‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 27 sur 82 · OSCAR MARTEL · texte numérisé non relu

OSCAR MARTEL

Quand l’archet palpitant fait ruisseler les sons

Du stradivarius pressé sur la poitrine,

Il coule de ton bras Comme une onde divine Qui jette dans les cœurs de sublimes frissons.

Tour à tour sous tes doigts gazouillent les piusons, Les épis des blés d’or, la source cristalline,

Les bruits mystérieux de la Conque marine,

La harpe des roseaux, le clavier des buissons.

0 maître! en l’écoutant on croit que le génie Dans ton âme versa toute son harmon:., Tous les rayonnements sacrés de l'idéal ;

On sent que la nature a bereë ton enfance Aux suaves rumeurs de quelque fleuve immense, Aux concerts des grands bois d2 ton Pays natal,

A EUGÉNIE TESSIER

Tu ne te souviens pas d’avoir vu le soleil

Qui dore l'horizon, le flot, l'arbre, la pierre, Car le destin ferma pour toujours ta paupière, Sitôt qu’elle eut souri dans ton berceau vermeil.

Or, quand s’évanouit l'éclair de ta prunelle,

Le génie en ton âme alluma son flambeau;

Et l’œil de ta pensée a vu l’astre du Beau,

Ton esprit, pour l’atteindre, a déployé son aile.

A EUGÉNIE TESSIER

Et ce que l’onde dit d’enivrant au roseau,

Ce que le hautbois a de divin dans sa note,

Ce que le vent de mai sous les lilas chuchote, Oui, tout cela frémit dans ton gosier d'oiseau.

Comme le rossignol dont la chanson se mêle Aux sonores frissons des feuilles dans la nuit, Tu gazouillas d’abord Peur tromper ton ennui, Et ton refrain rendit jalouse Philomèle.

Et bientôt le Passant, tout ravi, s’arrêta

Pour savoir qui chantait dans cette ombre sereine… Lorsque tu fis, un soir, ton début sur la scène,

Une acclamation délirante éclata.

Dès ce moment ta main a fait tomber le voile

Qui te cachait aux yeux des chercheurs d’idéal…

Déjà tu fais l’orgueil de ton pays natal, Et ton nom désormais luira comme une étoile.

Mais, malgré tes succès, quand ton trille argentin Fait tressaillir les cœurs d’une ivresse divine, Parfois un sanglot semble étreindre ta poitrine, Une larme jaillit de ton grand æil éteint.

Tu pleures, le frontiplein d’une sublime fièvre, L'esprit dans les rayons éblouissants de l’art, De ne pouvoir, hélas ! caresser du regard

Les milliers d’auditeurs suspendus à ta lèvre.

Et tu songes toujours que c’est payer bien cher Les applaudissements de la foule éperdue

Que de venir chanter à tâtons et perdue

Sous les feux de la rampe aussi vifs que l'éclair.

Tu préfères le calme aux longs cris d’allégresse,

Tu préfères l’encens des prés verts et des bois Aux bravos éclatants que soulève ta voix Au orix de tant d’ennui, de deuil et de tristesse.

A EUGÉNIE TESSIER

D ene

Ton cœur saigne souvent en palpitant d'émoi…. Mais console-toi donc, en Songeant, Eugénie, Que l'on à de tout temps vu souffrir le génie, Et que Milton était aveugle comme toi.

Oui, chante plus gaiment au-dessus de nos fanges. . Et quand tu te tairas, oiseau mélodieux,

Aux rayons éternels tu rouvriras tes yeux,

Tu mêleras ta voix à l'hosanna des anges.

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