ERRE
Puis, quand un flot géant, hérissant sa crinière, Menace d'envahir le vaisseau par l'arrière, Alors il se retourne et, d’un signe de croix
Que son bras étendu fait sur l'onde aux abois,
Il parait arrêter sa fougue échevelée :
Tel le Christ maîtrisant la mer de Galilée.
Quatre longs jours durant la tempèie hurla
Et la houle massive en torrents déferla
Sur le pont convulsif du navire en détresse.
Enfin, lasse d'efforts, l’immensité traîtresse
En un vaste hoquet changea ses cris stridents, Et, muselant ses flots écumeux et mordants, Étouffant par degrés leur râlement farouche, La mer languissamment retomba sur sa couche Où semblaient brasiller des volutes de feu ;
Et le ciel, un matin, brusquement se fit bleu ;
Es
ZE
L'horizon s’élargit en un cercle de nacre ;
L’air tiède et transparent s’emplit d’un parfum âcre Comme celui qui vient des arbres résineux,
Et puis presque aussitôt un cri vertigineux,
Où vibrait vaguement la clameur du tonnerre,
Dans les mâts du navire éclata : Terre! terre!
Et la terre monta dans la sérénité
De l’espace inondé des rayons de l’été, Dessinant des forêts et des grèves d’opale Pleines d’une fraicheur suave et virginale.
Et quand le couchant d’or sombra dans l'Océan,
— Lent, calme et solennel, un Cantique géant
Annonçait aux échos du Canada sauvage Que des braves venaient de fouler son rivage, Apportant avec eux — signe de liberté — L’étendard de la France et de la Chrétienté.