‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 55 sur 82 · LE PETIT PATRIOTE · texte numérisé non relu

LE PETIT PATRIOTE

A l’aspect des soldats, l’enfant recule et tente,

Dans un affolement de jeune faon surpris,

De fuir et de renirer sous les grands ormes gris. Mais, Colborne, piquant de l'éperon sa bête,

Lui barre le passage et brusquement l'arrête; Puis, faisant aussitôt tourner son sabre nu

Sur le front du petit braconnier inconnu

Dont le regard sur lui farouchement s'attache :

— Montre-moi le chemin qui mène à Saint-Eustache, Clame-t-il en francais et d’une voix sans nom Où semble tressaillir la clameur du canon.

Pour réponse l’enfant, muet, baissa la tête, Avec l’air renfrogné de quelqu'un qui s’entête.

— Réponds, petit lourdaud! réponds, affreux gamin ! Montre-moi le cher: 1! montre-moi le chemin.

Ou sinon, foi d’Anglais ! pour punir ton audace,

Je te passe mon sabre à travers la carcasse!

L'enfant, dont pas un seul muscle ne remuait, Le front loujours baissé, restait toujours muet.

Colborne, sûr qu'un rustre aussi crâne et tenace Ne céderait jamais devant une menace,

Et sûr qu'il le ferait parler en le tentant,

— En face de l’appât il en succombe tant ! — Entr’ouvrit sa capote aux basques galonnées,

De son gousset tira vivement deux guinées,

Et, lui tendant cet or qui brillait dans sa main :

— C'est à toi, si Lu veux m'indiquer le chemin.

À cette offre, l'enfant eut un sursaut de rage, Et, secouant son front cravaché par l’outrage, Tourné, les poings crispés, du côté des soldats, Tragique, répondit :

— C'était bon pour Judas!

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