‹ Les aspirations [microforme]Chapitre 63 sur 82 · LÉON XII · texte numérisé non relu

LÉON XII

11 dépassait les rois de son front génial; Rien ne le retenait à notre argile impure.

Pour façonner son corps étrange, la nature Semblait avoir choisi le bronze et le cristal.

A tous les vents du ciel il jetait la semence Du droit, de la sagesse et de la vérité, Et ses enseignements avaient la majesté

Des grands cieux étoilés et de la mer immense.

Il avait la vigueur de l’arbre altier et fier Dont le fauve ouragan ne peut ployer la cime, Et cinq lustres durant, debout devant l’abime,

11 nargua les clameurs des vagues de l’enfer.

Le saint vieillard savait conjurer les orages ; ] ;

Les fronts les plus alliers s’inclinaient sous sa main. Le pèlerin croyait du vieil érable humain

Sentir tomber sur lui le lus doux des ombrages.

Sa langue avait touché le charbon de l’autel, Qui fit frémir jadis la lèvre d’Isaïe,

Et par son cœur ouvert la sainte poésie

De l’Hymette laissait à flots couler le miel.

Humble comme Jésus, grand comme Zoroastre, Serein dans la tempête et devant fe tombeau, Au-dessus de son front il dressait un flambeau

Versant sur l'univers l'éclat d’un nouvel astre.

Rien n'altérait son calme et sa virilité,

Et l’âge vainement le fouettait de son aile ; Sa tête rajeunie à chague aube nouvelle Se nimbait des reflets de l’immortalité.

Il rayonnait toujours de sa chaleur première Et nous semblait des ans désespérer l’effort. Il devait cependant succomber, et la mort

Hier a terrassé le colosse-lumière.

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