lit ainsi que sa femme. Gette cheminée était assez loin de la chambre à coucher. Les héritiers intentèrent un procès au
(1) Denvreux. Etude médico-légale de la catastrophe de Courrières. Ann. d'Hyg. el de méd. lég., k° série, t, VI, 1906.
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propriétaire de l'immeuble. En descellant la plaque de la cheminée, on trouva des poutrelles en feu, et de lambourde en lambourde on arriva jusqu'à la chambre. Il existait une fissure dans le piancher au pied du lit. Les architectes ne voulurent jamais admettre l'asphyxie.
La source d'oxyde de carbone peut exister en dehors de la maison. Le rôle duesiphonage, c'est-à-dire le déversement
des gaz d'une cheminée voisine dans une autre est aujour-
d'hui bien connu.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur les sources de i oxyde de carbone. Il importe cependant de les rechercher et d'étudier en quelles proportions le gaz pouvait se trouver dans l’atmosphère suspecte. Il faudra, comme le conseille
' justement M. le professeur Balthazard (1), après avoir rétabli
les choses dans l’état où elles étaient au moment de l’accident, faire une analyse d’air et à défaut de ce moyen faire quelques expériences sur les animaux (cobayes, souris, oiseaux), « si les animaux succombent, la détermination du -coefficient d'empoisonnement donnera la preuve de l'existence de l’oxyde de carbone. » Au médecin-expert seront adjoints des ingénieurs et des architectes. Il est nécessaire que le médecin-expert assiste aux recherches car lui seul péut apporter les notions biologiques qui seules permettront des conclusions solides.
Il est des cas où le médecin-expert peut se trouver beaucoup plus embarrassé, c'est en présence d'accidents dissimulés où ceux qui par leur négligence ont été les auteurs indirects de l’asphyxie font disparaître la cause de cette asphyxie pour éviter les responsabilités pénales encourues.
(1): V. Barnazanv. Les applications médico-legales des recherches physiogiques et cliniques récentes sur l'inloxicalion oxycurbonée aiguë (He Congrès de médecine légale de langue française), 1913