‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 36 sur 82 · A M. ANDREW CARNEGIE · texte numérisé non relu

A M. ANDREW CARNEGIE

Et tandis que ce fou marche comme ployé

Sous le poids du mépris, taciturne, ennuyé, Croyant lire partout quelques sombres présages, Le riche qui voit Christ dans un pauvre souffrant Et lui verse son or comme un baume odorant

À la félicité dont jouissent les sages.

Oui, le riche qui songe au sort de l’indigent, Et qui, pour l’adoucir, prodigue son argent, Est un heureux aussi vénérable que rare,

Et son nom, d’un reflet sublime environné, Devrait, sur nos frontons Pour toujours buriné, Avoir l’éternité du bronze et du carrare.

Oui, la gloire sourit à ce consolateur ;

Mais des puissants à qui l’or donne le bonheur Et que la charité de sa flamme enveloppe,

Pas un seul n’a jamais plus que toi mérité

De ceindre le bandeau de limmortalité,

O modeste penseur! à noble philanthrope !

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En partageant avec les humbles tes trésors,

Tu fais pour ton pays ainsi que pour nos bords

Ce que nul n’a tenté dans notre âge servile,

Car tu viens enseigner aux favoris du sort

Qu'ils ne peuvent garder leurs biens jusqu’à la mort, Prêcher au nouveau siècl: un nouvel évangile.

Car tes dons sans rivaux, distribués partout, Calmeront, j’en suis sûr, le sourd ferment qui bout Dans les masses du peuple impatient qui souffre, Uniront d’un lien aussi fort que loyal

Le modeste travail et le fier capital

Depuis de si longs jours séparés par un gouffre.

Aspirant au repos, tu n’attaches ton cœur

Qu’aux choses où l’idée a mis son sceau vainqueur, Qu’aux choses qui devront éternellement vivre ;

Et, pour faire chérir, comme tu les chéris,

Des immortels auteurs les immortels écrits,

Sur les deux continents tu prodigues le livre.

A M ANBREW CARNEGIE

Le livre! c’est l’ami qui ne trahit jamais,

C'est le guide qui fait gravir tous les somenets,

Le conseiller muet dont la sagesse élonne ;

C'est un baume du cœur, c’est Je pain de l'esprit, Le seul vin du reclus, le seul bien du proscrit,

Le flambeau sans lequel l’homme hésite et tätonne.

C'est l’apôtre enseignant la jeune humanité, Le champion du droit et de Ja liberté,

La torche radieuse éclairant chaque rive,

Le fil que le marcheur tient dans sa main la nuit, Un des rayons divins qui dissipent l'ennui:

Dans le désert des jours c’est la source d'eau vive.

C'est le chêne feuillu, le bel arbre vermeil,

Où, pour se reposer des ardeurs du soleil,

Chacun s’en vient s'asseoir, jeune ou vieux, mère ou vicrge ; C’est le levier puissant qui doit tout soulever,

C’est le mât sur lequel peut encor se sauver

Le naufragé du sort que le doute submerge.

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D'un royaume idéal le livre te fait roi,

Et les cœurs aujourd’hui tressaillent tous pour toi, Et l’astre de ta , , 12 incessamment s'élève, Mélant ses r:: 18 d’or aux constellations Qu’allument, dans leur ciel, les grandes nations, Avec les mille éclairs de la plume et du glaive.

Les penseurs étonnés, les bardes éblouis Proclameront toujours tes bienfaits inouïs, Et nous te garderons une reconnaissance

Que nul effort du temps ne pourra délier, Large comme ton cœur, forte comme l’acier Qui créa ta richesse et ta toute-puissance.

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